Le gravel n’est plus une simple tendance venue des États-Unis. En quelques années, cette pratique a profondément changé le paysage du vélo, en brouillant les frontières entre route, cyclocross, randonnée et tout-terrain. Les constructeurs proposent désormais des machines capables de passer d’un bitume parfaitement lisse à une piste caillouteuse sans donner l’impression d’être véritablement spécialisées dans un seul domaine. C’est précisément dans cet univers que s’inscrit le SUNN Venture Air. Avec son cadre carbone, sa transmission électronique SRAM à 13 vitesses, ses roues carbone et ses pneus de 45 millimètres, il affiche des ambitions élevées. Mais une fiche technique flatteuse suffit-elle à faire un excellent gravel ? Pas forcément. Pour comprendre ce que vaut réellement ce Venture Air, il faut dépasser le catalogue et s’intéresser à la cohérence de l’ensemble.
SUNN possède une histoire particulière dans le paysage cycliste français. La marque s’est notamment fait connaître dans le VTT et a construit au fil des décennies une véritable identité autour de vélos sportifs et de machines destinées aux pratiquants qui aiment sortir des sentiers battus. Avec le Venture Air, SUNN s’attaque à un marché désormais très concurrentiel, dans lequel les marques doivent proposer davantage qu’un simple cadre carbone et quelques composants soigneusement sélectionnés. Le gravel moderne est devenu extrêmement exigeant. Un vélo doit être rapide sur route, stable sur les chemins, confortable sur longue distance, suffisamment solide pour encaisser les mauvais traitements et, si possible, capable d’évoluer en fonction des besoins de son propriétaire.
Sur ce point, le Venture Air semble avoir été pensé avec une certaine logique. Il ne cherche pas à devenir un vélo de route déguisé en gravel, mais il ne tombe pas non plus dans l’excès inverse qui consiste à fabriquer une machine tellement orientée tout-terrain qu’elle perd une grande partie de son intérêt dès que le revêtement devient parfaitement roulant. Son positionnement est celui d’un gravel sportif et polyvalent. Le mot « polyvalent » est important, car il résume probablement mieux le vélo que n’importe quelle caractéristique technique prise isolément.
Le cadre constitue évidemment le cœur du projet. SUNN utilise ici une construction en carbone haut module et haut rendement, associée à une fourche carbone. L’objectif annoncé est classique mais pertinent : obtenir suffisamment de rigidité pour conserver un comportement dynamique tout en contrôlant les vibrations transmises au cycliste. Sur le papier, cette philosophie correspond parfaitement à l’utilisation gravel. Il faut pouvoir relancer efficacement sur une portion de chemin, accélérer sur le bitume puis accepter plusieurs kilomètres de vibrations et de petites irrégularités sans sortir de la machine complètement épuisé.
Il faut toutefois rester prudent avec les discours concernant le confort d’un cadre carbone. Le matériau ne constitue jamais à lui seul une garantie de confort. La pression des pneus, leur section, la construction de la jante, la tige de selle, la selle, le cintre et surtout la position du cycliste ont une influence considérable. Dans le cas du Venture Air, le choix de pneus de 45 millimètres joue probablement un rôle aussi important que le cadre dans la sensation de confort. Un pneu aussi volumineux peut travailler à une pression relativement basse et absorber une quantité importante de petites irrégularités.
C’est justement l’un des choix les plus intéressants de ce vélo. Avec ses pneus Schwalbe G-One R Pro en 700 x 45, le Venture Air ne cherche pas à donner l’illusion d’être un vélo de route. Il assume clairement son identité gravel. Cette largeur permet de conserver une bonne vitesse sur les chemins roulants tout en disposant d’un volume d’air suffisant pour affronter des surfaces plus dégradées. SUNN annonce par ailleurs une capacité permettant d’aller jusqu’à 50 millimètres de largeur selon la configuration. Cette possibilité est intéressante pour les utilisateurs qui souhaitent faire évoluer leur vélo en fonction de leurs terrains de prédilection.
Un pneu de 45 millimètres apporte cependant son lot de compromis. Sur une route parfaitement lisse, il n’offrira pas exactement la sensation de légèreté et de nervosité d’un pneu de 28 ou 30 millimètres. Mais ce serait précisément passer à côté de la philosophie du Venture Air que de lui reprocher ce comportement. Le vélo n’a pas été conçu pour remplacer un vélo de course. Son intérêt apparaît lorsque le parcours devient imprévisible et que les kilomètres de bitume alternent avec des chemins de gravier, des pistes forestières ou des portions de terre.
