Le jargon du cyclisme, riche d'expressions nées des courses mythiques comme le Tour de France, décrit avec panache les stratégies et efforts du peloton : on y parle d'**échappée** quand un coureur(s) distancent le groupe principal pour viser la victoire, de **flamme rouge** signalant le dernier kilomètre, ou d'**écraser les pédales** pour sprinter en force. **Sucer la roue** signifie s'abriter derrière un rival sans relayer, tandis que **flinguer** ou **mettre le feu** qualifie une attaque violente.
La **lanterne rouge** revient au dernier du général, et le **panache** incarne l'élégance dans l'effort. Ces termes (68 mots) vibrent d'histoire et de combativité.
À L'ÉLASTIQUE : Faire l'élastique décrit un coureur qui se fait lâcher par un groupe dans les ascensions, mais qui parvient à revenir au prix d'un effort intense lors des replats ou des descentes, avant d'être à nouveau distancé. La métaphore renvoie à l'objet qui s'étire et se rétracte. Le coureur est relié au groupe par un lien invisible qui menace de rompre à chaque accélération. C'est l'image de la survie à la limite de la rupture. Usage en Course : C'est une situation nerveuse et épuisante. Faire l'élastique trop longtemps finit généralement par la rupture définitive du lien, le coureur finissant par « exploser » et perdre un temps considérable une fois sa force nerveuse épuisée.
À LA FRINGALE : Cet état désigne une défaillance physique brutale liée à l'épuisement total des réserves de glycogène. Le coureur, en état d'hypoglycémie sévère, ne peut plus produire l'effort nécessaire pour faire avancer sa machine, subissant une sensation de vide absolu. Le terme évoque une faim dévorante. Dans le peloton, on dit aussi « buter sur le bonhomme de bois ». C'est l'image d'un moteur dont le réservoir est à sec, transformant chaque coup de pédale en un calvaire insurmontable. Usage en Course : Une fringale en pleine ascension d'un col peut ruiner des mois de préparation. Pour l'éviter, les coureurs s'alimentent en continu, craignant ce moment où le corps refuse d'obéir, même sur le plat.
À LA MIE : Une attaque ou une performance « à la mie » qualifie une action manquant cruellement de consistance et de puissance. C’est l’apanage du coureur qui tente de s’extirper du peloton sans avoir les jambes pour maintenir son effort. L’image renvoie à la mie de pain, par opposition à la croûte : c’est mou, friable et sans résistance. Cela évoque la fragilité d’un cycliste qui « s’écrase » dès que la pente s’accentue ou que le vent forcit. Usage en Course : On observe souvent des attaques « à la mie » en début d'étape, lorsque des coureurs de seconde zone tentent de se montrer à la télévision sans réelle chance de succès, se faisant reprendre dès la première accélération sérieuse.
À LA PLANCHE : Rouler « à la planche » signifie fournir un effort maximal, souvent pour le compte d'un leader, sans aucune arrière-pensée d'économie d'énergie. C'est le sacrifice ultime du grégaire qui s'épuise pour maintenir une allure élevée. L'expression vient de l'argot menuisier : on travaille sur la planche jusqu'à l'usure. Elle suggère une route plate et dure où le coureur doit s'étendre au maximum pour fendre l'air, tel une lame de bois rigide. Usage en Course : Dans les derniers kilomètres d'une étape de plaine, les équipiers du sprinteur roulent à la planche pour empêcher les attaques et préparer le terrain pour l'emballage final, finissant souvent l'étape totalement exténués.
À LA RUE : Être « à la rue » signifie être totalement dépassé par le rythme de la course, se retrouvant loin derrière le peloton, incapable de suivre la moindre roue. C'est un aveu d'impuissance physique et morale. L'image est celle d'un homme égaré dans la cité, loin du groupe et de la protection du peloton. Elle évoque l'isolement du coureur qui n'est plus dans le « jeu » et qui subit la route en solitaire. Usage en Course : Un leader qui se retrouve à la rue lors d'une étape de montagne voit ses espoirs de classement général s'envoler. C'est souvent le signe d'une méforme profonde ou des séquelles d'une chute survenue plus tôt.
À SEC : Être « à sec » signifie ne plus avoir de réserves énergétiques ou de boissons. Cela peut aussi désigner un coureur qui ne peut plus répondre à une attaque par manque de force musculaire résiduelle. L'image est celle d'un puits ou d'un réservoir tari. Dans le jargon, cela concerne autant le bidon vide que les jambes dépourvues de la moindre once de force (« ne plus avoir de jus »). Usage en Course : Un coureur à sec dans les dix derniers kilomètres d'une classique est une proie facile. Sans ravitaillement possible en fin de course, il doit gérer son agonie jusqu'à la ligne, souvent en perdant de nombreuses places.
ALLURE : L'allure représente la vitesse de progression du peloton ou d'un groupe. Elle est dictée par les circonstances de course, le relief et les consignes tactiques des directeurs sportifs via les oreillettes. Emprunté au vocabulaire équestre, le terme souligne la manière dont le cycliste « tient » son rang. Une allure « de sénateur » évoque la lenteur, tandis qu'une allure « folle » décrit un peloton lancé à pleine vitesse. Usage en Course : Le contrôle de l'allure est une arme tactique. Une équipe peut décider de « durcir » l'allure dans un col pour éliminer les sprinteurs adverses ou, au contraire, de ralentir pour favoriser le retour d'un coéquipier attardé.
ANO : Terme argotique et historique faisant référence à Jacques Anquetil, le quintuple vainqueur du Tour. Par extension, il désigne un style de course tout en puissance et en élégance, privilégiant le contre-la-montre et la gestion froide. C'est le diminutif affectueux et admiratif utilisé par les suiveurs de l'époque. « Maître Jacques » représentait la perfection technique, le buste immobile et les jambes tournant comme une mécanique d'horlogerie fine. Usage en Course : Aujourd'hui, on évoque « l'ombre de l'Ano » lorsqu'un coureur survole un contre-la-montre avec une aisance aérodynamique parfaite, rappelant l'esthétique et l'efficacité du champion normand sur les routes de France.
ASPIRATEUR : Se placer dans l'aspirateur consiste à rouler dans le sillage immédiat d'un adversaire ou d'un véhicule pour bénéficier de la succion aérodynamique. Cela permet d'économiser jusqu'à 30 % d'énergie en réduisant la traînée. L'image est celle d'un appareil ménager qui attire tout sur son passage. Le coureur de tête crée une zone de basse pression qui semble « aspirer » celui qui le suit, facilitant sa progression sans effort supplémentaire. Usage en Course : C'est la base de la protection d'un leader. Ses équipiers servent d'écran protecteur, le gardant dans l'aspirateur jusqu'au moment où il doit produire son propre effort, frais et dispos, pour l'attaque finale.
ATTAQUE : Une attaque est une accélération brutale et volontaire d'un coureur pour s'isoler en tête de course ou pour distancer ses concurrents. Elle nécessite une puissance explosive, souvent développée en danseuse. Terme martial par excellence, l'attaque est une agression tactique. Elle vise à rompre l'équilibre de la course et à tester la résistance mentale et physique des adversaires, souvent qualifiée de « coup de boutoir ». Usage en Course : Une attaque bien placée, par exemple au sommet d'une difficulté ou lors d'un moment d'inattention du peloton, peut permettre de créer une échappée victorieuse ou de remporter une étape de prestige.
BAROUD : Un baroud désigne une tentative héroïque et souvent désespérée d'un coureur pour s'illustrer en fin de course, sachant que ses chances de succès sont minimes. C'est l'acte de bravoure pour l'honneur ou le panache. Issu du terme militaire « baroud d'honneur », l'expression évoque un combat final sans espoir de victoire mais mené avec courage. C'est l'image du guerrier solitaire défiant la masse du peloton lancé à ses trousses. Usage en Course : On voit souvent un baroudeur lancer un baroud dans les 5 derniers kilomètres d'une étape promise aux sprinteurs. Même s'il échoue, il gagne le respect du public et le prix de la combativité.
BAROUDEUR : Le baroudeur est un coureur spécialisé dans les longues échappées. Endurant et courageux, il n'hésite pas à passer des heures seul ou en petit groupe face au vent, loin du confort du peloton. Le mot évoque l'aventurier, celui qui aime la lutte et les conditions difficiles. C'est un coureur au tempérament de feu, souvent doté d'une grande résistance psychologique à l'effort solitaire et prolongé. Usage en Course : Le baroudeur anime les étapes de transition. Sa stratégie est de prendre de l'avance pour espérer que le peloton calcule mal sa poursuite. Certains ont bâti leur carrière sur ces exploits de longue haleine.
BARRICADE : Faire barricade consiste, pour une équipe, à occuper toute la largeur de la route pour empêcher les attaques adverses ou protéger un leader. C'est une manœuvre d'obstruction tactique légale mais très agaçante pour les rivaux. L'image est révolutionnaire : on dresse un obstacle infranchissable. Les coureurs se placent côte à côte, créant un mur humain qui oblige quiconque veut passer à fournir un effort démesuré dans le bas-côté. Usage en Course : On utilise la barricade en tête de peloton lorsqu'un coéquipier est échappé à l'avant, afin de ralentir la poursuite et de casser le rythme des équipes de sprinteurs qui voudraient s'organiser.
BÉQUET : Terme d'argot technique désignant la selle ou, par métonymie, l'action de s'asseoir. On dit d'un coureur qu'il est « bien sur son béquet » lorsqu'il affiche une position stable et efficace, signe d'une grande force. L'origine est incertaine mais évoque le bec de la selle. C'est l'image de l'assise, point de contact crucial entre l'homme et la machine, où se transmet la puissance vers le pédalier. Usage en Course : En fin d'étape, un coureur qui reste solidement assis sur son béquet alors que les autres s'agitent montre sa supériorité. À l'inverse, « perdre son béquet » signifie subir le relief et ne plus tenir sa position.
BERLINGO : Surnom donné aux petites briques ou sachets de ravitaillement liquide ou semi-liquide (gels énergétiques). Ces concentrés de glucides sont essentiels pour éviter la défaillance lors d'efforts intenses de plus de trois heures. Le terme provient de la forme pyramidale des anciens emballages de lait ou de confiserie. L'image évoque une source d'énergie compacte, facile à consommer même en plein effort sans avoir à mâcher. Usage en Course : Les coureurs sortent leurs berlingos des poches de leur maillot avant les ascensions finales. C'est un rituel mécanique : on déchire l'emballage avec les dents, on ingurgite le gel, et on se prépare à l'attaque.
BIDON : Récipient en plastique contenant l'eau ou la boisson isotonique du coureur. C'est l'accessoire de survie le plus élémentaire du cycliste, indispensable pour réguler la température corporelle et maintenir l'hydratation. Le terme est simple mais central. L'image du coureur tendant la main vers un spectateur pour donner son bidon vide est l'une des plus iconiques du cyclisme, symbole de partage entre les champions et leur public. Usage en Course : La gestion des bidons est cruciale. Les équipiers font des allers-retours incessants entre la voiture du directeur sportif et le peloton pour ravitailler leurs leaders, transportant parfois jusqu'à dix bidons dans leur maillot.
BIDONNAGE : Action de tricher ou de s'aider indûment en s'accrochant à un bidon tendu par un directeur sportif depuis sa voiture. Cette technique, appelée « bidon collé », permet au coureur de bénéficier d'une propulsion motorisée illicite. Le terme évoque une mise en scène trompeuse. Le directeur sportif feint de donner un bidon difficile à saisir, prolongeant le contact pour « tracter » le coureur sur quelques dizaines de mètres, souvent dans une montée. Usage en Course : Le bidonnage est sévèrement sanctionné par les commissaires de course s'il est repéré. C'est une pratique de l'ombre, utilisée par des coureurs en grande difficulté qui cherchent à ne pas être distancés par le peloton.
BIDONVILLE : Désigne ironiquement la zone de ravitaillement ou le bas-côté de la route jonché de bidons jetés par les coureurs après usage. C'est un lieu de chaos temporaire où les spectateurs se ruent pour récupérer des souvenirs. L'image joue sur le contraste entre la précarité du terme original et l'accumulation soudaine d'objets en plastique colorés. C'est le témoignage du passage de la caravane et du peloton, marquant le paysage de leur empreinte éphémère. Usage en Course : Les zones de jet de bidons sont désormais réglementées pour des raisons écologiques. Les coureurs doivent s'en débarrasser dans des périmètres précis, faute de quoi ils s'exposent à des amendes ou des pénalités de temps.
BIGARREAU : Terme argotique désignant un coureur qui a le visage très rouge sous l'effet de l'effort intense et de la chaleur. C'est le signe d'une montée en température dangereuse ou d'un dépassement des capacités cardiaques. La métaphore renvoie à la variété de cerise rouge vif. L'image suggère un coureur « cuit », dont le système de refroidissement naturel ne suffit plus à évacuer la chaleur produite par l'exercice violent. Usage en Course : Voir un adversaire devenir « bigarreau » est un indicateur tactique fort. Cela signifie qu'il est à sa limite et qu'une accélération supplémentaire pourrait suffire à le faire craquer définitivement.
BLAIREAU : Surnom mythique de Bernard Hinault, le dernier vainqueur français du Tour. Par extension, désigne un coureur au tempérament hargneux, qui ne lâche jamais rien et qui est capable de mordre ses adversaires par son audace. Le blaireau est un animal réputé pour sa ténacité : quand il est acculé dans son terrier, il sort et attaque. Hinault a embrassé ce surnom qui illustrait son refus de la défaite et son autorité sur le peloton. Usage en Course : Invoquer le « Blaireau », c'est faire appel à l'agressivité tactique. Un coureur qui « fait le blaireau » est celui qui prend les rênes de la course avec autorité, imposant sa volonté à ses rivaux par la force pure.
BOCAGE : Type de terrain caractérisé par des routes étroites, sinueuses, bordées de haies. C'est un terrain piégeux pour un peloton car il empêche une visibilité lointaine et favorise les embuscades et les cassures. Issu du paysage rural typique de l'Ouest de la France. L'image évoque un labyrinthe de verdure où le vent est changeant et où le placement en tête de groupe est vital pour éviter les chutes. Usage en Course : Dans le bocage normand ou breton, les coureurs sont nerveux. La moindre erreur de trajectoire ou une crevaison peut être fatale, car remonter le peloton sur ces routes étroites est un exercice périlleux et énergivore.
BONDOUFLE : Référence historique à une arrivée d'étape ou à un lieu de passage marquant (notamment sur le Tour de France). Par extension, peut désigner une zone de course sans relief particulier mais où le vent peut jouer un rôle crucial. Toponyme devenu célèbre dans les annales du cyclisme. L'image est celle des grandes banlieues ou des plaines exposées où le peloton s'étire en de longs rubans sous l'effet de la vitesse et des bordures. Usage en Course : Passer par Bondoufle ou des zones similaires demande une vigilance de tous les instants. Ce ne sont pas les montagnes qui créent les écarts ici, mais la science du vent et la capacité à rester groupés.
BONIFICATION : Secondes de temps soustraites au chronomètre total d'un coureur, attribuées aux premiers arrivés d'une étape ou lors de sprints intermédiaires. C'est un levier stratégique pour modifier le classement général. Le terme évoque un bonus, une récompense pour l'agressivité et la pointe de vitesse. C'est le sel de la course qui oblige les leaders à ne pas rester passifs et à se battre pour chaque seconde. Usage en Course : Les bonifications peuvent permettre à un coureur de s'emparer du Maillot Jaune pour une seule seconde. Les équipes de leaders calculent précisément si elles doivent laisser partir une échappée ou la rattraper pour glaner ces précieuses secondes.
