Histoire de Specialized

Mike Sinyard, fondateur visionnaire de Specialized Bicycle Components en 1974 à San José, Californie, incarne une saga audacieuse née d’un tour d’Europe à vélo financé par la vente de sa Volkswagen bus en 1973. Dormant sous les étoiles, il importe des pièces Cinelli introuvables, vendant depuis une remorque de shop en shop comme un hippie des 70’s. De ce garage naît le premier pneu touring (1976), puis l’Allez et Sequoia (1979). Point d’orgue : le Stumpjumper (1981), premier VTT de série, moqué “Skunkjunker” mais exposé au Smithsonian après un week-end improvisé sur Mt. Tamalpais.

Années 80 explosives avec la Team Stumpjumper pro. Pourtant, au milieu des années 90, la "S-Brand" frôle l'apocalypse. En 1995, Specialized a failli disparaître suite à une erreur stratégique majeure : le lancement de "Full Force", une sous-marque destinée à la grande distribution. Trahis par cette incursion dans les supermarchés, les vélocistes indépendants boycottent la marque. Entre une bureaucratie interne galopante et des pertes de dizaines de millions de dollars, Mike Sinyard doit trancher dans le vif : il présente des excuses publiques historiques aux revendeurs, licencie 30 % du personnel et abandonne le low-cost pour se recentrer sur l'innovation pure. La stabilisation définitive interviendra en 2001 : pour garantir sa survie et sa capacité de production face aux géants comme Trek, Specialized cède 49 % de ses parts au fabricant taïwanais Merida (pour environ 30 millions de dollars). Un mariage de raison qui permet à Sinyard de rester maître à bord (51 % des parts) tout en bénéficiant de la puissance industrielle de Merida. Ce traumatisme, suivi de cette alliance stratégique, renforce le mantra “Innovate or die” qui guide les innovations futures (Body Geometry, Future Shock, suspension FSR). En 2025, raid anti-contrefaçons chinois (1,6M$ saisis). À 50 ans (2024), Sinyard défend e-bikes Turbo pour “psychic income” mental, mêlant grit personnel et résilience collective rider-driven.