Le poids annoncé de 8,7 kilogrammes est également un élément particulièrement favorable. Pour un gravel équipé de pneus de 45 millimètres, de freins à disque hydrauliques, d’une transmission électronique et de roues carbone, cette masse reste très raisonnable. Elle contribue à positionner le Venture Air du côté des gravel sportifs plutôt que du côté des vélos d’aventure lourds. La différence de quelques centaines de grammes peut sembler secondaire sur le papier, mais elle devient perceptible lorsqu’il faut relancer régulièrement, franchir une succession de bosses ou porter le vélo sur une portion impraticable.
Le choix des roues carbone BRUTE GR35 renforce cette orientation. Les roues constituent souvent l’un des composants les plus déterminants dans le comportement d’un vélo. Une paire légère peut donner une sensation de vivacité immédiate, notamment lorsque le terrain impose de nombreuses accélérations. Le carbone permet également d'obtenir une rigidité intéressante tout en maîtrisant le poids. Le montage du Venture Air est donc cohérent avec son ambition sportive.
Mais là encore, il ne faudrait pas confondre carbone et perfection. Une roue très rigide n’est pas nécessairement la plus confortable et une roue très légère n’est pas forcément celle qui conviendra le mieux à un pratiquant chargé de sacoches sur plusieurs jours. Pour une utilisation gravel sportive, le choix de SUNN paraît néanmoins logique. Les roues contribuent à donner au vélo cette sensation de dynamisme qu’il revendique.
La transmission est un autre élément central du projet. SUNN a choisi une configuration SRAM Rival XPLR T-Type AXS en mono-plateau, avec un plateau de 40 dents et une cassette allant de 10 à 46 dents. Le choix du mono-plateau est aujourd’hui largement répandu dans le gravel, et il possède de véritables arguments. Il simplifie le fonctionnement de la transmission, supprime le dérailleur avant et permet au cycliste de se concentrer davantage sur son pilotage lorsque le terrain change constamment.
Sur une sortie gravel, cette simplicité est loin d’être négligeable. Une montée arrive, on réduit les rapports. Une descente commence, on remonte progressivement la cassette. Il n’y a pas à réfléchir à la combinaison entre deux plateaux. Le système SRAM AXS ajoute à cela une commande électronique précise et une expérience particulièrement agréable. Le changement de vitesse est net, rapide et facilement personnalisable.
Le mono-plateau possède cependant une faiblesse structurelle : l’étagement. Même avec treize rapports, il reste impossible d’offrir exactement la même finesse de développement qu’avec un double plateau. Pour une utilisation essentiellement gravel, ce n’est pas forcément un problème. En revanche, un cycliste qui utilise son vélo autant sur route que sur chemin et qui recherche une cadence très précise pourra trouver le double plateau plus intéressant.
C’est d’ailleurs l’un des principaux éléments qui peuvent faire hésiter entre les différentes configurations du Venture Air. Le mono-plateau privilégie la simplicité et l’identité gravel. Une configuration double plateau conviendra davantage à ceux qui considèrent leur gravel comme un véritable vélo polyvalent capable de remplacer un vélo de route traditionnel. Il n’existe pas de réponse universelle. Le choix dépend surtout de l’usage réel.
La présence du groupe Rival mérite également une analyse plus nuancée. SRAM Rival n’est pas le groupe le plus haut de gamme de la marque, mais il offre déjà un niveau de fonctionnement largement suffisant pour la majorité des cyclistes. Les groupes supérieurs apportent principalement des gains de poids, des matériaux plus nobles et certaines finitions plus luxueuses. Dans le contexte du Venture Air, le Rival constitue donc un compromis raisonnable.
Le système AXS n’est toutefois pas totalement exempt de contraintes. Une transmission électronique nécessite de surveiller les batteries et introduit davantage d’électronique dans un vélo qui pourrait être utilisé très loin de chez soi. Ce n’est pas une raison suffisante pour rejeter le système, mais cela mérite d’être pris en compte par les amateurs de voyages au long cours qui privilégient la simplicité absolue.
La géométrie du Venture Air confirme son positionnement. Avec un angle de direction relativement ouvert et des bases de 435 millimètres, SUNN semble rechercher un compromis entre stabilité et maniabilité. Le vélo ne devrait donc pas se comporter comme un vélo de course nerveux qui demande une attention constante dès que le terrain devient accidenté. À l’inverse, il n’adopte pas une géométrie tellement longue et relâchée qu’il deviendrait pataud sur les portions rapides.
