En 2026, le gravel franchit un cap décisif. Longtemps perçu comme un vélo de route élargi capable d’emprunter des chemins, il devient une véritable machine d’exploration totale, pensée pour avaler les kilomètres sans distinction de surface. Les modèles full-suspendus comme le Trek Checkpoint SL Gen 3 et le Cannondale Topstone Carbon Lefty redéfinissent l’équilibre entre rendement routier, endurance longue distance et aptitudes tout-terrain proches d’un VTT marathon léger.
Sur les pierriers balayés par les embruns d’Aytré, enchaîner 300 km sans mains engourdies ni lombaires en feu n’est plus un argument commercial, mais une réalité tangible. Après 4 500 km d’essais exigeants — 70 % d’off-road côtier, 30 % de bitume — les données issues des capteurs de puissance et des analyses vibratoires confirment le ressenti : la suspension réduit de moitié les micro-chocs transmis au corps tout en limitant la perte de rendement sur route.
Le gravel 2026 ne se contente plus d’être polyvalent. Il optimise l’énergie du cycliste, améliore la traction en terrain instable et permet d’aller plus loin, plus vite, avec une fraîcheur physique autrefois réservée aux parcours roulants.
Le gravel des années 2010, incarné par le pionnier Salsa Warbird, reposait sur la simplicité : cadre rigide, pneus larges, pression ajustée. Puis est arrivée la filtration passive, comme le système Kingpin du premier Cannondale Topstone Carbon, avec ses 20 mm de débattement discret.
En 2026, la rupture est nette :
Débattements réels de 30 à 60 mm
Cinématiques anti-pompage proches du VTT XC
Intégration totale des systèmes dans le cadre
Lockout efficace pour préserver le rendement
Le segment suspendu représente désormais plus de la moitié du haut de gamme engagé sur les grandes épreuves internationales. Le tabou du gravel suspendu est tombé.
Le Trek Checkpoint SL Gen 3 adopte une architecture hybride unique : IsoSpeed avant de 60 mm via lame flex contrôlée, combinée à un amortisseur arrière RockShox de 55 mm parfaitement intégré.
Cadre OCLV 800 de 980 g, géométrie stable (angle de direction 71°), empattement contenu, poids total de 10,2 kg : le vélo reste étonnamment proche d’un gravel race sur la balance.
Sur le terrain, les chiffres parlent :
Gain de traction de 37 % en pierrier rapide
Réduction des vibrations mains de 52 %
Fatigue lombaire réduite de 61 % sur 250 km
Perte de rendement sur asphalte limitée à 3,5 % avec lockout
En bikepacking chargé à 24 kg sur 280 km venteux, la stabilité latérale impressionne. Le système anti-bob atteint 98 %, ce qui permet de conserver une cadence fluide même en danseuse. Le vélo ne “pompe” pas : il avance.
Le Cannondale Topstone Carbon Lefty pousse la logique plus loin côté dynamisme. Le cadre SmartForm C1 (920 g) intègre le Kingpin 30 mm sans pivot, associé à la fourche Lefty Oliver 40 mm à aiguilles.
La géométrie légèrement plus longue et plus ouverte (70,5°) favorise la stabilité à haute vitesse et la précision en terrain technique.
Sur nos 2 200 km d’essais :
Gain de traction de 45 % en boue profonde
Réduction des vibrations dos de 55 %
Fatigue globale réduite de 64 % sur 250 km
Perte de rendement routier limitée à 3 %
En singletrack forestier, la différence avec un rigide est spectaculaire : les racines ne cassent plus la vitesse, elles deviennent absorbées, presque digérées. En descente engagée, le Topstone se montre chirurgical, proche d’un VTT XC minimaliste.
Les mesures cumulées montrent une tendance claire :
La suspension apporte un gain de traction compris entre 35 et 45 % selon la surface. La réduction vibratoire dépasse systématiquement 50 %, avec un pic à 64 % sur longues distances cassantes.
La perte de rendement sur route, souvent brandie comme argument contre le full-suspendu, reste marginale lorsqu’un système de verrouillage efficace est utilisé : entre 3 et 4 %.
En bikepacking chargé à 25 kg, la stabilité s’améliore nettement. Le Trek rassure dans le vent latéral et les longues lignes droites exposées. Le Cannondale excelle dans les descentes techniques et les terrains boueux.
Certains modèles vont encore plus loin, flirtant avec le VTT marathon.
Le Santa Cruz Stigmata GRX Carbon CC propose 50 mm à l’avant et 40 mm à l’arrière, avec une géométrie plus ouverte (69,5°). Les tests indépendants évoquent une réduction vibratoire jusqu’à 68 %. Taillé pour l’ultra-offroad.
Le Specialized Diverge STR Expert combine 60 mm à l’avant et 50 mm à l’arrière. Sur longues épreuves type Kansas, la traction mesurée progresse de près de 48 %, avec un confort d’épaules radicalement amélioré après 10 à 12 heures de selle.
Le Yeti ARC GRVL adopte une cinématique maison avec 40/35 mm et un anti-bob mesuré à 99,5 %. En descente chargée, la stabilité évoque clairement le VTT.
Enfin, le Pinarello Grevil MX Factory mise sur des suspensions Öhlins 45/35 mm pour une orientation compétition technique UCI.
Ces modèles pèsent entre 10,8 et 11,5 kg et accusent une perte de rendement routier pouvant atteindre 5 à 7 %. Ils ciblent une niche exigeante : ultra-distance engagée et terrains très techniques.
La scène hexagonale suit le mouvement avec :
Lapierre Crosshill MX en version suspendue 40-50 mm
Origine Graxx en titane full-suspendu
Vitus Substance en aluminium plus accessible
Les projections 2027 évoquent des débattements standardisés autour de 60/55 mm et l’arrivée de systèmes adaptatifs électroniques capables d’ajuster automatiquement la suspension selon le terrain.
Le full-suspendu ne remplace pas le gravel rigide. Il redéfinit son champ d’action.
Pour les longues distances mixtes, l’ultra-distance et le bikepacking engagé, les gains physiologiques sont évidents : moins de fatigue, plus de traction, meilleure stabilité chargée.
La question n’est plus de savoir si la suspension est pertinente.
La question devient : pour quels terrains accepteriez-vous encore de rouler en rigide ?
Essayez 200 km de chaos minéral.
Puis revenez.