Il existe deux catégories de compteurs GPS. Ceux dont on connaît parfaitement l’autonomie parce qu’on la surveille avec anxiété, et ceux dont on oublie qu’ils possèdent une batterie. Le COROS Dura appartient à la seconde catégorie. Après plus de 7000 kilomètres à le maltraiter sur route, en gravel, en bikepacking et sur de longues sorties, une question s’impose : est-il devenu mon compteur ou simplement un objet électronique que je tolère ?
La réponse est embarrassante : je l’aime bien. Le Dura possède une autonomie annoncée de 120 heures en mode GPS complet. C’est tellement considérable qu’après quelques sorties, la batterie cesse d’être un sujet. Lorsqu’un appareil électronique cesse de devenir une source d’inquiétude, il acquiert une forme de noblesse. On ne pense plus à le recharger. On part rouler.
Sa recharge solaire renforce encore cette impression. En quatre heures de sortie sous un soleil convenable, il m’est arrivé de ne perdre qu’un pour cent, voire aucun. Le panneau solaire n’est donc pas une décoration destinée à séduire les amateurs de gadgets. Il participe réellement à l’usage. Et dans le monde du vélo longue distance, tout ce qui permet d’oublier une prise électrique mérite une certaine considération.
Le Dura mesure 99,5 x 60,8 x 15,7 mm pour environ 97 à 102 g. Son boîtier en polymère renforcé bénéficie d’une certification IP67. Il possède un écran MIP couleur de 2,7 pouces, en 400 x 240 pixels et 64 couleurs. Ce n’est pas une télévision miniature. Heureusement. En plein soleil, l’écran reste parfaitement lisible et c’est précisément ce qu’on lui demande.
La technologie MIP privilégie la lisibilité extérieure plutôt que l’effet spectaculaire. Le Dura ne cherche pas à vous impressionner. Il travaille. Il est équipé d’un GPS double fréquence compatible GPS, GLONASS, Galileo, Beidou et QZSS. Il embarque également un altimètre barométrique, un accéléromètre, un gyroscope, une boussole et un thermomètre.
Bref, il sait où je suis, où je vais et probablement ce que je devrais faire de ma vie. La navigation reste pourtant simple. Je prépare généralement mon itinéraire sur Komoot, j’exporte le fichier GPX, je l’ouvre dans l’application COROS puis je l’envoie en Bluetooth au compteur. C’est tout. Cette simplicité devient précieuse lorsque la sortie dépasse cinq heures et que la fatigue commence à rendre toute opération informatique suspecte.
Le Dura dispose de 32 Go de stockage pour les cartes hors ligne et les itinéraires. Il communique en ANT+, Bluetooth, Wi-Fi et USB-C et peut gérer jusqu’à douze capteurs simultanément : puissance, fréquence cardiaque, radar Varia ou encore transmissions Shimano et SRAM. Il sait donc faire beaucoup de choses. Il a simplement la politesse de ne pas vous le rappeler toutes les trente secondes.
L’écran tactile MIP est paramétrable depuis l’application. Son affichage est sobre, rapide et lisible. Ceux qui veulent une avalanche d’informations pourront trouver le Dura presque ascétique. Moi, j’y vois une qualité. Quand je roule, je veux savoir où aller, à quelle vitesse, depuis combien de temps je souffre et combien de kilomètres il reste avant de prétendre que tout va bien.
La cartographie s’est également améliorée au fil des mises à jour, avec une distinction plus claire entre routes et chemins. Pour le gravel, ce n’est pas un détail. La navigation a gagné en fluidité et le contrôle des médias depuis le compteur ajoute ce petit confort qui permet de laisser le téléphone tranquille. Une fonction inutile jusqu’au jour où l’on réalise qu’on l’utilise systématiquement.
Le Dura n’est évidemment pas parfait. Sa cartographie et certaines fonctions restent moins riches que celles de compteurs très sophistiqués. Pour les utilisateurs qui veulent multiplier les données, les options et les réglages, il existe des appareils plus complets. Le Dura fait un choix différent : il privilégie l’autonomie, la lisibilité et la simplicité plutôt que la profusion.
Et puis COROS fait parfois cette chose mystérieuse que font les développeurs : supprimer une fonction que personne ne leur avait demandé de supprimer. En août 2026, une mise à jour avait notamment retiré le bip qui accompagnait mes changements de direction en navigation turn-by-turn. J’ai attendu un mois. Puis, le 27 août, le bip est revenu. J’ai pardonné. Nous sommes donc à nouveau amis.
Alors, après 7000 km ? Le COROS Dura n’est pas devenu intéressant parce qu’il possède une fiche technique interminable. Il l’est devenu parce qu’après des milliers de kilomètres, je continue à lui faire confiance. Il est endurant, lisible, relativement simple, robuste et surtout débarrassé de cette angoisse moderne qui consiste à chercher une prise électrique avant même de savoir où l’on va dormir.
Pour le gravel, le bikepacking et la longue distance, sa philosophie tient en quelques mots : moins d’agitation, plus de kilomètres. Et finalement, c’est peut-être cela que j’attends d’un compteur. Qu’il me laisse rouler. Qu’il me dise où aller. Qu’il accepte le soleil, la pluie et mes hésitations. Le reste peut attendre.