C’est probablement l’une des caractéristiques les plus importantes d’un bon gravel. Il doit donner confiance sans devenir ennuyeux. Il doit être suffisamment stable pour permettre de franchir un chemin défoncé à bonne vitesse, mais suffisamment vif pour changer de trajectoire lorsqu’un obstacle apparaît. Les chiffres du Venture Air semblent aller dans cette direction.
Le cockpit intégré participe à cette recherche de performance. Visuellement, le résultat est très réussi. Les câbles disparaissent, la partie avant du vélo devient extrêmement propre et le Venture Air adopte immédiatement une apparence haut de gamme. L’intégration participe également à la rigidité du poste de pilotage et à l’impression de modernité de l’ensemble.
Mais l’intégration possède un revers que les acheteurs devraient prendre au sérieux. Un cockpit intégré est moins facile à régler et à remplacer qu’un ensemble potence-cintre classique. Si la largeur du cintre ou la longueur de la potence ne correspondent pas parfaitement à la morphologie du cycliste, la modification peut devenir plus coûteuse et plus compliquée. Sur un vélo destiné aux longues distances, cette question n’est pas secondaire.
Le problème est d’autant plus important que la position représente une partie essentielle de l’expérience gravel. Une machine extrêmement légère et techniquement avancée peut devenir désagréable si la position n’est pas adaptée. Il faudra donc idéalement essayer le vélo ou, au minimum, prendre le temps de déterminer précisément la taille et la position avant l’achat.
SUNN compense en partie cette orientation sportive par des composants destinés au confort, notamment une tige de selle carbone et une selle Fizik Vento Argo X5. Mais ici encore, le choix de la selle restera très personnel. Deux cyclistes de même taille peuvent avoir des sensations radicalement différentes sur la même selle. Il serait donc injuste de considérer ce composant comme un défaut ou une qualité absolue.
L’un des détails les plus intéressants du Venture Air est probablement sa toolbox intégrée. Le cadre propose un espace destiné à transporter du petit matériel. Cette solution peut paraître gadget à première vue, mais elle répond à une véritable problématique du gravel : comment emporter une chambre à air, des démonte-pneus, une cartouche de CO₂ ou quelques outils sans surcharger le vélo ?
Sur une sortie de plusieurs heures, disposer de ce matériel directement dans le cadre peut être particulièrement pratique. Cela permet également de libérer de l’espace sur le cintre ou dans une petite sacoche de cadre. Pour un usage bikepacking plus conséquent, cette toolbox ne remplacera évidemment pas de véritables sacoches, mais elle constitue une excellente solution pour les sorties à la journée.
La compatibilité avec des accessoires et des garde-boue renforce cette polyvalence. Le Venture Air n’est donc pas uniquement une machine destinée aux compétitions gravel. Il peut aussi devenir un vélo de voyage léger, une monture pour les longues sorties dominicales ou un moyen de transport quotidien capable de sortir régulièrement des routes goudronnées.
C’est là que le vélo devient réellement intéressant. Sa fiche technique pourrait laisser penser à une machine exclusivement sportive, mais sa conception générale permet d’envisager de nombreuses utilisations. Le cycliste qui souhaite participer à une épreuve gravel le week-end et utiliser son vélo pour une longue randonnée quelques semaines plus tard n’aura pas nécessairement besoin de changer de monture.
Il faut cependant éviter de lui demander ce qu’il n’est pas capable de faire. Le Venture Air n’est pas un VTT. Même avec des pneus de 50 millimètres, sa géométrie et son poste de pilotage restent ceux d’un gravel. Sur un sentier très technique comportant de gros obstacles, des racines importantes ou des descentes engagées, les limites apparaîtront rapidement. Ce n’est pas une critique du vélo, mais simplement la conséquence de son positionnement.
La question du confort sur longue distance est également intéressante. Avec ses pneus de 45 millimètres et son cadre carbone, le Venture Air possède de bons arguments. Mais le confort final dépendra énormément du réglage des pressions. Un pneu de gravel correctement gonflé peut transformer complètement le comportement d’une machine. Trop gonflé, il rendra le vélo sec et fatigant. Trop peu gonflé, il risque de devenir imprécis et d'augmenter les risques de talonnage ou de crevaison.
