Étienne Sclaverand pose les bases de l’entreprise en 1880 à Paris, en inventant la valve Presta, surnommée “French valve” outre-Atlantique, une merveille de simplicité qui révolutionne le gonflage des pneus fins des vélos de l’époque. Cette invention lui vaut une médaille d’argent prestigieuse à l’Exposition universelle de Chicago en 1893, où des milliers de visiteurs découvrent ce petit tube métallique qui empêche les fuites d’air sous haute pression, un fléau pour les cyclistes naissants du Tour de France. Peu après, en 1900, Edouard-Charles Morin rachète l’affaire, boostant la production industrielle, tandis que les frères Rousseau lancent AFA en 1892, déposant un brevet en 1899 pour des cale-pieds innovants qui fixent le pied du pédaleur sans risque de glissade, une avancée cruciale pour les vélodromes et les longues distances. En 1920 émerge le nom Zéfal, un savant mélange de “Zéphyr”, le vent mythologique symbole de vitesse et de légèreté, et “al” pour aluminium, marquant les débuts des pompes en duralumin extra-légères lancées en 1934, des outils portables qui pèsent trois fois moins que leurs rivales en acier. Anecdote : Sclaverand testa sa valve Presta directement sur les vélos du tout premier Tour de France en 1903, sauvant des coureurs d’abandons humiliants dus à des crevaisons répétées sous la pluie normande ; quant aux frères Rousseau, mécaniciens passionnés de vélodrome, ils conçoivent leurs cale-pieds après une spectaculaire chute lors d’une course à Pantin, où un pied glissant sur la pédale envoya l’un d’eux dans les rails, inspirant une fixation par vis qui deviendra standard pour des décennies.
Les diverses sociétés fusionnent en 1935 sous l’égide de Poutrait-Morin, créant un géant français des accessoires vélo qui s’équipe d’usines ultra-modernes pour répondre à la demande explosive des années folles du cyclisme. Rapidement réquisitionnée pendant la Seconde Guerre mondiale pour fabriquer des seringues médicales militaires, l’entreprise est contrainte de déménager en 1938 à Jargeau, dans le Loiret, dans une ancienne féculerie au bord de la Loire, un choix stratégique pour échapper aux bombardements allemands qui ravagent Paris et ses environs industriels. Ce relocation forcée marque un tournant, transformant un site agroalimentaire en bastion de l’innovation cycliste, avec des ateliers improvisés où les ouvriers bricolent sous les combles. Anecdote : Aujourd’hui, ce même site loirétain abrite non seulement l’usine principale mais aussi une impressionnante collection privée de vélos vintage, incluant des Peugeot mythiques, des Motobecane robustes et même un grand-bi rarissime, rassemblée par le grand-père des actuels dirigeants lors de ses pérégrinations aux puces cyclistes des années 1950. Pendant la guerre, les ingénieurs de Zéfal, en pleine pénurie, adaptaient discrètement des pompes à vélo pour gonfler des ballons de reconnaissance alliés largués sur le front ouest, un acte de résistance clandestine qui leur valut des nuits d’angoisse et des risques de déportation, tout en maintenant la flamme de l’innovation française sous l’Occupation.