BOSS DE LA BOSSE : Expression désignant le meilleur grimpeur d'un groupe ou le coureur qui domine les ascensions. C'est celui qui dicte sa loi dès que la route s'élève, imposant un rythme que personne ne peut suivre. Jeu de mots entre l'autorité (« boss ») et le relief (« bosse »). L'image est celle d'un monarque régnant sur son territoire naturel, les pourcentages élevés, où seule la puissance par kilogramme fait foi. Usage en Course : Le boss de la bosse attaque généralement là où la pente est la plus raide. Son objectif est de décrocher ses adversaires « à la pédale », sans artifice tactique, simplement par une supériorité physique insolente.
BOUCLER : Terminer une épreuve, une étape ou un circuit. On dit aussi « boucler la boucle ». Cela signifie franchir la ligne d'arrivée, quel que soit le résultat, souvent après un effort long et pénible. L'image est celle d'un cercle qui se ferme, d'un parcours accompli. C'est le sentiment du devoir accompli pour le coureur qui a lutté contre les délais ou les éléments pour arriver au bout de son périple. Usage en Course : « Boucler » le Tour de France est l'objectif ultime de tout néo-professionnel. Peu importe la place au classement, arriver sur les Champs-Élysées après trois semaines de course est une victoire en soi sur la souffrance.
BOUFFEUR DE WATTS : Coureur extrêmement puissant capable de maintenir des niveaux de puissance (mesurés en watts) très élevés sur de longues périodes. C'est souvent un rouleur ou un spécialiste du contre-la-montre doté d'une musculature imposante. La métaphore suggère une consommation gargantuesque d'énergie. L'image est celle d'une machine thermique transformant les calories en force brute, capable de « briser » les pédales sous la pression. Usage en Course : Un bouffeur de watts est l'atout maître pour emmener un peloton à 50 km/h sur le plat pendant des heures. Il réduit à néant les chances des échappés par sa simple capacité à maintenir une vitesse de croisière inhumaine.
BOULET : Terme péjoratif désignant un coureur qui ne participe pas aux relais dans un groupe, se contentant de suivre le rythme sans jamais passer devant. C'est un poids mort pour ses compagnons d'échappée. L'image est celle de la chaîne et du boulet : le coureur ralentit le groupe par son manque d'implication, tout en profitant de l'aspiration des autres pour s'économiser avant le final. Usage en Course : Le boulet est souvent tancé verbalement par ses compagnons de route. S'il refuse de collaborer, il s'expose à des attaques répétées de ses partenaires qui cherchent à s'en débarrasser avant qu'il ne les batte au sprint.
BOURRIN : Coureur qui mise tout sur la force brute au détriment de la finesse tactique ou du style. Le bourrin « emmène gros » (grand braquet) et tente de passer en force là où d'autres utiliseraient leur agilité. Issu du vocabulaire paysan désignant un cheval de trait. L'image est celle d'une puissance sans nuances, d'un cycliste qui « pioche » avec les épaules et qui semble se battre contre son propre vélo. Usage en Course : Le bourrin est redoutable sur les secteurs pavés ou dans les classiques flandriennes. Là où la route est mauvaise, sa capacité à développer une force herculéenne sans se soucier de l'élégance lui permet de faire des différences majeures.
BRASSE : Faire de la brasse ou « brasser » désigne un coureur qui bouge énormément le haut du corps en pédalant, souvent signe de fatigue ou d'une mauvaise technique de pédalage. C'est une déperdition d'énergie notable. La métaphore renvoie au nageur : les bras et les épaules s'agitent comme pour nager dans l'air. L'image s'oppose à la fixité du buste des grands champions, synonyme d'efficacité aérodynamique. Usage en Course : Quand un coureur commence à brasser dans un col, c'est le signal pour ses adversaires qu'il est « à la limite ». Ses mouvements désordonnés trahissent son agonie et son incapacité à maintenir un geste fluide.
BRÉGADE : Terme ancien ou régional désignant une accélération soudaine ou une échappée lancée avec fougue. C'est un sursaut d'énergie qui vise à dynamiter une course monotone. Évoque la brigade ou un groupe de choc. L'image est celle d'une action collective ou individuelle menée avec détermination, comme une charge de cavalerie visant à percer les lignes ennemies. Usage en Course : Lancer une brégade au kilomètre zéro est une manière de marquer son territoire et de montrer que l'on n'est pas venu pour faire de la figuration, obligeant le peloton à rester vigilant dès le départ.
BRISE-LAME : Coureur placé en tête de groupe qui affronte le vent de face pour protéger ceux qui le suivent. C'est un rôle ingrat mais essentiel dans la stratégie collective, permettant au leader de rester à l'abri. Emprunté à l'ingénierie maritime, le brise-lame reçoit l'impact frontal des éléments. L'image souligne le sacrifice physique de celui qui « casse » le vent pour faciliter la progression du reste de l'équipe. Usage en Course : En cas de vent de face violent, les équipiers se relaient comme brise-lames. Sans eux, le leader s'épuiserait rapidement, incapable de lutter seul contre la résistance de l'air sur de longues distances.
BRISE-VENT : Similaire au brise-lame, mais désigne parfois plus spécifiquement l'équipement (veste légère) utilisé par les coureurs pour se protéger du froid et du vent lors des descentes de cols. L'image est fonctionnelle : une barrière contre les éléments. Dans le peloton, c'est aussi le nom donné à un coureur de grand gabarit derrière lequel les petits grimpeurs aiment se cacher sur le plat. Usage en Course : Au sommet d'un col, les coureurs saisissent un brise-vent tendu par leurs assistants. Protéger les bronches et éviter le refroidissement musculaire est crucial avant de plonger à 80 km/h vers la vallée.
BROUETTES : Faire des brouettes ou « être en brouette » qualifie une position instable ou une situation où un coureur est poussé par un coéquipier (pratique interdite) ou aidé de manière irrégulière. L'image renvoie à l'outil de jardinage que l'on pousse devant soi. C'est une métaphore de l'assistance forcée, où le coureur ne progresse plus par ses propres moyens mais par une impulsion externe. Usage en Course : Les « brouettes » sont traquées par les arbitres. Elles surviennent souvent dans les pentes les plus raides, lorsqu'un équipier tente de maintenir son leader dans le rythme au mépris des règlements sportifs.
CABER : Action de lever la roue avant du vélo, volontairement (pour célébrer) ou involontairement (sous l'effet d'une pente trop raide ou d'une accélération trop violente). Issu du vocabulaire équestre (cabrer). L'image est celle d'une monture fougueuse qui se dresse sur ses membres postérieurs, symbolisant la puissance brute ou l'allégresse du vainqueur franchissant la ligne. Usage en Course : Cabrer involontairement dans un passage à 20 % signifie que le centre de gravité du coureur est trop en arrière. C'est un moment critique où l'on risque de perdre l'équilibre et de devoir mettre pied à terre.
CABREUR : Coureur capable d'accélérations fulgurantes, changeant de rythme avec une telle violence que son vélo semble bondir. C'est souvent un puncheur explosif, redoutable sur des arrivées en côte. L'image est celle de l'animal prêt à bondir. Le cabreur ne gagne pas à l'usure mais par une rupture de rythme brutale qui laisse ses adversaires sur place, incapables de réagir à temps. Usage en Course : Le cabreur attend les 500 derniers mètres d'une bosse pour porter son estocade. Son accélération est si sèche qu'elle crée instantanément un trou que personne ne parvient à boucher avant le sommet.
CADENCE : Rythme auquel le coureur fait tourner ses jambes, mesuré en révolutions par minute (RPM). Une cadence élevée (moulinage) sollicite le système cardio-vasculaire, tandis qu'une cadence basse sollicite la force musculaire. Terme musical évoquant la régularité du mouvement. L'image est celle d'un métronome humain. Trouver la bonne cadence est l'art de l'économie d'énergie et de l'efficacité mécanique sur le long terme. Usage en Course : Dans un contre-la-montre, maintenir une cadence stable est vital. Les coureurs modernes privilégient souvent une cadence élevée (autour de 90-100 RPM) pour préserver leurs fibres musculaires de la fatigue précoce.
CADETTE : Terme technique désignant le plus petit braquet autorisé pour les catégories de jeunes, ou par extension, une petite vitesse utilisée par dépit par un coureur pro totalement à bout de forces. Référence aux catégories d'âge (cadets). L'image suggère un retour à l'enfance ou à un niveau amateur, là où le coureur ne peut plus « emmener la plaque » et doit se résoudre à mouliner humblement. Usage en Course : Passer « sur la cadette » dans un col mythique est un aveu de faiblesse extrême. C'est le mode survie, où l'on ne cherche plus à gagner, mais simplement à ne pas s'arrêter au milieu de la pente.
CAISSE À SAVON : Désigne ironiquement un vélo de mauvaise qualité, mal réglé ou peu aérodynamique. Par extension, peut qualifier un coureur maladroit en descente qui semble n'avoir aucun contrôle sur sa trajectoire. Référence aux véhicules de course enfantins sans moteur. L'image suggère une fragilité et une instabilité dangereuses, peu compatibles avec les exigences de la compétition professionnelle à haute vitesse. Usage en Course : On dit d'un coureur qu'il descend « comme une caisse à savon » s'il prend ses virages de manière heurtée, freine trop tard ou semble terrifié par la pente, perdant de précieuses secondes sur ses rivaux plus habiles.
CAISSE : Avoir de la caisse signifie posséder une grande capacité pulmonaire et cardiaque, ainsi qu'une endurance à toute épreuve. C'est le fondement de la performance pour tout cycliste de haut niveau. L'image renvoie à la structure de la cage thoracique, le « coffre » du coureur. Plus la caisse est grande, plus l'apport en oxygène vers les muscles est efficace, permettant de maintenir un effort soutenu sans s'asphyxier. Usage en Course : C'est ce qui différencie un bon coureur d'un champion. En troisième semaine d'un grand tour, la caisse permet de récupérer plus vite et de garder un niveau de performance stable quand les autres déclinent.
CALIBRER : Action de jauger ses adversaires ou de réguler son propre effort de manière très précise, souvent à l'aide d'un capteur de puissance. C'est l'approche scientifique de la course cycliste moderne. Vient de la métrologie et de l'armement. Calibrer une attaque signifie l'ajuster exactement aux besoins du moment, sans gaspiller un seul watt inutilement. C'est l'image de la froideur mathématique appliquée à l'effort. Usage en Course : Les leaders calibrent leurs montées : ils savent exactement combien de temps ils peuvent tenir à 400 watts. Cette gestion permet d'éviter l'explosion physique en lissant l'effort tout au long de l'ascension.
CALVAIRE : Désigne une épreuve ou une section de route particulièrement difficile où la souffrance devient spirituelle. C'est le moment où le coureur lutte contre lui-même pour ne pas abandonner. Image religieuse forte évoquant le chemin de croix. Les cols mythiques sont souvent jalonnés de monuments ou de chapelles, renforçant cette dimension de martyr de la route face à l'adversité géographique. Usage en Course : Le mont Ventoux sous la canicule est souvent décrit comme un calvaire. Les coureurs y avancent dans un paysage lunaire, sans ombre, subissant la réverbération de la pierre et l'asphyxie due à l'altitude.
CARBONE : Matériau de prédilection des vélos de compétition modernes (cadres, roues, périphériques). Léger et rigide, il permet un transfert de puissance optimal entre le coureur et la route. Référence à l'élément chimique et à la haute technologie spatiale. Le carbone symbolise l'ère moderne du cyclisme, où la machine est devenue un prolongement ultraléger et nerveux du corps de l'athlète. Usage en Course : Un cadre en carbone bien conçu absorbe les vibrations tout en étant d'une rigidité latérale absolue. Cela permet au coureur de « gicler » lors d'un sprint ou d'une relance avec une efficacité qu'aucun autre matériau ne permet.
CARIO : Terme technique ou argotique local pouvant désigner une trajectoire particulière ou une manière de négocier un virage en épingle, favorisant la relance immédiate en sortie de courbe. L'étymologie est floue, évoquant parfois la courbure. L'image est celle de l'agilité et de la science de la trajectoire, essentielle pour ne pas perdre l'inertie acquise dans les descentes techniques de montagne. Usage en Course : Un coureur qui possède un bon « cario » gagnera quelques mètres à chaque virage sans produire d'effort supplémentaire, épuisant ses poursuivants qui doivent relancer plus violemment pour boucher le trou.
CARREAU : Rester sur le carreau signifie être lâché définitivement par le peloton ou abandonner suite à une chute ou une défaillance. C'est la fin des espoirs pour la journée ou pour l'ensemble de l'épreuve. L'image vient du tir ou des jeux de boules : on est frappé et on ne bouge plus. Sur la route, c'est le coureur assis sur le bord du fossé, la tête basse, attendant la voiture balai ou l'ambulance. Usage en Course : Une chute collective peut laisser dix coureurs sur le carreau. C'est le côté cruel du cyclisme où des mois de travail peuvent s'effondrer en une fraction de seconde sur une plaque de goudron mouillée.
CARTON : Faire un carton signifie remporter une victoire éclatante, souvent avec une avance considérable, ou désigner une chute spectaculaire (« prendre un carton »). Dans le sens de la victoire, cela vient du tir forain où l'on abat toutes les cibles. Dans le sens de la chute, cela évoque l'impact brutal, le corps devenant un objet inanimé percutant le sol. Usage en Course : Un sprinteur qui gagne avec trois longueurs d'avance « fait un carton ». À l'inverse, un coureur qui rate un virage en descente « se prend un carton mémorable », mettant souvent fin à sa saison.
CASSURE : Rupture physique de la continuité du peloton. Un trou de quelques mètres se forme entre deux coureurs, et s'il n'est pas comblé immédiatement, il se transforme en un écart de plusieurs minutes. L'image est celle d'une chaîne qui se brise. La cassure est souvent due au vent, à une accélération soudaine ou à une chute. Elle sépare irrémédiablement ceux qui sont « devant » de ceux qui subissent. Usage en Course : Les coureurs luttent en permanence pour ne pas subir une cassure. Être placé en queue de peloton est dangereux car c'est là que les cassures se produisent le plus souvent, sous l'effet de l'élasticité du groupe.
CAVALCADE : Échappée au long cours, menée à un rythme effréné, rappelant une chevauchée fantastique. C'est l'action de coureurs audacieux qui tentent de renverser le cours de la course par une offensive lointaine. Terme équestre évoquant un groupe de cavaliers lancés au galop. L'image est romantique et épique : c'est la lutte de l'individu ou du petit groupe contre la tyrannie du peloton et du chronomètre. Usage en Course : Une cavalcade solitaire de 100 kilomètres à travers les montagnes est l'une des formes de victoire les plus respectées. Elle demande une force mentale hors du commun pour résister au retour des favoris dans le final.
