Chronique d’un plastique haut de gamme : le B'twin Racing FC 700 9.4

Il fut un temps où la fibre de carbone n'habitait que les rêves humides des nababs du peloton et les cauchemars financiers des pères de famille. C’était l'époque bénie où s’offrir un tel matériau exigeait de sacrifier un rein, ou à tout le moins de renoncer à nourrir sa progéniture pendant trois hivers. Puis Decathlon décida de commettre l'irréparable : démocratiser la chose.

Sous le patronyme à la fois clinique et guerrier de B'twin Racing FC 700 9.4, la grande surface lilloise eut l'audace indécente d'aligner le chaland sur les standards d'AG2R Prévoyance. Du carbone haut de gamme, du vrai, taillé pour le supplice des pavés et l'arrogance des cols alpinistes.


Anatomie d’un miracle industriel

Le châssis est une merveille de méchanceté géométrique. Un tube supérieur sloping — c’est-à-dire incliné, pour les béotiens — qui réduit les triangles avec la même rigueur que les coupes budgétaires d’un ministère tatillon. Le boîtier de pédalier, quant à lui, a été nourri aux hormones : pas un seul watt de vos cuisses ne s'échappe en vaines flexions. Il encaisse tout, digère tout, et vous renvoie la pareille dans les mollets avec la politesse brutale d’un coup de trique.

Pour éviter que ce squelette en carbone pur ne pulvérise vos vertèbres au premier raccord de bitume, les ingénieurs y ont glissé quelques brins de Kevlar. Une subtilité qui permet d’allier l’inflexibilité d’une cathédrale gothique à la souplesse d’un chat somnolent. Ajoutez-y une fourche signée TIME — parce qu'il ne faut pas déconner avec la précision du train avant — et vous obtenez un engin qui guide vos roues avec une morgue chirurgicale.


La route, le sueur et le triple plateau

Une fois juché sur la bête, la première sensation relève de la lévitation. Entre six et huit kilos de plastique racé qui trépignent à la moindre sollicitation. Dans les ascensions, le vélo ne "plante" pas ; il vous toise, exigeant que vous en remettiez une louche. C’est un pur-sang hypocondriaque de la molesse.

Et puis, il y a le choix des armes : ce fameux triple plateau. Objet de mépris absolu pour les puristes en goguette, mais havre de paix absolu pour le cycliste au cardio vacillant face aux pourcentages helvétiques. Pourquoi cracher sur la dignité d'un 30 dents quand il s'agit de sauver ses poumons de l'asphyxie ? Les étriers Shimano font le reste, stoppant la machine avec une promptitude qui frôle l'insolence, même sous une averse normande.


Le verdict d'un mythe moderne

Vendu pour une fraction du prix pratiqué par les marchands de tapis italiens ou américains, le FC 700 9.4 a pulvérisé les barrières de l'élitisme sportif. Il offrait au petit dernier du club local la même machine qu’aux professionnels du dimanche, sans l'obliger à hypothéquer son chat.

Aujourd'hui encore, il hante les sites de petites annonces avec la superbe d’un dinosaure increvable. Moins fragile que les babioles clinquantes d'aujourd'hui, il reste ce témoin d’une époque où l'on savait fabriquer du matériel simple, redoutablement efficace et dénué de tout artifice marketing superflu. Un chef-d'œuvre de pragmatisme prolétaire.