Le choix d'une transmission mono-plateau (1x) en gravel représente aujourd'hui bien plus qu'une simple tendance ; c'est une évolution structurelle qui redéfinit la manière de concevoir et de piloter un vélo. Si le double plateau conserve ses partisans pour la route, le mono-plateau s'impose par une série d'avantages mécaniques, dynamiques et même esthétiques qui séduisent une large majorité de pratiquants.
Une fiabilité et une robustesse accrues
En gravel, les conditions sont souvent rudes (boue, feuilles, pierres). Le mono-plateau élimine le maillon faible de la transmission : le dérailleur avant.
Moins de pannes : Moins de composants (pas de dérailleur avant, pas de câble, pas de gaine) signifie statistiquement moins de risques de défaillance mécanique ou de mauvais réglages.
Sécurité de la chaîne : Pour pallier l'absence de dérailleur avant qui servait aussi de guide, les systèmes 1x utilisent des plateaux "narrow-wide" (dents alternées larges et étroites) qui verrouillent littéralement la chaîne sur le plateau.
Silence de fonctionnement : Les dérailleurs arrière spécifiques (comme le Shimano GRX ou le SRAM Rival) intègrent un mécanisme d'embrayage (clutch). Ce système freine le mouvement de la chape vers l'avant, empêchant la chaîne de rebondir et de claquer contre le cadre dans les sections chaotiques, rendant le vélo incroyablement silencieux.
Un avantage décisif pour la conception du cadre
C'est un aspect souvent méconnu, mais la suppression du dérailleur avant a "libéré" les concepteurs de cadres.
Pneus plus larges : Sans l'encombrement du dérailleur avant et de son collier de fixation, il est possible de concevoir des cadres acceptant des pneus beaucoup plus larges (au-delà de 42 mm) sans pour autant allonger les bases du vélo.
Réactivité : Des bases courtes permettent de conserver un vélo vif et réactif, même avec une monte pneumatique imposante pour le confort et l'accroche.
Gain de poids et esthétique
Poids réduit : En supprimant le dérailleur avant, le deuxième plateau et les commandes associées, on gagne entre 200 et 300 grammes. Si cela peut sembler marginal pour certains, c'est un gain précieux lors de longues sorties ou en compétition.
Épure esthétique : Pour beaucoup, le look "propre" et minimaliste du mono-plateau est un critère de choix important. "Regarder ses jambes pédaler" sans l'encombrement visuel d'une transmission complexe participe au plaisir de la pratique.
Les limites et la réalité du terrain
Malgré ces avantages, le mono-plateau impose certains compromis qu'il convient de connaître :
Plage de développement et cadence : Les sauts entre les pignons sont plus importants sur les cassettes larges (ex: 11-42), ce qui peut rendre difficile le maintien d'une cadence de pédalage optimale (entre 80 et 100 tr/min), surtout sur route ou en peloton.
Les extrêmes : Un pratiquant témoigne que dans des montées forestières très raides et glissantes, un développement de 42x42 peut s'avérer trop long, obligeant parfois à finir à pied par manque de "cartouches". Il suggère alors de passer sur un plateau plus petit (38 ou 40 dents) pour privilégier le confort et la moulinette.
Usure : La chaîne travaille plus souvent avec des angles prononcés, ce qui peut accélérer l'usure de la cassette et de la chaîne par rapport à un système double plateau mieux aligné.
Conclusion : Pour qui est-ce fait ?
Le mono-plateau est particulièrement recommandé pour :
Les débutants et les cyclistes venant du VTT pour son côté intuitif et sa robustesse.
Les adeptes du bikepacking et de l'aventure, qui recherchent la simplicité et un entretien minimal lors de leurs périples.
Les pratiquants sur terrains techniques où la fiabilité de la chaîne et la réactivité du vélo sont primordiales.
Comme le souligne un utilisateur passé du double au mono-plateau Shimano GRX : "le gain de simplicité prévaut sur la polyvalence". Le choix final dépendra donc de votre priorité : la fluidité millimétrée de la cadence (double plateau) ou la liberté et la robustesse de l'aventure (mono-plateau).