CHAINE : Organe de transmission crucial reliant le pédalier à la roue arrière. Par extension, on parle de « faire la chaîne » pour désigner des coureurs qui se relaient parfaitement pour maintenir une vitesse élevée. La chaîne est le symbole du lien mécanique. Son bon fonctionnement (lubrification, tension) est vital. L'image de la « grande chaîne » évoque le grand braquet, utilisé pour rouler très vite sur le plat. Usage en Course : « Faire sauter la chaîne » peut être catastrophique lors d'une attaque. À l'inverse, une équipe qui « met la chaîne à droite » (sur le plus petit pignon) signale sa volonté d'étirer le peloton et de créer des bordures.
CHANDELLE : Faire une chandelle signifie se dresser brutalement sur ses pédales pour répondre à une attaque ou pour lancer la sienne. C'est une accélération verticale et soudaine qui vise à surprendre. L'image est celle d'une flamme qui s'élève ou d'un feu d'artifice. Le coureur semble soudainement gagner en hauteur et en vitesse, s'extirpant de la masse du groupe avec une vivacité électrique. Usage en Course : Les puncheurs sont les rois de la chandelle. Sur un mur final, ils attendent le moment de rupture pour placer cette accélération sèche qui leur donne immédiatement quelques mètres d'avance irrattrapables.
CHAPELLE : Faire chapelle ou « courir en chapelle » désigne des alliances de circonstance entre coureurs de différentes équipes pour servir un intérêt commun, souvent au détriment du reste du peloton. L'image évoque un petit groupe fermé, un cercle d'initiés. C'est le côté diplomatique et occulte de la course, où les accords se nouent à voix basse entre deux coups de pédale. Usage en Course : Si deux leaders d'équipes rivales ont intérêt à distancer un troisième concurrent, ils peuvent faire chapelle. Ils collaboreront loyalement jusqu'à ce que l'objectif soit atteint, avant de reprendre leur lutte fratricide pour la victoire.
CHASSE À L'HOMME : Poursuite organisée par le peloton pour rattraper un coureur seul en tête. C'est un duel de vitesse et d'endurance où l'avantage numérique du groupe lutte contre la détermination de l'échappé. Terme policier ou cynégétique. L'image est celle du peloton-meute traquant sa proie. C'est un moment de haute tension où chaque seconde d'écart est comptabilisée par les ardoisiers et les chronométreurs. Usage en Course : La chasse à l'homme devient spectaculaire dans les 10 derniers kilomètres. Le peloton s'étire en une longue file indienne, roulant à plus de 50 km/h, tandis que l'homme de tête jette ses dernières forces pour ne pas être dévoré.
CHASSE-NEIGE : Coureur ou groupe de coureurs qui ouvrent la route sous une pluie battante ou dans des conditions météorologiques exécrables. Ils évacuent l'eau de la route pour ceux qui les suivent, subissant les projections. L'image de l'engin de déneigement. Celui qui est en tête reçoit toute la pluie et la boue, offrant un relatif confort visuel à ses poursuivants qui restent bien calés dans sa roue, à l'abri des gerbes d'eau. Usage en Course : Rouler en tête lors d'une étape dantesque est épuisant psychologiquement. Le chasse-neige doit rester concentré sur les pièges de la route (flaques, plaques d'égout) tout en fournissant l'effort maximal face au vent et aux éléments.
CHASSE-PATATE : Situation tactique où un coureur est intercalé entre l'échappée et le peloton. Il s'épuise à essayer de rejoindre la tête de course sans jamais y parvenir, tout en refusant d'être repris par le groupe principal. Expression savoureuse née sur les vélodromes ou les kermesses. « Chasser la patate » évoque un effort lourd, maladroit et peu fructueux. C'est l'image du coureur pédalant « carré » contre le vent pour un résultat nul. Usage en Course : C'est une erreur de débutant ou un signe de désespoir. Le coureur dépense une énergie folle en solitaire. Généralement, le directeur sportif lui ordonne de « se relever » pour ne pas se brûler les ailes inutilement.
CHAT : Coureur agile, capable de se faufiler dans les moindres espaces au sein du peloton. Il possède un sens de l'équilibre et une vision de la course qui lui permettent d'éviter les chutes et de gagner des places sans effort. L'image de l'animal retombant toujours sur ses pattes. Le « chat » ne panique jamais dans les moments de tension, il glisse entre les épaules et les guidons avec une grâce féline presque invisible. Usage en Course : Un sprinteur doit avoir des réflexes de chat. Dans l'emballage final, il doit repérer le trou qui va s'ouvrir, anticiper les mouvements des adversaires et se faufiler à 70 km/h pour trouver l'ouverture victorieuse.
CHAT MAIGRE : Désigne un grimpeur extrêmement sec, doté d'une masse grasse quasi nulle. C'est le profil physiologique idéal pour les grands cols, où chaque gramme superflu devient un handicap face à la gravité. L'image renvoie à la silhouette effilée de l'animal de gouttière. Ces coureurs semblent n'être faits que de muscles et de tendons, avec des visages émaciés et des jambes nerveuses qui ne craignent pas les forts pourcentages. Usage en Course : Les chats maigres attendent les pentes à plus de 10 % pour s'exprimer. Là où les rouleurs plus lourds s'écrasent, eux semblent flotter, emmenant de petits braquets avec une fréquence de pédalage impressionnante.
CHEMINÉE : Coureur qui fume ou qui dégage une impression de grande chaleur et de transpiration intense lors de l'effort. Historiquement, désignait aussi les coureurs qui consommaient du tabac pour « ouvrir les poumons », une pratique disparue. L'image de l'évacuation des gaz et de la chaleur. Un coureur qui « fume » par tous les pores de la peau est en plein surrégime thermique. C'est l'image de la machine à vapeur humaine fonctionnant à plein régime. Usage en Course : Dans les ascensions sous 35 degrés, on voit les coureurs s'arroser abondamment pour éteindre la « cheminée ». Si le corps ne parvient pas à évacuer cette chaleur, le coup de chaud est inévitable, entraînant l'arrêt immédiat.
CHIANT : Se dit d'un coureur dont le style de course est peu spectaculaire, privilégiant l'attentisme et le marquage de ses adversaires. Il refuse de prendre des relais ou d'animer la course, attendant l'erreur des autres. Terme familier mais précis. Il décrit le sentiment de frustration des adversaires face à un coureur « sangsue » qui profite de l'effort collectif sans jamais s'exposer, rendant la course monotone et tactiquement bloquée. Usage en Course : Un favori peut courir de manière « chiante » pour préserver son avance au classement général. Il se contente de suivre les attaques de ses rivaux directs, tuant tout suspense et toute velléité offensive par sa passivité calculée.
CHOPER LA MÉCANIQUE : Subir un problème technique (saut de chaîne, dérailleur bloqué, crevaison) au pire moment de la course. C'est l'aléa matériel qui vient briser la dynamique d'un coureur alors qu'il est en plein effort. L'image de la machine qui trahit son pilote. « Choper » évoque une maladie soudaine qui frappe le vélo. C'est le contraste entre la forme physique du champion et la défaillance d'un simple composant en acier ou carbone. Usage en Course : Choper la mécanique dans la dernière ascension d'une classique est souvent synonyme de défaite. Le coureur doit attendre sa voiture d'assistance, changer de vélo ou de roue, perdant un temps et une énergie précieux pour revenir.
CHOPER UN COUP DE MOU : Subir une baisse passagère de régime, une fatigue soudaine qui oblige à ralentir le rythme sans pour autant être une défaillance totale. C'est un moment de vulnérabilité que le coureur doit gérer mentalement. L'image du ramollissement des muscles et de la volonté. Le « coup de mou » est souvent lié à une mauvaise gestion de l'effort ou à un début de déshydratation. Les jambes deviennent lourdes et le moral flanche. Usage en Course : Un coureur expérimenté sait « laisser passer l'orage » lorsqu'il chope un coup de mou. Il se replace en queue de groupe, s'alimente, et attend que ses sensations reviennent, espérant que ses adversaires ne s'aperçoivent de rien.
CHUTE : L'accident, le contact brutal avec le sol. C'est le risque permanent du cycliste, accentué par la vitesse, la promiscuité dans le peloton et les aléas de la route (gravillons, pluie). Le terme est clinique mais sa réalité est sanglante. On parle de « tâter du bitume » ou de « faire un soleil ». La chute est le grand égalisateur, capable de terrasser le plus fort des champions en un instant. Usage en Course : Les chutes collectives sont les plus redoutées. Elles se produisent souvent lors de moments de tension, à l'approche d'un sprint ou d'un virage serré, et peuvent entraîner des abandons en cascade et des blessures graves.
CLIPPER : Enclencher ses chaussures dans les pédales automatiques. C'est le geste qui unit définitivement le cycliste à sa machine, permettant un pédalage « rond » où l'on pousse et l'on tire sur les pédales. Onomatopée évoquant le bruit sec du mécanisme de verrouillage. L'image est celle d'une connexion parfaite, transformant les jambes en bielles articulées pour une transmission de puissance optimale sans aucune déperdition. Usage en Course : Rater son « clippage » au départ d'un contre-la-montre ou après un incident technique peut coûter cher. Le coureur doit retrouver instantanément le contact sous peine de glisser et de perdre tout équilibre lors de la relance.
CLM : Abréviation universelle pour « Contre-la-montre ». Épreuve solitaire ou par équipe où le seul adversaire est le temps. C'est le juge de paix, la vérité nue de la force pure et de l'aérodynamisme. Acronyme fonctionnel. Le CLM est surnommé « l'épreuve de vérité » car aucun abri n'est possible. L'image est celle d'un coureur seul face au vent, sur une machine futuriste, luttant contre les aiguilles de la montre. Usage en Course : Le CLM peut bouleverser un classement général. Les spécialistes utilisent des vélos spécifiques, des casques profilés et des roues pleines pour gagner la moindre seconde. C'est un exercice de souffrance solitaire et millimétrée.
COBAYE : Coureur (souvent un jeune néo-pro) utilisé par son équipe pour tester de nouveaux matériels, des protocoles nutritionnels ou pour être envoyé en éclaireur dans des échappées suicidaires afin de tester la réaction des adversaires. L'image scientifique du petit rongeur de laboratoire. Le cobaye est celui qui « essuie les plâtres », sacrifiant ses chances pour fournir des données ou des informations tactiques précieuses à son leader. Usage en Course : Un directeur sportif peut envoyer son « cobaye » à l'attaque dès le début d'une étape de montagne. Son rôle est de forcer les autres équipes à rouler, permettant à son propre leader de rester au chaud dans le peloton.
COCOTTE : Partie supérieure des leviers de frein et de changement de vitesses, recouverte de caoutchouc, où le coureur pose ses mains lorsqu'il est en position de repos relatif ou en danseuse. Diminutif affectueux. « Rouler sur les cocottes » est la position standard du peloton. L'image évoque une prise ferme mais souple, permettant un contrôle rapide des freins tout en offrant un appui confortable pour les paumes. Usage en Course : En cas d'attaque en côte, le coureur empoigne vigoureusement les cocottes pour basculer son vélo de gauche à droite. C'est une prise stratégique qui permet de passer de la position assise à la danseuse en une fraction de seconde.
COL : Point de passage entre deux vallées, sommet d'une ascension. C'est le terrain de jeu favori des grimpeurs et le cauchemar des rouleurs lourds. Les cols sont classés par difficulté (de 4ème catégorie à Hors Catégorie). Terme géographique désignant le cou de la montagne. L'image est celle de l'ascension vers le ciel, où l'air se raréfie et où la pente dicte sa loi. C'est là que s'écrivent les plus grandes pages de l'histoire du cyclisme. Usage en Course : L'enchaînement des cols lors d'une étape de montagne crée une sélection naturelle. Les coureurs sont éparpillés sur les pentes, et c'est souvent au sommet du dernier col que se décide le vainqueur de l'étape et parfois du Tour.
COLIS : Se dit d'un coureur qui est totalement passif dans un groupe, se laissant porter sans jamais participer à l'effort. C'est un terme péjoratif soulignant le manque de tempérament offensif de l'intéressé. L'image de l'objet inerte que l'on transporte. Le « colis » profite de l'aspiration des autres comme s'il était posté par courrier, attendant simplement d'arriver à destination sans avoir dépensé la moindre énergie personnelle. Usage en Course : Si un colis tente de gagner l'étape au sprint après avoir refusé de relayer, il s'expose à la fureur de ses compagnons d'échappée. La loi non écrite du peloton veut que celui qui ne travaille pas ne doit pas gagner.
COLLE : On dit que « la route colle » lorsque le bitume est rendu collant par une chaleur extrême ou que le rendement du vélo est médiocre. Cela donne l'impression d'avancer dans de la glue, augmentant la pénibilité de l'effort. L'image est sensorielle et physique. C'est le sentiment que les pneus adhèrent trop au sol, empêchant la machine de prendre de la vitesse. C'est l'antithèse du « rendement », où le vélo semble voler sur la route. Usage en Course : Lors d'étapes de canicule, la « colle » use les organismes. Les coureurs ont l'impression de lutter contre un frein invisible. C'est un terrain mentalement épuisant où la vitesse moyenne chute malgré un investissement physique total.
COMBATIVITÉ : Qualité d'un coureur qui multiplie les attaques et les échappées. Un prix de la combativité (le dossard rouge) récompense chaque jour le coureur le plus offensif de l'étape, indépendamment de son classement final. Valeur morale cardinale du cyclisme. L'image est celle du panache, du refus de la fatalité et du spectacle offert au public. C'est l'essence même du cyclisme de mouvement, opposé au cyclisme de calcul. Usage en Course : Le prix de la combativité est un objectif pour les équipes n'ayant pas de leader pour le général. Gagner le super-combatif à la fin du Tour est une distinction de prestige qui couronne un tempérament d'attaquant permanent.
COMMANDO : Tactique d'équipe consistant à lancer plusieurs coureurs à l'attaque de manière coordonnée et agressive pour déstabiliser le leader adverse. C'est une opération de harcèlement visant à isoler les favoris. Terme militaire évoquant une unité d'élite agissant avec rapidité et surprise. L'image est celle d'un groupe soudé qui « dynamite » la course, ne laissant aucun répit à ceux qui tentent de contrôler le peloton. Usage en Course : Une opération commando peut être lancée dès les premiers kilomètres d'une étape piégeuse. En plaçant trois ou quatre équipiers à l'avant, une équipe oblige ses rivaux à s'épuiser dans une poursuite précoce et désorganisée.
COMPRESSEUR : Surnom donné à un rouleur exceptionnel capable d'écraser ses adversaires par sa puissance sur le plat. Il « compresse » le peloton par son allure, ne laissant aucune chance aux velléités d'échappée. Image mécanique de la machine qui réduit tout en poussière. Le compresseur ne fait pas dans la dentelle : il impose une force uniforme et irrésistible qui « aplatit » la concurrence sous l'effet des watts développés. Usage en Course : Le compresseur est l'homme de base pour rattraper une échappée dangereuse. Mis en tête de peloton, il réduit l'écart seconde après seconde, avec la régularité d'un métronome d'acier, jusqu'à la jonction inévitable.
CONVOI : Ensemble des véhicules officiels (voitures de directeurs sportifs, ambulances, motos presse) qui circulent au sein ou derrière la course. C'est un ballet logistique complexe et strictement réglementé. L'image d'une caravane motorisée accompagnant les nomades de la route. Le convoi assure la sécurité, le dépannage et la diffusion médiatique, créant une bulle protectrice autour des coureurs sur des routes ouvertes. Usage en Course : Naviguer dans le convoi est un art pour les directeurs sportifs. Ils doivent remonter les files de voitures pour conseiller leurs coureurs, tout en respectant les ordres de la direction de course et en évitant de gêner les athlètes.