Le cycliste devra donc accepter une phase de mise au point. C’est quelque chose que les tests de vélos oublient parfois : un vélo performant n’est pas nécessairement parfait dès sa sortie du carton. La bonne pression, la hauteur de selle, le recul, la position des cocottes et la longueur du poste de pilotage peuvent faire une différence considérable.
Le prix constitue probablement le principal sujet de discussion autour du Venture Air. Avec un tarif autour de 4 000 euros, le vélo entre dans une catégorie où les acheteurs peuvent légitimement être très exigeants. À ce niveau, on attend un cadre réussi, mais aussi un montage homogène, des roues intéressantes et une expérience globale réellement premium.
Sur ce point, le SUNN est plutôt convaincant. Le cadre carbone, les roues carbone, la transmission électronique SRAM, les pneus haut de gamme et les composants périphériques forment un ensemble cohérent. Il ne s’agit pas d’un vélo vendu cher uniquement parce qu’il possède un cadre carbone. Une partie importante du budget est effectivement visible dans l’équipement.
La question est plutôt de savoir si le vélo représente une meilleure affaire que ses concurrents. Et cette comparaison est beaucoup plus difficile. Le marché du gravel carbone à quatre mille euros est extrêmement dense. Certaines marques privilégient les composants, d’autres le poids, d’autres encore la capacité d’emport ou la géométrie. Le SUNN ne dispose donc pas d’un avantage écrasant dans tous les domaines.
Son meilleur argument est plutôt son équilibre général.
Cette situation explique également pourquoi les différentes versions du Venture Air peuvent constituer des alternatives intéressantes. Une version moins chère permet d’accéder à la plateforme sans atteindre le même niveau de composants. Pour un cycliste qui préfère conserver une enveloppe budgétaire pour des accessoires, des sacoches ou une deuxième paire de roues, cette solution peut être pertinente.
À l’autre extrémité de la gamme, une version plus haut de gamme vise les utilisateurs prêts à investir davantage pour gagner du poids et bénéficier de composants plus prestigieux. Mais la différence de masse ne suffira pas nécessairement à justifier le supplément demandé pour tous les utilisateurs. Le modèle intermédiaire apparaît donc comme un compromis particulièrement intéressant.
Et c’est probablement ce qui le rend séduisant. Il ne cherche pas à être le modèle le plus spectaculaire de la gamme. Il cherche plutôt à offrir un niveau de performance élevé sans atteindre le tarif des versions les plus exclusives.
Sur le terrain, cette philosophie devrait se traduire par un vélo capable d’accélérer rapidement sur le plat, de conserver une bonne vitesse sur les pistes roulantes et de rester suffisamment stable lorsque le revêtement se dégrade. Les roues carbone et le poids contenu devraient contribuer à cette sensation de dynamisme. Les pneus de 45 millimètres devraient quant à eux éviter que la recherche de performance ne transforme le vélo en machine inconfortable.
La véritable personnalité du Venture Air devrait donc apparaître dans les parcours mixtes. C’est lorsqu’il faut passer d’une route départementale à un chemin agricole, puis à une piste forestière avant de retrouver plusieurs kilomètres de bitume que le vélo prend tout son sens. Sur une route exclusivement asphaltée, un vélo de course sera probablement plus efficace. Sur un terrain très technique, un VTT sera évidemment supérieur. Mais entre ces deux extrêmes, le SUNN possède une zone d’utilisation particulièrement intéressante.
Cette polyvalence a néanmoins un prix : le vélo ne sera jamais le meilleur dans une seule discipline. C’est une caractéristique inhérente au gravel. Un vélo capable de tout faire doit nécessairement accepter certains compromis. Le Venture Air ne révolutionne pas cette équation, mais il semble la résoudre avec suffisamment de cohérence.
Il faut également souligner l’identité esthétique du vélo. Le design est moderne sans chercher à tomber dans l’excès. L’intégration du cockpit et des câbles lui donne une silhouette particulièrement propre. Le cadre carbone et les roues renforcent son caractère sportif. Il ressemble davantage à une machine de performance qu’à un vélo de randonnée traditionnel.
Cette esthétique peut évidemment être subjective, mais elle joue un rôle important dans un achat à plus de 4 000 euros. Un vélo de cette catégorie doit donner envie de rouler. Le Venture Air semble réussir ce pari.