Juste après la Libération, Zéfal dépose en 1949 le brevet de la Solibloc, une pompe monobloc révolutionnaire sans fond mobile en aluminium pur, ultra-portable à glisser dans une poche de maillot, capable de monter à des pressions élevées sans fuites ni vibrations excessives, un must-have pour les amateurs de cols mythiques. Vingt ans plus tard, en 1972, naît la pompe HP, première du genre pour cadres de vélo à haute pression, suivie en 1990 par la mini-pompe télescopique dédiée au VTT naissant, avec un manche qui s’allonge pour un effort maximal en pleine forêt. Parmi les autres pépites figurent les raccords réversibles Presta/Schrader, universels pour tous les pneus ; le Z-Twin avec sa double tête vissable interchangeables ; et la tétine soft en silicone étanche sur les bidons comme le Z20 Pro, qui verrouille hermétiquement contre les chocs et la poussière. Anecdote : La Solibloc fut impitoyablement testée par le légende Louison Bobet, triple vainqueur du Tour de France de 1953 à 1955, qui l’emmena au sommet du col du Tourmalet lors d’une étape infernale de 1954, gonflant son pneu crevaison en pleine tempête sans une once de sueur supplémentaire, la propulsant au rang d’icône auprès des pros. De même, le Z-Twin entra dans la légende en 1985 quand Bernard Hinault, le Blaireau breton, crève en pleine échappée sur les routes du Tour, et gonfle son tubeless en quelques secondes grâce à cette double tête magique, reprenant la tête du peloton et terminant l’étape en jaune, une anecdote que les anciens de Zéfal racontent encore autour d’un café à Jargeau.
En 2014, Zéfal lance les garde-boue Green’z, premiers du marché en matériau végétal 100% recyclable issu de fibres naturelles, légers et éco-friendly pour les vélos urbains et gravel ; suivis du No Mud clipsable, un système modulaire qui s’adapte à tous les cadres sans outils. Côté sécurité, le système antivol Lock’N Roll remporte l’or à l’Eurobike en 2008, un cadenas compact qui se roule dans un guidon ; et en 2025, l’adaptateur Clik Valve permet un gonflage éclair sans visser, compatible avec toutes les valves standards. La gamme s’élargit aux bidons Z20 Pro isolants, sacoches étanches pour bikepacking, rétroviseurs aérodynamiques pour la ville, et éclairages IPX6 rechargeables ultra-puissants pour rouler de nuit. Anecdote : Les Green’z voient le jour par un coup du sort hilarant : un prototype en fibres de lin, jugé trop fragile, est jeté par mégarde dans la Loire lors d’un test fluvial près de Jargeau ; repêché par un employé pêcheur, il survit à une semaine d’immersion et inspire la version finale, prouvant la robustesse végétale. Quant au Lock’N Roll, il décroche son award Eurobike après un cambriolage raté à l’usine : un intrus tente de forcer un prototype fixé sur un vélo d’exposition, mais le mécanisme se verrouille automatiquement, piégeant l’outil du voleur et alertant les vigiles, une pub gratuite qui fait le buzz dans le milieu cycliste international.
Depuis 2007, les frères Matthieu Brunet (PDG visionnaire) et Aurélien Brunet (DG opérationnel) dirigent Zéfal avec une poigne familiale ferme, cédant en 2009 les lignes non rentables comme Stronglight (pédaliers) et Chapak (freins) après un douloureux plan social, pour recentrer les forces sur les cœurs de métier : pompes, bidons et garde-boue haut de gamme. L’entreprise maintient une production à 60% française dans son usine de 12 000 m² à Jargeau, exportant dans plus de 50 pays tout en innovant pour le gravel et l’urbain. Anecdote : Le bureau R&D est un vrai musée vivant, regorgeant de prototypes rouillés, d’affiches jaunies des années 1920 vantant les pompes Zéphyr, et même de pompes en bois massif du Jura gravées à la main avec des logos personnalisés pour les clients VIP ; les frères Brunet, incollables sur le gravel et fans de Paris-Roubaix, testent incognito leurs nouveautés lors d’épreuves amateurs, comme ce bidon Z20 Pro qui encaissa 200 km de pavés boueux sans une goutte de fuite lors d’une édition locale, prouvant sa fiabilité sur le terrain. Ils recyclent scrupuleusement leurs plastiques en partenariat local, transformant déchets en prototypes, et sponsorisent des équipes pros comme Cofidis dès 2017. Le boom post-Covid propulse Zéfal dans une nouvelle ère, avec l’essor mondial du vélo utilitaire et sportif, où chaque pompe vendue raconte un bout d’histoire française, de la Loire aux cimes pyrénéennes.