CORNICHE : Route étroite taillée à flanc de montagne ou le long d'un littoral escarpé. C'est un terrain spectaculaire mais extrêmement dangereux en raison du précipice d'un côté et de la paroi de l'autre. Terme architectural et géographique. L'image est celle d'un ruban d'asphalte suspendu entre ciel et terre. La corniche est le lieu de toutes les tensions, où le placement est une question de survie autant que de tactique. Usage en Course : Sur une corniche, le peloton s'étire obligatoirement. Il est impossible de remonter plus de deux coureurs de front. Une chute y est dramatique, et les cassures y sont fréquentes car le vent s'y engouffre violemment.
CORSAIRE : Pantalon de cyclisme s'arrêtant sous le genou. Il est utilisé lors des entraînements ou des courses par temps frais pour protéger les articulations sans l'encombrement d'un collant long. Référence à l'habit des marins d'autrefois. L'image est celle de la transition entre l'été et l'hiver. Pour le cycliste, c'est un vêtement technique qui assure la souplesse du pédalage tout en préservant la chaleur des tendons rotuliens. Usage en Course : On voit peu de corsaires en compétition pro, les coureurs privilégiant les jambières amovibles qu'ils peuvent retirer en cours de route. Cependant, par temps de pluie fine et fraîche, c'est l'allié du coureur qui craint le refroidissement.
COUENNE : Terme argotique désignant la peau du coureur, particulièrement après une chute. On dit qu'il a « laissé de la couenne sur le bitume » lorsqu'il souffre de dermabrasions importantes. Métaphore bouchère un peu brute. L'image souligne la réalité physique du métier de coureur : le contact régulier avec l'asphalte qui « pèle » l'épiderme comme on retirerait la peau d'un jambon. Usage en Course : Un coureur qui a laissé de la couenne continue souvent la course, le corps bandé et recouvert de filets. C'est une marque de courage, même si la douleur et la raideur musculaire consécutives handicapent ses performances futures.
COUP DE BORDURE : Action tactique consistant à profiter d'un vent de côté pour scinder le peloton en utilisant la largeur de la route. C'est l'une des manœuvres les plus cruelles et efficaces du cyclisme de plaine. L'image est celle de la limite. On place les adversaires sur la « bordure », là où ils ne sont plus protégés par l'aspiration et doivent lutter seuls contre le vent, finissant par craquer et laisser un trou. Usage en Course : Une équipe puissante peut déclencher un coup de bordure à tout moment. Si le vent est favorable, ils accélèrent soudainement, se placent en éventail et rejettent les autres dans le fossé, créant des écarts définitifs en quelques minutes.
COUP DE FOUET : Accélération brutale et courte, souvent utilisée pour finir de décrocher un adversaire déjà en difficulté ou pour franchir un sommet. C'est un surcroît d'énergie lactique jeté dans la bataille. Image hippique de la relance finale. Le coup de fouet est ce dernier effort qui permet de passer outre la douleur. C'est une explosion de puissance qui doit être décisive sous peine de voir le coureur s'effondrer juste après. Usage en Course : Au sommet d'un col, un grimpeur porte un coup de fouet pour prendre les points du classement de la montagne. Cela lui permet aussi de basculer dans la descente avec quelques secondes d'avance, mettant la pression sur ses poursuivants.
COUREUR FOU : Qualifie un cycliste au tempérament imprévisible, capable d'attaquer à n'importe quel moment, même quand la logique tactique l'interdirait. C'est l'électron libre qui sème le chaos dans l'organisation du peloton. L'image de l'irrationalité. Le coureur fou ne calcule rien : il agit à l'instinct, guidé par une envie de bouger ou un mépris total des conventions. Il est à la fois craint et admiré pour son audace suicidaire. Usage en Course : Le coureur fou peut ruiner la stratégie d'un leader en forçant une poursuite prématurée. Son imprévisibilité en fait un adversaire redoutable car on ne sait jamais s'il va s'arrêter de lui-même ou s'il est dans un jour de grâce.
COURSE EN LIGNE : Format de course classique où tous les coureurs partent ensemble d'un point A pour arriver à un point B. C'est l'opposition directe, par opposition au contre-la-montre. L'image de la file, de la route qui se déroule. C'est la forme originelle du cyclisme, où la tactique collective, les échappées et les sprints massifs s'expriment pleinement tout au long du parcours. Usage en Course : Dans une course en ligne, la gestion du vent, du placement et des ravitaillements est primordiale. C'est une épreuve de force et d'intelligence où le plus fort ne gagne pas toujours s'il est piégé tactiquement par le peloton.
CRIC : Coureur très court sur pattes mais extrêmement puissant et nerveux, capable de relances incessantes. Son centre de gravité bas lui confère une stabilité et une explosivité remarquables. Image de l'outil de levage : petit mais capable de soulever des charges énormes. Le « cric » semble ne jamais s'épuiser, bondissant sur ses pédales avec une vivacité qui décourage les coureurs plus longilignes. Usage en Course : Le cric est redoutable dans les circuits urbains ou les critériums avec beaucoup de virages. Sa capacité à repartir de zéro après chaque courbe lui permet de fatiguer ses adversaires à force de relances assassines.
CUIRASSÉ : Surnom donné à une équipe ou à un groupe de coureurs particulièrement imposants et puissants, qui dominent le peloton par leur force collective. Ils semblent invulnérables aux attaques et au vent. Terme naval évoquant un navire de guerre blindé. L'image est celle d'une forteresse mouvante qui avance avec une autorité écrasante, imposant sa loi à la flotte du peloton par sa simple présence massive. Usage en Course : Voir le « cuirassé » d'une équipe de leader se mettre en marche en tête de peloton est impressionnant. Ils occupent l'espace, dictent le tempo et découragent toute tentative d'offensive par leur allure implacable.
CUISSARD : Vêtement emblématique du cycliste, moulant et doté d'une peau de protection (chamois) pour le confort de l'assise. C'est l'élément clé de l'équipement, assurant l'hygiène et la performance sur de longues distances. Vient de la « cuisse ». L'image est celle de la seconde peau. Autrefois en laine et cuir, le cuissard moderne est en lycra haute technologie, compressif pour favoriser le retour veineux et aérodynamique. Usage en Course : Un bon cuissard évite les irritations qui peuvent devenir un enfer lors d'une course par étapes. Les coureurs y attachent une importance capitale, choisissant des modèles adaptés à leur morphologie pour ne pas souffrir du « mal de selle ».
CUISSE : Le moteur du cycliste. Avoir de la cuisse signifie posséder une musculature puissante et endurante. C'est là que se concentre l'essentiel de l'effort et de la production de puissance. Partie du corps la plus sollicitée. L'image est celle de la bielle. On parle de « grosses cuisses » pour les sprinteurs et de « cuisses affûtées » pour les grimpeurs. C'est le baromètre visuel de la forme d'un coureur. Usage en Course : En fin d'épreuve, quand les « cuisses brûlent » sous l'effet de l'acide lactique, le mental prend le relais. Le coureur doit continuer à faire fonctionner ses muscles malgré la douleur pour ne pas sombrer.
CUL DE JATTE : Terme argotique cruel pour désigner un coureur qui n'a absolument aucune force dans les jambes lors d'une journée de méforme. Il a l'impression d'être privé de ses membres inférieurs. L'image de l'infirmité. C'est une métaphore de l'impuissance totale : le coureur regarde ses jambes tourner mais ne ressent aucune poussée, comme si ses muscles avaient disparu ou étaient devenus étrangers à son corps. Usage en Course : Se sentir « cul de jatte » au pied d'un grand col est le pire cauchemar d'un favori. C'est le signal d'une défaillance imminente ou d'une maladie couvante qui va l'obliger à une lutte désespérée contre les délais.
DANSEUSE : Position consistant à pédaler debout, en se décollant de la selle et en balançant le vélo de gauche à droite. Elle permet de mobiliser le poids du corps et de développer une puissance supérieure. L’élégance du mouvement rappelle un pas de danse rythmé. C’est l’image même du grimpeur qui, tel un chamois, survole les pourcentages les plus rudes avec une apparente légèreté. Usage en Course : La danseuse est utilisée pour relancer l’allure, pour attaquer brutalement ou pour soulager les muscles fessiers. Bien que puissante, elle est énergivore car elle sollicite davantage le cœur et les bras.
DÉBRAYABLE : Se dit d’un coureur capable de couper son effort instantanément pour se laisser glisser dans le peloton ou, au contraire, d'un mécanisme de roue libre permettant de ne plus pédaler sans s'arrêter. Vient de l'automobile. L'image suggère un coureur qui « se met au point mort » pour économiser son énergie, restant en roue libre dans les descentes ou bien calé à l'abri du vent. Usage en Course : Savoir « débrayer » tactiquement est crucial. Un leader ne doit jamais faire d'effort inutile. S'il sent qu'une attaque n'aboutira pas, il doit savoir débrayer tout de suite pour préserver ses forces pour l'assaut suivant.
DÉCOFFRER : Action de porter une attaque brutale qui « casse » littéralement le peloton ou un groupe d'échappés. C'est un effort si violent qu'il laisse les adversaires comme pétrifiés. Terme de maçonnerie consistant à retirer le moule du béton. L'image suggère que le coureur retire toute protection à ses rivaux, les livrant à la dure réalité de la route et du vent, sans aucun abri possible. Usage en Course : On décoffre souvent au pied d'une bosse très raide. L'objectif est de créer un choc psychologique et physique tel que personne n'ose ou ne peut suivre, permettant de s'isoler seul en tête en quelques secondes.
DÉFAILLANCE : Perte totale et soudaine de moyens physiques. Contrairement à la fringale, elle peut être d'origine cardiaque, musculaire ou psychologique. Le coureur « explose » et n'avance plus qu'à une vitesse dérisoire. L'image de la chute, du déclin. C'est le moment où la volonté ne suffit plus à masquer la ruine du corps. On parle aussi de « prendre un éclat » ou d'avoir « les jambes en coton ». Usage en Course : Une défaillance dans les derniers kilomètres d'un col peut faire perdre des dizaines de minutes. C'est le spectre qui hante tous les favoris, car elle est souvent imprévisible et définitive pour le classement du jour.
DÉFAUSSER : Action pour un coureur de se débarrasser de ses vêtements superflus (manchettes, veste, gilet) en les jetant à son directeur sportif ou sur le bord de la route avant un moment crucial de la course. Vient des jeux de cartes. Le coureur se sépare de ce qui l'encombre pour ne garder que l'essentiel : ses jambes et son maillot. C'est le signal que la « bagarre » va commencer et qu'il faut être léger. Usage en Course : Se défausser avant l'ascension finale est un rituel. On retire les couches protectrices pour éviter la surchauffe dans la montée. C'est souvent le moment où la tension monte d'un cran dans le peloton.
DEMI-TOUR : Action de renoncer à l'échappée ou à la poursuite et de se laisser reprendre par le peloton. C'est un constat d'échec tactique ou physique, réalisé avant d'avoir atteint l'objectif fixé. L'image est simple : on revient en arrière. Bien que physique, le demi-tour est surtout symbolique : le coureur accepte de réintégrer l'anonymat du peloton après avoir tenté sa chance en vain. Usage en Course : Un coureur fait demi-tour quand il réalise que son groupe d'échappée ne s'entend pas ou que le peloton roule trop vite. Il vaut mieux s'arrêter tôt et récupérer que de s'épuiser inutilement pendant des heures.
DÉMOS : Surnom ou abréviation pour désigner les démonstrations de force gratuites, souvent réalisées par des coureurs qui veulent impressionner le public ou les sponsors, sans réel bénéfice tactique pour la victoire. Vient de « démonstration ». L'image est celle du spectacle, de l'exhibition. C'est le coureur qui roule en tête de peloton « pour la photo », montrant ses muscles alors que la course n'est pas encore lancée. Usage en Course : Les démos sont souvent moquées par les vieux briscards du peloton. Un coureur qui fait trop de démos en début d'étape risque de le payer cher dans le final, ayant gaspillé ses forces pour le simple plaisir des caméras.
DÉPANNEUSE : Surnom donné à la voiture d'assistance neutre ou à la voiture du directeur sportif qui intervient pour réparer un vélo ou changer une roue en pleine course. L'image du véhicule de secours routier. C'est la bouée de sauvetage du coureur victime d'un incident mécanique. Le mécanicien, penché à la fenêtre, devient un magicien capable de réparer une machine à 50 km/h. Usage en Course : La dépanneuse intervient dans le chaos. Le coureur s'accroche parfois brièvement pour ne pas perdre trop d'inertie pendant que le mécanicien règle un dérailleur capricieux, une manœuvre toujours à la limite de la légalité.
DÉPART GROUPÉ : Phase initiale de la course où l'ensemble des concurrents s'élance au même moment. Elle est précédée d'un départ fictif sous allure neutralisée avant le départ réel. L'image de la masse compacte. C'est le moment de la fébrilité, où deux cents coureurs se bousculent pour être bien placés avant que le drapeau ne tombe. C'est la formation du peloton originel. Usage en Course : Le départ groupé est souvent nerveux. Les équipes de favoris veulent être devant pour éviter les chutes, tandis que les baroudeurs se préparent à attaquer dès que le directeur de course libère les coureurs.
DÉRAILLEUR : Système mécanique complexe permettant de changer de vitesse en déplaçant la chaîne d'un pignon à l'autre ou d'un plateau à l'autre. C'est le cerveau de la transmission, garant du bon braquet. Invention révolutionnaire attribuée à l'école stéphanoise. L'image est celle du déraillement contrôlé. C'est ce qui a permis de transformer le cyclisme de plaine en un sport capable de conquérir les plus hauts sommets alpins. Usage en Course : Un dérailleur cassé ou mal réglé est une catastrophe. Le coureur peut se retrouver bloqué sur un braquet trop grand pour la montagne ou trop petit pour le sprint, ruinant instantanément toutes ses chances de succès.
DÉROULER : Action de pédaler avec souplesse et facilité, sans forcer. On dit qu'un coureur « déroule » lorsqu'il emmène un braquet important avec une aisance déconcertante, signe d'une forme exceptionnelle. L'image d'un ruban qui se déploie sans accroc. Dérouler, c'est l'inverse de piocher. Le mouvement est fluide, circulaire, et donne l'impression que le vélo avance tout seul, sans que l'athlète ne semble souffrir. Usage en Course : Dans les faux plats descendants, les rouleurs adorent dérouler. Ils maintiennent une vitesse très élevée en utilisant l'inertie, fatiguant les adversaires qui doivent s'employer davantage pour tenir leur sillage.
DÉSOSSÉ : Qualifie un coureur qui n'a plus aucune tenue sur son vélo à cause d'une fatigue extrême. Son corps semble désarticulé, ses épaules tombent et sa technique de pédalage s'effondre totalement. L'image d'un squelette sans muscles. Le coureur est vidé de sa substance, il n'est plus qu'une carcasse luttant contre la pesanteur. C'est le stade ultime de l'épuisement avant l'abandon pur et simple. Usage en Course : On voit des coureurs « désossés » dans les derniers hectomètres des étapes dantesques. Ils franchissent la ligne d'arrivée hagards, incapables de tenir leur guidon, portés par la seule force de l'habitude mécanique.