La question de la fiabilité à long terme mérite en revanche d’être abordée avec davantage de prudence. Une transmission électronique comporte davantage d’éléments spécifiques qu’une transmission mécanique. Un cockpit intégré peut rendre certaines interventions plus complexes. Et les roues carbone nécessitent évidemment un minimum d’attention lorsqu’elles sont utilisées sur des terrains accidentés.
Cela ne signifie absolument pas que le Venture Air serait fragile. Ce serait une conclusion injustifiée. Cela signifie simplement que l’utilisateur qui recherche un vélo extrêmement facile à réparer partout dans le monde devra réfléchir à ses priorités. Pour une utilisation sportive et des voyages préparés, l’AXS ne constitue pas un problème majeur. Pour une expédition très isolée, la simplicité mécanique peut conserver un avantage.
Au final, le SUNN Venture Air est un vélo qui mérite davantage que la simple lecture de sa fiche technique. Sa valeur réside dans l’association de plusieurs caractéristiques : un cadre carbone relativement léger, des roues carbone, des pneus généreux, une transmission électronique mono-plateau, une géométrie équilibrée et des possibilités d’évolution intéressantes.
Il n’est pas parfait. Le cockpit intégré limite la personnalisation, le mono-plateau ne conviendra pas à tous les profils et son prix le place face à une concurrence particulièrement agressive. Surtout, l’acheteur doit réellement exploiter sa polyvalence pour justifier un investissement supérieur à celui d’un gravel plus simple.
Mais si l’objectif est de posséder un vélo capable de passer rapidement de la route au gravier, de participer à une épreuve sportive et de partir sur une longue sortie d’exploration, le Venture Air devient beaucoup plus convaincant.
Son poids de 8,7 kilogrammes constitue un véritable atout. Sa transmission SRAM Rival T-Type AXS apporte une technologie moderne sans basculer dans le luxe inutile. Les roues carbone renforcent son caractère dynamique et les pneus de 45 millimètres lui permettent de ne pas perdre complètement ses moyens lorsque la route disparaît. La toolbox intégrée ajoute enfin une touche pratique qui correspond parfaitement à l'esprit gravel.
Le plus important est peut-être que SUNN n'a pas cherché à transformer le Venture Air en objet technologique incompréhensible. Le vélo reste avant tout une machine destinée à rouler. Ses technologies servent un objectif assez simple : permettre au cycliste d'aller plus loin et de varier davantage les terrains.
Dans un marché où les gravel deviennent parfois tellement spécialisés qu'ils finissent par perdre leur raison d'être, cette approche est appréciable. Le Venture Air ne promet pas de remplacer simultanément un vélo de course et un VTT. Il propose quelque chose de plus réaliste : une machine capable de faire très bien le lien entre les deux.
Son véritable défaut est donc paradoxalement son prix. À environ 4 000 euros, il faut avoir une utilisation suffisamment régulière pour profiter pleinement de ses qualités. Un cycliste qui sort essentiellement sur route n’exploitera pas nécessairement ses capacités gravel. À l’inverse, un pratiquant qui roule exclusivement sur des chemins techniques trouvera probablement davantage son bonheur avec une machine plus orientée tout-terrain.
Pour le bon utilisateur, en revanche, le Venture Air est une proposition particulièrement cohérente. Il possède suffisamment de rendement pour être excitant sur route, suffisamment de confort pour envisager les longues distances et suffisamment de capacités tout-terrain pour sortir des itinéraires classiques.
Le verdict est donc favorable, mais pas aveugle. Le SUNN Venture Air n'est pas le gravel ultime et il ne prétend d'ailleurs pas réellement l'être. C'est un vélo polyvalent à dominante sportive, conçu pour les cyclistes qui refusent de choisir entre vitesse et exploration.
À l'heure où le gravel devient de plus en plus diversifié, c'est probablement la meilleure définition que l'on puisse lui donner. Le Venture Air est un vélo qui préfère être très bon dans plusieurs domaines plutôt que parfait dans un seul.
Verdict : 8,5/10.
Avec son cadre carbone, ses roues carbone, sa transmission électronique SRAM à 13 vitesses et ses pneus de 45 millimètres, le SUNN Venture Air possède une base technique extrêmement solide. Il faut simplement accepter ses compromis, notamment le mono-plateau, le cockpit intégré et un tarif qui le place dans une catégorie très concurrentielle. Pour un pratiquant gravel sportif recherchant une machine légère, polyvalente et capable de sortir largement des routes goudronnées, il constitue néanmoins une proposition sérieuse et séduisante.