DÉTALER : Action de fuir brutalement, souvent en début de course ou lors d'un sprint intermédiaire, pour surprendre le peloton. C'est une attaque furtive et rapide visant à prendre quelques mètres d'avance en un éclair. Emprunté au vocabulaire animalier (le lièvre qui détale). L'image est celle de la vélocité pure et de la surprise. Le coureur disparaît presque du champ de vision du peloton par une accélération soudaine. Usage en Course : Détaler au kilomètre zéro permet souvent de former l'échappée matinale avant que le peloton ne s'organise. C'est une question de timing et d'explosivité pour sortir du "paquet" sans être suivi par trop de monde.
DIABLE ROUGE : Personnage emblématique (Didi Senft) qui suit les grandes courses, déguisé en diable avec un trident. Par extension, désigne parfois un coureur particulièrement malicieux ou agressif dans le peloton. Figure folklorique du Tour de France. L'image est celle de la passion démesurée. Le trident peint sur la route annonce son apparition, créant une animation visuelle pour les coureurs au milieu de la souffrance des cols. Usage en Course : Pour les coureurs, apercevoir le Diable Rouge est un repère. C'est un signe qu'ils approchent du sommet ou d'une zone de haute ferveur. C'est un élément immuable du décorum de la Petite Reine.
DIRECTOIRE : Instance de direction au sein d'une équipe cycliste, composée des directeurs sportifs et des managers. C'est là que se décident les stratégies de course et les sélections de coureurs. Terme politique évoquant le pouvoir centralisé. L'image est celle de la voiture de direction où, entre deux téléphones et trois écrans de contrôle, se joue le destin de l'étape sur un simple ordre radio. Usage en Course : Le directoire communique via les oreillettes. Il peut ordonner à un coureur de s'arrêter pour attendre son leader, ou au contraire de tout donner pour la victoire d'étape, arbitrant les ambitions individuelles pour le bien de l'équipe.
DOMESTIQUE : Terme ancien, aujourd'hui remplacé par « équipier » ou « grégaire ». Il désigne le coureur dévoué corps et âme à son leader, chargé des tâches les plus ingrates (ravitaillement, abri contre le vent). Issu de l'époque des pionniers où les coureurs étaient vus comme des « forçats de la route ». L'image souligne le lien de subordination et de service, indispensable à la réussite individuelle du champion. Usage en Course : Le domestique est celui qui descend à la voiture chercher les bidons pour tout le monde. Sans lui, le leader s'épuiserait dans des tâches annexes et perdrait la lucidité nécessaire pour gagner l'épreuve.
DOSSARD : Numéro d'identification épinglé sur le maillot du coureur. Il est indispensable pour le chronométrage et l'identification par les commissaires, les journalistes et le public. Vient du « dos ». L'image est celle de l'identité sportive. Épingler son dossard est le dernier geste avant la course, un rituel qui transforme l'homme en compétiteur prêt à affronter le verdict de la route. Usage en Course : Porter le dossard numéro 1 est l'apanage du vainqueur sortant. En cas de chute, un dossard déchiré est souvent le premier signe visible de la violence de l'impact, témoignant des stigmates de la course sur le corps de l'athlète.
DOSSARD VOLANT : Se dit d'un coureur qui n'appartient à aucune structure fixe ou qui change d'équipe très fréquemment. Par extension, désigne un coureur qui navigue entre les groupes sans jamais se fixer dans une échappée. L'image de l'instabilité. Le dossard semble n'être que posé, prêt à s'envoler vers d'autres horizons. C'est le mercenaire du peloton, souvent talentueux mais difficile à intégrer dans une stratégie collective rigide. Usage en Course : Un dossard volant peut être un allié précieux ou un ennemi imprévisible. Ne répondant à aucune consigne d'équipe stricte, il peut dynamiter une course par pur intérêt personnel ou pour se faire remarquer d'un futur employeur.
DOUBLE : Action de dépasser un adversaire. On parle aussi de « faire coup double » lorsqu'un coureur remporte l'étape et s'empare simultanément du maillot de leader du classement général. L'image de la supériorité immédiate. Doubler, c'est rejeter l'autre derrière soi. C'est le moment de la confrontation physique directe où l'on mesure l'écart de vitesse et de fraîcheur entre deux athlètes. Usage en Course : Doubler un favori en difficulté dans un col est un choc psychologique majeur. Cela signale à tout le peloton que la hiérarchie est en train de basculer et que le « patron » n'a plus les moyens de régner.
DURAILLE : Terme d'argot désignant une course ou une section de route particulièrement difficile, rugueuse et usante. C'est le terrain où il faut « faire le métier » et serrer les dents pendant des heures. Dérivé de « dur ». L'image est celle de la rudesse du bitume, du vent de face et des pentes qui n'en finissent pas. C'est l'antithèse de la course facile ou nerveuse ; c'est une guerre d'usure. Usage en Course : « C'est de la duraille ! » s'exclament les coureurs après une étape de classiques pavées sous la pluie. Ce terme rend hommage à la pénibilité physique et à la force de caractère nécessaire pour simplement terminer l'épreuve.
ÉCHAPPÉE : Groupe de coureurs ou individu ayant pris de l'avance sur le peloton. C'est la forme d'attaque la plus courante, visant à remporter l'étape ou à glaner des points pour les classements annexes. L'image de la fuite, de la liberté. S'échapper, c'est s'extraire de la dictature du groupe pour tenter l'aventure solitaire. C'est l'essence même du spectacle cycliste, un pari contre la masse. Usage en Course : La réussite d'une échappée dépend de l'entente entre ses membres et de la complaisance du peloton. Si l'écart dépasse les dix minutes, l'échappée a de grandes chances d'aller au bout, transformant la fin de course en un duel tactique entre les fuyards.
ÉCHEVELON : Terme technique hybride décrivant une formation en éventail qui se désagrège sous l'effet d'une vitesse trop élevée ou d'un vent trop violent. C'est le moment où la structure tactique cède. Contraction d'échevelé et d'échelon. L'image est celle du désordre dans l'organisation. Les coureurs ne parviennent plus à tenir leur rang dans la diagonale et se retrouvent éparpillés, chacun luttant pour sa survie. Usage en Course : L'échevelon est le signe d'une panique tactique. Quand une équipe déclenche une bordure, ceux qui ne sont pas préparés se retrouvent en échevelon, perdant tout bénéfice d'aspiration et subissant des écarts irrémédiables.
EFFACER : Action de remonter au sein du peloton avec une apparente facilité, sans sembler produire d'effort. On dit qu'un coureur « efface les rangs » lorsqu'il se replace en tête de groupe avec fluidité. L'image de la gomme ou de la transparence. Le coureur glisse entre ses adversaires, les faisant disparaître derrière lui. C'est le signe d'une grande aisance technique et d'une vision de la course supérieure. Usage en Course : Un leader doit savoir effacer ses adversaires avant une difficulté. Se replacer sans gaspiller de watts est un art qui permet d'aborder la montagne dans les meilleures conditions possibles, tout en impressionnant moralement les rivaux.
EMBARDÉE : Écart brusque et involontaire de trajectoire. Elle peut être causée par un coup de vent, un trou dans la chaussée ou une perte d'équilibre du coureur. C'est une cause majeure de chutes collectives. Terme nautique désignant un navire qui s'écarte de sa route. L'image est celle d'une perte de contrôle soudaine. Dans un peloton compact, une embardée de quelques centimètres peut provoquer un effet domino dévastateur. Usage en Course : Les commissaires de course surveillent les embardées lors des sprints. Un coureur qui s'écarte de sa ligne pour gêner un adversaire commet une faute grave et risque le déclassement, voire l'exclusion de l'épreuve.
EN DANSEUSE : Voir la définition de « Danseuse ». Pédaler debout sur les pédales en balançant le cadre du vélo. Évoque la légèreté et le rythme. C’est la position emblématique du coureur à l’attaque, donnant l’impression d’un envol au-dessus du bitume, particulièrement prisée par les grimpeurs ailés. Usage en Course : On se met en danseuse pour franchir un passage abrupt ou pour répondre à une accélération. Cela permet de varier les groupes musculaires sollicités et de relancer la machine après un virage serré.
EN LIGNE : Voir « Course en ligne ». Désigne le format standard de confrontation entre tous les coureurs partant simultanément. Souligne la trajectoire et l'unité de temps. C'est la confrontation brute, homme contre homme, au sein d'une masse mouvante qui doit rallier une destination unique par ses propres moyens. Usage en Course : La course en ligne exige une vigilance de chaque instant. Contrairement au contre-la-montre, il faut gérer les autres, les chutes, les bordures et les stratégies d'équipe complexes sur des centaines de kilomètres.
EN ROUE LIBRE : Situation où le coureur cesse de pédaler tout en continuant d'avancer grâce à l'inertie ou à la pente. Par extension, désigne une fin de course facile ou un coureur qui ne fournit plus aucun effort. L'image de la mécanique désengagée. Le cliquetis caractéristique du moyeu arrière est la bande-son de la roue libre. C'est le moment de repos relatif, de récupération ou de célébration pour le vainqueur. Usage en Course : Un coureur qui arrive avec 5 minutes d'avance peut finir l'étape en roue libre, savourant son succès. À l'inverse, se retrouver en roue libre par manque de forces en plein peloton est le signe d'un abandon imminent.
ÉQUIPE DE SECONDE ZONE : Désigne de manière péjorative une équipe disposant de petits moyens financiers et de coureurs moins réputés. Elles sont souvent invitées sur les grandes courses pour animer les premières heures d'étape. L'image de la hiérarchie sportive. Ces équipes luttent pour la visibilité. Leur but est de placer des coureurs dans toutes les échappées pour montrer le maillot des sponsors, sachant que la victoire finale leur est quasi inaccessible. Usage en Course : Une équipe de seconde zone peut surprendre par son audace. En ne respectant pas les codes de contrôle du peloton, elle peut forcer les grandes formations à s'employer plus tôt que prévu, créant des scénarios de course inattendus.
ÉQUIPIER : Coureur dont la fonction première est d'aider ses leaders. Son rôle est multiple : protéger du vent, ravitailler, ramener le leader après une chute ou dicter le rythme en montagne. Valeur collective du sport. L'image est celle du maillon de la chaîne. Un bon équipier est un coureur altruiste, capable de sacrifier ses propres ambitions pour la réussite de son équipe. Usage en Course : Les équipiers sont les travailleurs de l'ombre. On ne les voit pas toujours sur les podiums, mais aucune grande victoire n'est possible sans leur travail acharné durant les heures de course qui précèdent le final.
ÉTOFFER : Action pour un coureur d'améliorer son palmarès, sa condition physique ou son équipe. On dit d'un coureur qu'il « s'étoffe » lorsqu'il prend de l'assurance et des résultats significatifs au fil de la saison. Emprunté au vocabulaire textile : donner du corps, de l'épaisseur. L'image suggère une croissance, une montée en puissance qui transforme un simple coureur en un leader respecté et redouté par ses pairs. Usage en Course : Un jeune espoir qui commence à s'étoffer sera davantage surveillé par le peloton. On ne le laissera plus partir dans des échappées matinales aussi facilement, car il est désormais considéré comme un danger potentiel pour la victoire.
ÉTRAVE : Position aérodynamique extrême adoptée par un coureur en tête de groupe pour fendre l'air avec un minimum de résistance. On parle aussi de la forme de certains vélos de contre-la-montre. Terme naval désignant la pièce avant d'un navire. L'image est celle d'une pointe acérée qui sépare l'air. C'est la recherche de la pénétration maximale pour gagner de la vitesse sans augmenter la puissance produite. Usage en Course : Dans un final rapide, le lanceur de sprint fait l'étrave pour son leader. Il doit rester parfaitement gainé, les coudes serrés et le dos plat, pour offrir le meilleur sillage possible à l'homme qui va conclure.
ÉVENTAIL : Formation tactique diagonale adoptée par un groupe pour se protéger d'un vent latéral. Chaque coureur se décale légèrement par rapport à celui qui le précède pour rester dans la zone de moindre résistance. L'image vue du ciel est celle des branches d'un éventail ouvert sur la route. Si l'éventail occupe toute la largeur du bitume, le coureur suivant se retrouve « dans la bordure », sans protection, et finit par lâcher. Usage en Course : L'éventail est une arme de destruction massive. Une équipe peut « casser la baraque » en créant un éventail serré, obligeant les adversaires mal placés à rouler dans le vent, provoquant des cassures définitives.
FAILLANCE : Forme abrégée ou argotique de « défaillance ». Désigne le moment précis où un coureur perd le contact avec son groupe par épuisement subit. Évoque la chute et l'échec. C'est le point de rupture où le lien physique avec la tête de course se brise. L'image est celle d'un moteur qui siffle et s'arrête, incapable de suivre le rythme imposé. Usage en Course : « Il est en faillance ! » s'écrie-t-on quand un favori laisse apparaître un trou de quelques mètres. C'est le signal de curée pour les adversaires qui vont redoubler d'efforts pour l'achever et creuser l'écart.
FAISCEAU : Regroupement serré de coureurs ou, par extension, l'ensemble des données (puissance, rythme cardiaque, vitesse) analysées en temps réel par les entraîneurs. Image de la concentration de lumière ou d'énergie. Le faisceau suggère une unité de but et de mouvement. C'est la force collective dirigée vers un objectif unique : la victoire. Usage en Course : Un faisceau de coureurs bien organisés est quasi impossible à rattraper s'ils s'entendent parfaitement. Ils partagent l'effort de manière équitable, optimisant chaque coup de pédale pour maintenir une vitesse de croisière élevée.
FARTLEK : Méthode d'entraînement consistant à varier les allures de manière ludique et instinctive selon le terrain (accélérations en côte, sprint aux panneaux). C'est le jeu avec la vitesse pour améliorer la condition. Terme suédois signifiant « jeu de vitesse ». L'image est celle d'un entraînement moins rigide qu'une séance de fractionné classique, permettant de briser la monotonie des longues sorties foncières. Usage en Course : Bien qu'il soit un terme d'entraînement, le fartlek décrit bien l'allure hachée de certaines étapes de début de saison où les coureurs s'amusent à se tester mutuellement sur chaque relief, sans véritable enjeu tactique.
FAUX PLAT : Section de route qui semble plane à l'œil nu mais qui présente une légère inclinaison. Le faux plat montant est redoutable car il « ne rend pas », usant les jambes sans que l'on comprenne pourquoi. L'image de la tromperie visuelle. La route ment au coureur : elle paraît facile (« plat ») mais la réalité physique est tout autre (« faux »). C'est le terrain des rouleurs-puncheurs qui y font des différences énormes. Usage en Course : C'est souvent sur un faux plat montant, après plusieurs kilomètres d'ascension, que se font les écarts décisifs. Les purs grimpeurs y sont moins à l'aise que les coureurs puissants qui peuvent maintenir un grand braquet malgré la pente.
FAUX-COL : Terme ironique désignant une difficulté géographique qui n'est pas répertoriée comme un col officiel mais qui présente des pourcentages suffisants pour faire mal aux jambes et désorganiser le peloton. Référence à l'accessoire vestimentaire trompeur. L'image suggère une difficulté qui se fait passer pour ce qu'elle n'est pas. C'est la surprise désagréable d'un parcours que l'on pensait facile et qui s'avère usant. Usage en Course : Les faux-cols sont les terrains préférés des baroudeurs pour lancer des attaques de loin. Ils profitent de la relative passivité des leaders, qui attendent les « vrais » cols, pour creuser un écart substantiel.
FICELE : On dit d'un coureur qu'il est « à la ficelle » lorsqu'il est à la limite de la rupture, ne tenant sa place dans le groupe que par un effort de volonté extrême, comme s'il était tiré par un fil fragile. Métaphore de la minceur du lien. La ficelle peut rompre à tout instant. C'est l'image de la précarité du coureur qui ne peut plus répondre à la moindre accélération et qui subit chaque mètre de bitume. Usage en Course : Être à la ficelle pendant 50 kilomètres est un calvaire psychologique. Le coureur voit les roues devant lui s'éloigner de quelques centimètres, puis il revient, puis s'éloigne encore, jusqu'à ce que la ficelle casse définitivement.
FILET : Structure de protection (souvent en mesh) placée sous le maillot pour évacuer la transpiration, ou par extension, la formation en file indienne du peloton lorsqu'il roule à très haute vitesse. L'image de la maille et de la finesse. En course, « se mettre dans le filet » signifie intégrer cette ligne de coureurs qui s'étire au maximum, où chacun cherche l'abri parfait derrière le dos de son prédécesseur. Usage en Course : Quand le peloton est en filet, il est très difficile d'attaquer. La vitesse est telle que sortir de la file demande un effort surhumain contre le vent de face, condamnant souvent toute velléité offensive prématurée.
FILTRE : Action du peloton ou d'une difficulté géographique qui élimine naturellement les coureurs les moins en forme. Un col sévère agit comme un filtre, ne laissant en tête que les prétendants à la victoire. Image de la sélection mécanique ou chimique. Le filtre sépare le bon grain de l'ivraie. C'est la loi implacable du cyclisme : la route et la pente ne mentent jamais et révèlent la vérité des forces en présence. Usage en Course : Un début d'étape très rapide sous la pluie sert de filtre. Les coureurs diminués ou mal préparés se retrouvent vite dans le deuxième ou troisième groupe, perdant toute chance de peser sur le résultat final de l'épreuve.
FLAMME ROUGE : Fanion rouge en forme de triangle suspendu au-dessus de la route, marquant le dernier kilomètre avant l'arrivée. C'est le signal du dénouement imminent et de l'effort final. Symbole historique créé pour donner un repère visuel lointain aux coureurs. L'image est celle du danger et de l'adrénaline. Franchir la flamme rouge déclenche souvent l'attaque ultime ou le lancement du sprint. Usage en Course : Sous la flamme rouge, la tactique s'efface devant la puissance pure. C'est le moment où les sprinteurs sont lancés à pleine vitesse et où les leaders du général tentent de ne pas perdre de temps en cas de cassure.
FLAMME VERTE : Moins courante, elle désigne parfois le signal marquant le début du sprint intermédiaire ou une zone spécifique de ravitaillement. Elle suit le même principe visuel que la flamme rouge. Emprunté au code couleur des sprints (le maillot vert). L'image évoque l'espoir de points ou de nourriture. C'est un repère fonctionnel dans la monotonie de la plaine pour les coureurs en quête de classements annexes. Usage en Course : À l'approche de la flamme verte, la tension monte pour les sprinteurs qui luttent pour le maillot à points. Le peloton s'organise brièvement en train avant de relâcher l'effort une fois la ligne franchie.
FLÉCHAGE : Ensemble des indications visuelles (flèches peintes sur le sol ou panneaux) indiquant le parcours aux coureurs. Un mauvais fléchage peut entraîner tout un groupe sur une mauvaise route. L'image du guidage. C'est le fil d'Ariane du cycliste dans le labyrinthe des routes départementales. Un bon fléchage est gage de sécurité et de sérénité pour les athlètes lancés à vive allure. Usage en Course : Les erreurs de fléchage sont rares mais mémorables. Elles provoquent le chaos, obligeant les coureurs à faire demi-tour, ce qui peut fausser le résultat d'une course si une échappée en profite pour accroître son avance.
FOLIE : Désigne une attaque irrationnelle, un rythme suicidaire ou une étape aux conditions météo dantesques. C'est le moment où la course bascule dans l'épique et l'irréel. L'image du dépassement de la raison. La « folie » cycliste est admirée par le public car elle rompt avec la gestion froide des capteurs de puissance. C'est l'audace de celui qui ose tout perdre pour tout gagner. Usage en Course : « C'est la folie sur la route ! » s'exclament les commentateurs quand un leader attaque à 80 kilomètres de l'arrivée sous la neige. Ces moments de folie construisent les légendes et restent gravés dans les mémoires.
FOND DE CAISSE : Désigne l'endurance foncière d'un coureur, sa capacité à rouler pendant six heures sans faiblir. C'est le socle de base acquis après des milliers de kilomètres d'entraînement hivernal. Voir « Caisse ». Le fond est ce qui reste quand l'explosivité a disparu. C'est l'image du réservoir profond, de la réserve d'énergie inépuisable qui permet de finir les courses les plus longues. Usage en Course : Un coureur qui a du fond de caisse sera performant sur les classiques monumentales de 260 kilomètres. Là où les autres s'écrasent après 200 bornes, lui parvient à maintenir son allure et à jouer la gagne.
FORCER L'ALLURE : Augmenter volontairement la vitesse du groupe pour mettre les adversaires en difficulté. C'est une pression physique continue visant à user les organismes plutôt qu'à les surprendre par une attaque. L'image de la contrainte. On « force » les autres à sortir de leur zone de confort. C'est un travail de sape, une démonstration de force tranquille qui prépare le terrain pour une offensive ultérieure. Usage en Course : Une équipe de leader force l'allure dès le pied d'un col pour empêcher toute attaque adverse. En roulant à un rythme très élevé, ils rendent toute tentative de sortie suicidaire, car l'écart de vitesse serait impossible à maintenir.
FOURCHE : Pièce du vélo tenant la roue avant et reliée au guidon. Elle est cruciale pour la direction et l'absorption des chocs. Une fourche rigide favorise la précision, une fourche souple le confort. L'image de l'outil agricole. La fourche est le lien direct entre les mains du coureur et la route. Sa solidité est vitale, car une rupture de fourche à haute vitesse est l'un des accidents les plus redoutés. Usage en Course : Les coureurs de classiques pavées utilisent des fourches spécifiques, parfois avec des inserts amortissants, pour ne pas être martyrisés par les vibrations. La géométrie de la fourche influe sur la nervosité du vélo lors des relances.
FRANCHISE : Se dit d'une attaque franche, nette et sans hésitation. C'est la marque d'un coureur sûr de sa force qui ne cherche pas à ruser mais à s'imposer par sa supériorité athlétique. Image de la clarté et de l'honnêteté. Une attaque « franche » est admirée car elle est lisible : le coureur se livre totalement, sans regarder derrière lui, acceptant le duel face au vent et à la pente. Usage en Course : Lancer une offensive avec franchise au milieu d'un groupe d'attentistes permet souvent de créer un écart immédiat. La détermination visuelle du coureur décourage parfois ses adversaires de tenter de le suivre.
FRICASSÉE : Arrivée de course confuse ou peloton totalement éparpillé suite à une succession d'attaques. C'est l'image d'un groupe « cuit » et réduit en morceaux par l'intensité de la bagarre. Terme culinaire évoquant des morceaux de viande mélangés. L'image souligne le désordre et la souffrance physique. Tout le monde est « à la ramasse », et la hiérarchie est devenue illisible dans le chaos final. Usage en Course : Une fricassée survient souvent après une étape de moyenne montagne nerveuse. Les coureurs arrivent par petits groupes de deux ou trois, le visage marqué, témoignant d'une course où personne n'a pu contrôler les événements.
FRINGALE : Voir « À la fringale ». Accident métabolique par manque de sucre. Évoque la faim impérieuse. C'est la panne sèche du moteur humain, transformant le champion en un être vulnérable et titubant sur sa machine. Usage en Course : La fringale est le spectre du cycliste. Elle oblige à une discipline alimentaire stricte : il faut manger avant d'avoir faim et boire avant d'avoir soif, sous peine de voir la route se transformer en mur infranchissable.
FUSÉE : Surnom donné à un coureur extrêmement rapide, particulièrement lors des sprints massifs. Il semble doté d'une propulsion supplémentaire, laissant ses rivaux sur place avec une vitesse de pointe phénoménale. Image de la conquête spatiale et de la puissance explosive. La fusée ne roule pas, elle décolle. C'est l'image de l'aérodynamisme parfait couplé à une force musculaire herculéenne. Usage en Course : « Regardez la fusée ! » s'écrie le public quand le sprinteur surgit du peloton à 200 mètres de la ligne. Sa trajectoire est droite, imperturbable, et sa vitesse dépasse souvent les 75 km/h dans les derniers hectomètres.
GALIBIER : Col mythique des Alpes culminant à 2 642 mètres. C'est l'un des sommets les plus prestigieux du Tour de France, souvent le « toit » de la course, où l'oxygène se fait rare et la légende s'écrit. Le nom évoque la majesté et la dureté. L'image est celle d'un géant de pierre que les coureurs doivent dompter. C'est un lieu de pèlerinage pour les cyclistes, marqué par le monument dédié à Henri Desgrange. Usage en Course : Passer en tête du Galibier est un exploit qui marque une carrière. Les écarts y sont souvent massifs en raison de l'altitude, qui pénalise ceux qui n'ont pas de grandes capacités pulmonaires ou une préparation spécifique.
GALOPIN : Coureur jeune, vif et un peu effronté, qui n'hésite pas à bousculer la hiérarchie établie. C'est aussi le nom d'une dynastie de coureurs français célèbres pour leur sens tactique. Évoque l'espièglerie et la rapidité. L'image est celle du gamin qui court après le vent, plein d'énergie et d'insouciance. C'est le tempérament de celui qui attaque là où on ne l'attend pas, avec une fraîcheur communicative. Usage en Course : Un galopin peut piéger les vieux briscards par son audace. En ne respectant pas les codes de l'attentisme, il dynamise la course et gagne souvent la sympathie du public par son panache et son sourire.
GAMELLE : Terme familier pour désigner une chute. « Ramasser une gamelle » signifie tomber lourdement, souvent de manière maladroite ou spectaculaire. Référence au récipient métallique qui tombe bruyamment. L'image souligne le côté soudain, sonore et parfois ridicule de l'accident, même si les conséquences physiques peuvent être graves. Usage en Course : Dans les descentes techniques, une gamelle est vite arrivée. Les coureurs doivent rester lucides malgré la fatigue pour ne pas commettre l'erreur de trajectoire qui les enverra au tapis, ruinant leurs efforts de la journée.
GASPILLAGE : Action de dépenser inutilement de l'énergie par une mauvaise gestion tactique (relais trop longs, attaques prématurées, mauvais placement). C'est le péché mignon des coureurs généreux mais brouillons. L'image de la déperdition. On gaspille son capital « watts » comme on jetterait de l'argent par les fenêtres. C'est l'antithèse de l'économie d'effort nécessaire pour briller dans le final d'une grande classique. Usage en Course : Un directeur sportif hurle souvent « pas de gaspillage ! » à ses coureurs. Il faut savoir rester caché, se protéger et ne sortir du bois qu'au moment opportun, quand l'effort produit aura le maximum d'impact sur la course.
GAUFRETTE : Terme argotique désignant un coureur très faible physiquement ou une chute banale. Par extension, peut qualifier un vélo ou un matériel manquant de rigidité, qui « plie » sous l'effort. L'image de la fragilité croustillante. La gaufrette se brise au moindre choc. C'est la métaphore du coureur qui n'a pas de « coffre » et qui s'effondre dès que le peloton accélère un tant soit peu. Usage en Course : Être traité de « gaufrette » est une insulte au sein du peloton. Cela signifie que l'on n'est pas taillé pour la bagarre et que l'on risque d'être le premier à lâcher dès que la route s'élèvera.
GILLO : Terme argotique ancien désignant un coureur maladroit ou un néophyte qui commet des erreurs de débutant dans le peloton, mettant parfois en danger ses compagnons de route. Peut-être issu d'un prénom de personnage de farce. L'image est celle du Pierrot de la route, un peu perdu dans les subtilités tactiques et mécaniques de la compétition de haut niveau. Usage en Course : Le gillo est celui qui frotte les roues de manière désordonnée ou qui freine sans raison. Il est rapidement rappelé à l'ordre par les leaders du peloton qui exigent une conduite prévisible et sécurisante pour tous.
GLOUTON : Coureur qui veut tout gagner : étapes, sprints intermédiaires, maillots annexes. Il ne laisse rien à ses adversaires, faisant preuve d'une ambition dévorante qui peut agacer le peloton. Image de l'appétit insatiable. Le glouton « mange » la course. C'est le tempérament de certains très grands champions (comme Eddy Merckx, le « Cannibale ») qui ne conçoivent le sport que par la domination totale. Usage en Course : Un glouton peut s'isoler diplomatiquement. À force de tout rafler, il décourage les alliances. Cependant, sa supériorité est telle que même une coalition de ses rivaux peine parfois à freiner son appétit de victoires.
GODET : Terme d'argot désignant un bidon, ou par extension, l'action de boire. Prendre un godet est essentiel pour éviter la déshydratation, surtout lors des étapes de plaine monotones et chaudes. Vient du vocabulaire de la boisson populaire. L'image est celle du rafraîchissement. C'est un moment de détente relative où le coureur lève le coude pour s'hydrater avant de reprendre sa position aérodynamique. Usage en Course : « Faire passer les godets » est la mission des équipiers. Ils remontent les bidons frais depuis la voiture pour leurs leaders, assurant que personne ne se retrouve « à sec » avant l'emballage final.
GOINFRE : Variante péjorative du glouton. Désigne un coureur qui profite de l'effort des autres sans jamais participer, pour finalement tenter de s'imposer malhonnêtement dans le final. L'image de celui qui se gave aux dépens d'autrui. Le goinfre est le « rat » du peloton, celui qui se cache dans les roues pendant 200 kilomètres et qui surgit au dernier moment sans avoir fourni le moindre relais. Usage en Course : Le goinfre est détesté. S'il gagne, il ne recevra aucune félicitation. S'il échoue, le peloton se réjouira de sa défaite. Le cyclisme est un sport de sacrifice où la loyauté dans l'effort est une valeur cardinale.
GRAILLON : On dit d'un coureur qu'il est « dans le graillon » lorsqu'il est en queue de peloton, subissant les projections, les odeurs d'échappement des motos et les relances incessantes. C'est la zone la plus inconfortable de la course. L'image des résidus gras de cuisine. Le graillon, c'est ce qui reste en bas, le mélange de sueur, d'huile de chaîne et de poussière. C'est l'endroit où l'on souffre le plus sans aucune visibilité sur la tête de course. Usage en Course : Rester trop longtemps dans le graillon est dangereux. C'est là que l'on subit les cassures et les chutes. Un bon coureur cherche toujours à s'extirper du graillon pour remonter vers les premières positions, plus saines et plus sûres.
GRAVETTE : Petits gravillons ou poussière de pierre sur la chaussée. C'est un piège redoutable dans les virages en descente, provoquant des pertes d'adhérence fatales. Terme technique routier. L'image est celle de l'instabilité sous le pneu. La gravette transforme le bitume en une patinoire, obligeant le coureur à une vigilance extrême et à une maîtrise parfaite de sa trajectoire. Usage en Course : Les signaleurs agitent souvent des drapeaux pour prévenir de la présence de gravette. Le coureur doit alors élargir son virage et éviter de freiner brusquement pour ne pas voir sa roue avant se dérober sous lui.
GRAVILLON : Voir « Gravette ». Désigne les résidus de travaux routiers qui peuvent handicaper la progression du peloton et causer des crevaisons ou des chutes. L'image de l'obstacle minuscule mais aux conséquences majeures. Pour le cycliste, le gravillon est un ennemi sournois qui se cache dans les ombres de la route, prêt à rompre l'équilibre précaire de la machine. Usage en Course : Traverser une zone de gravillons demande de la souplesse. Il ne faut pas crisper ses mains sur le guidon mais laisser le vélo trouver son chemin, tout en priant pour que les pneus tubeless fassent leur travail de protection.
GREGARIO : Terme italien désignant l'équipier modèle, le travailleur de l'ombre. C'est un coureur de devoir, dont la loyauté envers son leader est absolue et la capacité de sacrifice sans limite. Issu du latin gregarius (qui fait partie du troupeau). En Italie, le gregario est une figure noble, presque sainte, incarnant le dévouement et la force tranquille nécessaire à la victoire d'un champion. Usage en Course : Le gregario est celui qui se sacrifie en donnant sa roue à son leader victime d'une crevaison, ou qui roule en tête de peloton pendant 150 kilomètres face au vent pour stabiliser l'écart avec les échappés.
GRIMPEUR : Coureur spécialisé dans les ascensions de cols. Souvent léger et doté d'un excellent rapport puissance/poids, il excelle dès que la pente dépasse les 7 ou 8 %. L'image de l'agilité montagnarde. Le grimpeur est celui qui s'affranchit de la pesanteur. Ses mouvements sont souvent plus amples et rythmés, donnant l'impression qu'il "escalade" la route avec une aisance naturelle. Usage en Course : Le grimpeur attend les « grands cols » pour porter son attaque. Son objectif est de distancer les rouleurs plus lourds et de créer des écarts de plusieurs minutes en utilisant la seule difficulté du terrain comme allié.
GROS PORTEUR : Rouleur puissant, de grand gabarit, capable d'emmener des braquets énormes sur le plat. C'est le protecteur idéal pour un leader, capable de créer un sillage aérodynamique massif. Métaphore aéronautique (avion-cargo). L'image souligne la puissance et la stabilité. Le gros porteur ne craint pas le vent de face ; il le fend avec autorité, facilitant la vie de ceux qui sont calés derrière son dos. Usage en Course : Dans les étapes de plaine, le gros porteur est l'assurance vie de son leader. Il le guide dans le peloton, joue des épaules si nécessaire pour garder la position et roule à 50 km/h sans sembler forcer son talent.
GRUPPETTO : Groupe de coureurs (souvent des sprinteurs ou des blessés) qui se forme à l'arrière de la course dans les étapes de montagne. Leur but unique est de rallier l'arrivée dans les délais pour ne pas être éliminés. Italien pour « petit groupe ». Surnommé « l'autobus ». L'image est celle de la solidarité dans la souffrance. On y oublie les rivalités d'équipe pour s'entraider face à la montagne et à la voiture balai. Usage en Course : Le gruppetto est géré par un « capitaine » expérimenté qui calcule l'allure idéale. Ils montent au train, sans accélération, partageant bidons et encouragements pour franchir les sommets ensemble et survivre pour l'étape du lendemain.
GUERRIER : Qualifie un coureur au tempérament exceptionnellement combatif, qui refuse de s'avouer vaincu malgré la douleur, les chutes ou les conditions climatiques extrêmes. C'est l'âme du peloton. Registre guerrier. L'image est celle du combattant couvert de boue et de sang qui continue d'avancer. Le guerrier ne gagne pas forcément par son talent pur, mais par sa capacité à endurer plus que les autres. Usage en Course : Voir un coureur terminer une étape avec un bras cassé ou après être tombé dans un ravin est une démonstration de ce tempérament de guerrier. Cela inspire le respect de ses pairs et l'admiration éternelle du public.
GYRATOIRE : Carrefour giratoire ou rond-point. C'est l'un des aménagements routiers les plus dangereux pour un peloton, car il nécessite des choix de trajectoire rapides et peut provoquer des chutes massives. Terme administratif routier. L'image est celle du fractionnement : le peloton se sépare en deux flots (gauche ou droite) qui doivent se rejoindre à la sortie. C'est un moment de stress intense et de cris dans le groupe. Usage en Course : Être bien placé à l'approche d'un gyratoire est crucial. Les coureurs en tête choisissent la trajectoire la plus courte, tandis que ceux à l'arrière subissent l'effet élastique et doivent relancer violemment pour ne pas être distancés.
HAIE : Alignement compact de spectateurs sur le bord de la route, particulièrement dans les montées de cols. Elle crée un tunnel humain étroit à travers lequel les coureurs doivent se frayer un chemin. L'image de la haie d'honneur ou du mur humain. La ferveur est telle que les spectateurs ne s'écartent qu'au dernier moment. C'est un mélange d'encouragements assourdissants et de proximité parfois dangereuse avec les athlètes. Usage en Course : Traverser la haie de spectateurs sur l'Alpe d'Huez est une expérience sensorielle unique. Le bruit est tel que les coureurs n'entendent plus leurs directeurs sportifs dans l'oreillette. Il faut rester concentré pour ne pas percuter un fan trop enthousiaste.
HARO : Cri ou réaction collective du peloton contre un coureur ou une équipe qui ne respecte pas les règles tacites (attaquer pendant une pause pipi, ne pas collaborer dans une échappée). Expression médiévale de protestation publique. L'image est celle de l'indignation générale. Le cyclisme est régi par des codes d'honneur anciens, et celui qui les transgresse s'expose au mépris et aux remontrances de ses pairs. Usage en Course : Crier « haro » sur un coureur qui attaque alors que le leader est tombé est fréquent. La solidarité prévaut souvent sur l'opportunisme, et le peloton peut décider de saboter la course de celui qui manque ainsi de fair-play.
HÉRISSON : Coureur qui se replie sur lui-même en cas d'attaque ou de difficulté, refusant toute collaboration. Il se protège au maximum dans les roues, piquant ses adversaires par son refus de prendre des relais. L'animal qui sort ses piquants pour ne pas être approché. L'image est celle de la fermeture tactique. Le hérisson est passif, mais sa passivité est une arme qui fatigue ses rivaux obligés de rouler seuls contre le vent. Usage en Course : On traite parfois de hérisson un coureur qui, bien que frais, refuse d'aider ses compagnons d'échappée sous prétexte qu'il a un leader derrière. C'est une stratégie frustrante mais souvent efficace pour préserver ses forces pour le sprint.
HICK : Petit incident imprévu, souvent mécanique ou de parcours, qui vient perturber la progression fluide d'un coureur ou d'une équipe. C'est le grain de sable dans l'engrenage bien huilé de la course. Onomatopée évoquant un hoquet ou un accroc. L'image est celle d'une rupture momentanée de l'harmonie. Un « hick » n'est pas forcément grave, mais il demande une réaction rapide pour ne pas devenir catastrophique. Usage en Course : Un « hick » de dérailleur au pied d'un col oblige le coureur à s'arrêter. Ses équipiers doivent alors redoubler d'efforts pour le ramener dans le groupe avant que les leaders ne déclenchent les hostilités.
HISSER : Action de monter un col ou une côte avec difficulté, comme si l'on devait soulever son propre poids à bout de bras. Cela traduit un effort laborieux où la fluidité a disparu. L'image du treuillage ou de la manœuvre de force. On ne « survole » pas la pente, on s'y « hisse ». C'est le combat quotidien du rouleur lourd qui doit vaincre la gravité pour simplement rester dans la course. Usage en Course : Voir un sprinteur de 85 kilos se hisser au sommet du Tourmalet est un témoignage de courage. Chaque mètre est une victoire sur son propre gabarit, et l'objectif est de ne pas perdre trop de temps avant la descente salvatrice.
HOMME À TOUT FAIRE : Coureur polyvalent capable d'aider son leader sur tous les terrains : plaine, pavés, moyenne montagne. C'est l'atout stratégique majeur, souvent un coureur d'expérience doté d'une grande science de la course. L'image du couteau suisse. L'homme à tout faire n'excelle nulle part mais est bon partout. Il est le joker du directeur sportif, capable de boucher un trou sur le plat ou de protéger son leader dans un col difficile. Usage en Course : Posséder un homme à tout faire permet de faire face à tous les impondérables. S'il y a du vent, il est là. Si la route s'élève, il est encore là. C'est le pilier sur lequel repose la stabilité d'une équipe durant trois semaines.
HOMME DE FOND : Coureur dont la qualité principale est l'endurance sur de très longues distances. Il n'est pas forcément le plus rapide ou le meilleur grimpeur, mais il est capable de maintenir un haut niveau d'effort après six heures de selle. Voir « Fond de caisse ». L'image est celle de la persévérance. C'est le marathonien du vélo, celui qui gagne les courses d'usure quand les autres ont épuisé leurs réserves de glycogène et de force mentale. Usage en Course : Un homme de fond est idéal pour les championnats du monde ou les grandes classiques comme Paris-Roubaix. Sa capacité à ne pas s'écrouler dans la dernière heure de course en fait un candidat sérieux à la victoire finale.
HOMME FORT : Le coureur qui domine physiquement le peloton ou son groupe à un instant T. Il est celui qui semble avoir les meilleures jambes et qui dicte le rythme par sa simple supériorité athlétique. Image de la puissance et de l'autorité. L'homme fort n'a pas besoin de ruse : il s'impose « à la pédale ». C'est celui que tout le monde regarde et dont on redoute l'attaque car on sait qu'elle sera dévastatrice. Usage en Course : Dans une échappée, l'homme fort prend les relais les plus longs et les plus rapides. Il assume le poids de la course, confiant dans sa capacité à finir le travail seul si ses compagnons ne parviennent plus à le suivre.
HOMME LIGE : L'équipier le plus proche d'un leader, son bras droit sur la route. Il est souvent son confident, son protecteur permanent et celui qui transmet les consignes au reste de l'équipe. Terme féodal désignant le vassal le plus fidèle. L'image est celle d'un lien indéfectible. L'homme lige connaît les faiblesses et les besoins de son leader sans qu'il ait besoin de parler, anticipant chaque situation critique. Usage en Course : Un grand leader a toujours son homme lige à ses côtés. En cas de chute, c'est lui qui s'arrête en premier. Dans le peloton, c'est lui qui lui apporte ses bidons et le protège des bordures avec une vigilance de chaque instant.
HOMME SANDWICH : Terme ironique désignant un coureur dont le maillot est saturé de logos de sponsors de petite taille, ou par extension, un coureur qui se place devant les caméras uniquement pour faire plaisir à ses partenaires financiers. Référence publicitaire urbaine. L'image souligne l'aspect commercial du cyclisme professionnel, où le corps de l'athlète devient un support de communication mouvant, parfois au détriment de l'esthétique du maillot. Usage en Course : Les équipes de « seconde zone » demandent souvent à leurs coureurs de jouer les hommes sandwich en s'échappant dès le kilomètre zéro. Même s'ils sont repris dix minutes plus tard, les logos auront été vus en gros plan à la télévision.
HORAIRE : Planification temporelle de l'étape (heures de passage prévues aux différents points). Le respect de l'horaire dépend de la vitesse moyenne du peloton, influencée par le vent et l'intensité de la course. L'image de la ponctualité ferroviaire. Le cyclisme est une course contre la montre permanente. Les spectateurs et les organisateurs scrutent l'horaire pour savoir si la course est « en avance » ou « en retard » sur les prévisions les plus optimistes. Usage en Course : Un départ très rapide peut mettre la course largement en avance sur l'horaire, obligeant la logistique et la télévision à s'adapter. À l'inverse, une étape monotone sous un vent de face peut accuser un retard important, fatiguant les organismes.
HOUPEAU : Terme argotique ancien ou local désignant une petite accélération, un sursaut d'énergie ou une manière un peu désordonnée de pédaler en fin d'effort. Évoque peut-être le mouvement d'une houppe ou d'un plumeau. L'image est celle d'une agitation de surface, un effort qui manque de profondeur mais qui permet de franchir une ligne ou un sommet de justesse. Usage en Course : Faire un « houpeau » pour gagner un sprint de troisième catégorie montre que le coureur est encore capable de mobiliser ses fibres rapides, même s'il ne peut plus peser sur le classement général de l'épreuve.
HUILE : Lubrifiant essentiel pour la chaîne et les roulements, ou par extension, les huiles de massage (chauffantes ou relaxantes) utilisées par les kinésithérapeutes sur les jambes des coureurs avant et après l'étape. L'image du fluide qui réduit la friction. L'huile est ce qui permet à la mécanique et aux muscles de fonctionner sans accroc. Des jambes « bien huilées » sont synonymes de forme et de souplesse dans le pédalage. Usage en Course : Avant une étape sous la pluie, on applique une huile protectrice hydrophobe sur les jambes. Cela évite au muscle de se refroidir trop vite au contact de l'eau, préservant ainsi la puissance et évitant les crampes dues au froid.
HYPER : Préfixe utilisé pour souligner l'intensité extrême d'un état (hyper-puissant, hyper-ventilé). On parle aussi d'hyper-hydratation avant un effort intense pour prévenir les pertes hydriques futures. L'image du superlatif. Dans le cyclisme pro, tout est « hyper » : les watts sont hyper-élevés, les vélos sont hyper-légers. C'est le monde de l'extrême où chaque paramètre est poussé à ses limites physiologiques et technologiques. Usage en Course : Un coureur hyper-motivé peut accomplir des miracles, comme gagner une étape après une chute. C'est le mental qui prend le dessus sur la raison, poussant l'athlète dans une zone de performance hors norme.
IZOARD : Col mythique des Alpes (2 360 m), célèbre pour sa "Casse Déserte", un paysage lunaire de roches nues. C'est un haut lieu de l'histoire du Tour, terrain des exploits de Fausto Coppi et Louison Bobet. Le nom sonne comme un défi. L'image est celle de l'isolement et de la minéralité. Grimper l'Izoard, c'est entrer dans une dimension épique où la solitude du coureur est accentuée par le décor sauvage et hostile. Usage en Course : L'Izoard est souvent le théâtre de défaillances mémorables. Sa pente irrégulière et son altitude usent les organismes, et la Casse Déserte offre un cadre dramatique aux attaques décisives qui façonnent le classement général final.
JAMBON : Terme d'argot désignant les jambes du coureur, particulièrement lorsqu'elles sont musclées et puissantes. On dit d'un coureur qu'il a « de sacrés jambons » s'il possède une musculature de sprinteur imposante. Métaphore charcutière. L'image souligne la masse musculaire nécessaire pour emmener de grands braquets. C'est le côté charnel du cyclisme, où la force brute s'affiche sans pudeur sous le lycra du cuissard. Usage en Course : Voir les jambons d'un adversaire trembler sous l'effort est un signe de fatigue. À l'inverse, des muscles saillants et immobiles sont le signe d'une puissance maîtrisée, capable d'écraser les pédales jusqu'à la ligne d'arrivée.
JANTE DE FORTUNE : Roue de remplacement fournie dans l'urgence par un spectateur ou une assistance neutre après un incident mécanique grave, ne correspondant pas forcément aux standards de performance habituels du coureur. L'image du dépannage de dernière chance. C'est la survie mécanique. Utiliser une jante de fortune permet de continuer la course, mais au prix d'un rendement moindre et d'une gêne psychologique certaine face à un matériel inconnu. Usage en Course : On a vu des leaders gagner des étapes avec une jante de fortune après un bris de matériel loin de leur voiture d'assistance. C'est le triomphe de la volonté sur la technique, l'essentiel étant de ne pas s'arrêter.
JANTE : Partie circulaire de la roue sur laquelle est monté le pneu ou le boyau. En carbone ou en aluminium, sa hauteur (profil) influe sur l'aérodynamisme et la prise au vent latéral. Élément structurel de la roue. L'image est celle du cercle parfait. Une jante « voilée » suite à un choc rend le vélo instable et peut frotter contre les patins de frein, freinant considérablement le coureur. Usage en Course : Les coureurs choisissent des jantes à profil haut (50-60 mm) pour les étapes de plaine rapides, et des jantes à profil bas (20-30 mm) pour la montagne afin de gagner en poids et en maniabilité dans les virages.
JETON : On dit d'un coureur qu'il « a posé un jeton » lorsqu'il a tenté une attaque brève pour tester ses adversaires. C'est une mise, comme au poker, pour voir qui est capable de répondre. Métaphore du jeu de casino. L'image suggère que le coureur investit un peu d'énergie pour obtenir une information tactique. S'il voit que tout le monde suit sans peine, il économise son reste de « capital ». Usage en Course : Poser un jeton à 50 kilomètres de l'arrivée permet de jauger la fraîcheur du peloton. Si personne ne réagit immédiatement, le coureur peut transformer son jeton en une véritable échappée solitaire.
JOJO : Surnom amical ou ironique donné à un coureur dont le comportement est enfantin ou imprévisible. Peut aussi désigner un spectateur un peu trop envahissant sur le bord des routes. Diminutif populaire. L'image est celle de l'amateurisme ou de la simplicité. Dans le peloton pro, être traité de « Jojo » n'est pas forcément un compliment, suggérant un manque de sérieux ou de professionnalisme tactique. Usage en Course : Un « Jojo » peut gâcher un sprint en changeant de trajectoire sans raison. Les leaders l'évitent car il représente un danger par son instabilité technique ou son incapacité à lire correctement les mouvements du groupe.
JOUX : Référence à des cols ou des reliefs situés dans le massif du Jura (ex: Col de Joux Plane). Ce sont des ascensions souvent très raides et irrégulières, typiques de ce massif escarpé. Terme jurassien désignant une forêt de montagne ou un sommet boisé. L'image est celle d'une pente sombre, forestière, où la visibilité est réduite et où le pourcentage ne laisse aucun répit aux organismes. Usage en Course : Le col de Joux Plane est redouté pour sa descente technique vers Morzine. C'est souvent là que se font les écarts définitifs après une montée exténuante, demandant une lucidité parfaite pour ne pas rater un virage.
JUMBO : Abréviation pour l'équipe Jumbo-Visma (devenue Visma-Lease a Bike), l'une des formations les plus dominantes des années 2020. Par extension, désigne une puissance collective écrasante. Surnom du sponsor (chaîne de supermarchés néerlandaise). L'image est celle de l'éléphant (Jumbo), suggérant une force massive et irrésistible qui écrase la course sous son rythme soutenu. Usage en Course : Voir le « train Jumbo » se mettre en marche en montagne signifie souvent la fin des espoirs pour les attaquants solitaires. Ils imposent une telle allure que même les autres leaders ont du mal à rester dans les roues.
JUMBO-VISMA : Voir « Jumbo ». Équipe néerlandaise connue pour son approche ultra-scientifique (nutrition, matériel, tactique) et ses victoires sur les trois Grands Tours. Alliance de deux marques puissantes. L'image est celle de la perfection batave appliquée au cyclisme. Ils ont révolutionné la manière de contrôler une course, ne laissant rien au hasard ou à l'instinct. Usage en Course : Jumbo-Visma a popularisé le concept de « rouleau compresseur » moderne. Ils saturent la tête de peloton de coureurs capables d'être leaders ailleurs, créant une barrière infranchissable pour la concurrence.
JURASSIEN : Qualifie un coureur originaire du Jura ou un terrain typique de ce massif. Le terrain jurassien est fait de successions de côtes courtes et raides, sans plat, idéal pour les coureurs explosifs. Référence géographique. L'image est celle d'une route en « dents de scie » qui use les organismes par des changements de rythme incessants, contrairement aux longues ascensions régulières des Alpes. Usage en Course : Un coureur jurassien est souvent un puncheur. Il aime les ruptures de pente et sait utiliser la moindre difficulté pour relancer la course, rendant le contrôle du peloton difficile sur ces routes sinueuses.
KERMESSE : Type de course très populaire en Belgique, disputée sur des circuits courts et plats avec de nombreux virages. C'est l'école de la nervosité, de la relance et de la science du placement. Fête populaire flamande. L'image est celle d'une ambiance festive avec bières et frites sur le bord de la route, tandis que les coureurs se livrent une guerre sans merci à 50 km/h dans les rues étroites des villages. Usage en Course : Participer à une kermesse est indispensable pour apprendre à « frotter ». C'est là que se forgent les futurs champions des classiques flandriennes, apprenant à gérer le vent, les pavés et les changements de direction brusques.
KILOMÈTRE À PARCOURIR : Indication de distance restante jusqu'à la ligne d'arrivée. Elle est matérialisée par des panneaux et l'ardoisier, guidant la gestion de l'effort des coureurs et des échappées. L'image du compte à rebours. Chaque kilomètre franchi est une étape vers le dénouement. C'est le baromètre de l'espoir pour les fuyards et de l'ambition pour les poursuivants lancés à leurs trousses. Usage en Course : À 20 kilomètres à parcourir, le peloton change de visage. La tension monte, les trains de sprinteurs s'organisent et les directeurs sportifs hurlent leurs dernières consignes tactiques pour le final.
KILOMÈTRE JUGE : Désigne une section de route ou un kilomètre spécifique (souvent le plus raide d'un col ou le dernier kilomètre d'une course) où la décision finale va se produire. C'est le moment de vérité absolue. L'image de la justice et de la sentence. C'est l'endroit où les masques tombent : celui qui est le plus fort s'en va, celui qui est à la limite craque. Il n'y a plus de tactique possible, seule la puissance compte. Usage en Course : Le passage à 10 % dans les trois derniers kilomètres d'une montée est souvent le kilomètre juge. C'est là que le leader porte son attaque décisive, sachant que l'écart créé ici sera quasi impossible à combler.
KING OF THE MOUNTAIN : Souvent abrégé en KOM. Désigne le leader du classement de la montagne ou, dans le langage des applications de suivi (comme Strava), le détenteur du record de vitesse sur un segment en montée. Anglais pour « Roi de la Montagne ». L'image est celle de la couronne et de la domination des cimes. Le maillot à pois (sur le Tour) en est la représentation physique, récompensant le meilleur grimpeur de l'épreuve. Usage en Course : La lutte pour les points KOM anime les débuts d'étape. Les coureurs s'échappent pour passer en tête des petites difficultés et ainsi porter ce maillot distinctif qui apporte visibilité et prestige à leur équipe.
KO : État d'un coureur totalement épuisé, incapable de réagir ou même de tenir une conversation après l'arrivée. C'est l'épuisement nerveux et physique complet suite à un effort dépassant les limites de l'athlète. Emprunté à la boxe. L'image est celle de l'effondrement. Le coureur a tout donné, il a « fini dans le fossé » mentalement. Il lui faut parfois de longues minutes avant de pouvoir simplement descendre de son vélo. Usage en Course : On voit des coureurs KO au sommet des arrivées en altitude. Allongés sur le bitume, le regard vide, ils illustrent la violence de la compétition cycliste et le sacrifice nécessaire pour atteindre le haut niveau.
LACETS : Succession de virages serrés en épingle à cheveux dans une montée ou une descente de col. Ils permettent de gravir des pentes fortes en allongeant la distance. L'image du lacet de chaussure qui serpente. Les lacets de Montvernier ou de l'Alpe d'Huez sont iconiques. Ils offrent un spectacle visuel unique et obligent les coureurs à des relances incessantes à chaque sortie de virage. Usage en Course : Les lacets sont stratégiques. Un grimpeur peut profiter de l'angle mort du virage pour attaquer violemment, se mettant hors de vue de ses poursuivants en quelques secondes et créant ainsi un avantage psychologique.
LADITE : Terme argotique ou administratif ancien pour désigner une règle de course spécifique ou une situation précédemment mentionnée par les commissaires lors du briefing. Registre formel. Souligne l'importance du respect du règlement dans un sport où la triche et les interprétations libres des règles ont longtemps fait partie du folklore (poussettes, ravitaillements interdits). Usage en Course : Les coureurs et directeurs sportifs se réfèrent à « ladite » consigne pour éviter les amendes. Par exemple, la règle de la neutralisation des temps en cas de chute dans les trois derniers kilomètres d'une étape de plaine.
LAITIER : Désigne ironiquement un coureur qui se lève très tôt ou qui est toujours le premier à attaquer dès le lever du rideau, souvent sans aucune chance de victoire, pour « faire le métier ». Référence aux tournées matinales du laitier. L'image est celle de la régularité besogneuse et peu glorieuse. Le laitier fait son travail consciencieusement, mais il reste un exécutant dans l'ombre des grands patrons. Usage en Course : Les équipes invitées ont souvent leurs « laitiers ». Ils sont chargés d'animer les premières heures d'antenne télévisée, assurant la présence des sponsors avant que les choses sérieuses ne commencent entre les favoris.
LAMPAUL : Référence à des courses ou des passages en Bretagne (ex: Lampaul-Guimiliau), terre sacrée du cyclisme français. Désigne par extension des parcours rugueux, venteux et passionnés. Toponyme breton. L'image est celle de la ferveur populaire, des routes de granit et du vent de l'Atlantique qui sculpte la course. C'est le cyclisme vrai, dur, où le public connaît chaque coureur par son prénom. Usage en Course : Passer par Lampaul, c'est s'attendre à une bagarre incessante sur des routes qui ne rendent pas. Le peloton y est souvent nerveux car le public, très proche, pousse les coureurs locaux à des exploits héroïques.
LAMPION : Terme d'argot désignant une lanterne rouge ou un coureur qui ferme la marche du peloton. Par extension, désigne parfois les lumières de sécurité obligatoires sur les vélos lors des étapes de tunnel. L'image d'une petite lueur vacillante à l'arrière. C'est celui qui signale la fin du groupe, luttant pour ne pas être englouti par l'obscurité de l'élimination ou de l'abandon. Usage en Course : Voir le lampion d'un coéquipier au loin dans un col permet de garder un repère visuel. Pour le dernier coureur, c'est une position ingrate qui demande une force mentale pour ne pas se laisser distraire par la voiture balai juste derrière.
LANCER : Action pour un équipier de porter son sprinteur à une vitesse maximale avant de s'écarter pour lui laisser le champ libre. C'est le moment crucial de la préparation du sprint. L'image du lanceur d'engin. On propulse le sprinteur dans la dernière ligne droite comme un projectile. Le lanceur doit avoir un timing parfait pour ne pas s'écarter trop tôt (vent de face) ni trop tard (blocage). Usage en Course : Un bon "poisson-pilote" peut lancer son sprinteur à plus de 65 km/h. Si le lancement est réussi, le sprinteur n'a plus qu'à maintenir cette vitesse sur 200 mètres pour s'imposer, protégé du vent jusqu'à l'ultime seconde.
LANTERNES ROUGES : Le dernier coureur du classement général. Loin d'être honteuse, cette position est historiquement célèbre et assure souvent au coureur une certaine sympathie du public et des invitations en critériums. Référence aux feux arrière des trains. La lanterne rouge marque la fin du convoi. C'est l'image de la persévérance : celui qui a traversé toutes les épreuves et qui est toujours là, même s'il est le plus lent. Usage en Course : La lutte pour la lanterne rouge était autrefois un véritable enjeu financier. Aujourd'hui, c'est un symbole de courage, celui de l'homme qui se bat chaque jour contre les délais pour simplement honorer son contrat et terminer la course.
LAPIN : Coureur qui attaque de manière incessante mais sans jamais réussir à s'échapper durablement. Il « bondit » partout dans le peloton, épuisant ses adversaires et lui-même par une agitation stérile. L'image de la nervosité animalière. Le lapin court dans tous les sens au moindre bruit. C'est un coureur plein d'énergie mais manquant de sang-froid et de sens tactique, qui gaspille son influx nerveux trop tôt. Usage en Course : Le lapin est souvent utilisé par son équipe pour harceler les adversaires. À force de bondir, il finit par provoquer une réaction ou une fatigue chez les leaders rivaux qui doivent boucher chaque petit trou qu'il crée.
LARBIN : Terme péjoratif et ancien pour désigner l'équipier de bas étage, celui qui n'a aucune autonomie et doit obéir aveuglément aux ordres les plus absurdes de son leader ou de son directeur sportif. Registre de la domesticité servile. L'image souligne le manque de reconnaissance pour les travailleurs de l'ombre du cyclisme d'autrefois. Heureusement, le statut d'équipier a beaucoup évolué vers une reconnaissance professionnelle. Usage en Course : On n'utilise plus guère ce terme, mais il rappelle l'époque où certains coureurs n'étaient payés que pour boucher les trous et apporter de l'eau, sans jamais avoir le droit de franchir une ligne d'arrivée devant leur patron.
LAVETTE : Coureur manquant totalement de caractère ou de force, qui s'avoue vaincu dès la première difficulté. C'est un terme de mépris utilisé pour souligner un manque de combativité. L'image de l'objet mou et sans ressort. La lavette ne résiste à rien, elle subit la route sans jamais tenter de se rebeller. C'est l'antithèse du « guerrier » ou du « baroudeur ». Usage en Course : Être traité de lavette après une étape ratée est une blessure d'orgueil pour un pro. Cela signifie qu'on a « posé pied à terre » trop facilement ou qu'on n'a pas su se faire mal pour rester dans le groupe.
LAVEUR DE VÉLO : Assistant mécanicien chargé du nettoyage quotidien des machines après la course. C'est un rôle ingrat mais vital pour inspecter les cadres à la recherche de fissures ou de défauts mécaniques. L'image du soin méticuleux. Le laveur de vélo redonne de l'éclat à la machine après une étape de boue ou de poussière. C'est le garant de la longévité du matériel et de l'image de marque de l'équipe. Usage en Course : Après une étape dantesque, les laveurs travaillent jusque tard dans la nuit. Un vélo propre n'est pas qu'une question d'esthétique : c'est aussi un vélo plus léger et dont les composants mobiles fonctionnent sans frottement parasite.
LEADER : Le coureur pour lequel toute l'équipe travaille. C'est le champion désigné pour gagner l'étape ou le classement général. Il porte la responsabilité du résultat final et de la stratégie. Anglais pour « meneur ». L'image est celle du chef, protégé par sa garde rapprochée. Le leader doit posséder non seulement des qualités physiques supérieures, mais aussi un charisme et un sens tactique pour diriger ses hommes. Usage en Course : Le leader reste caché le plus longtemps possible. Son but est d'arriver au pied de la difficulté finale avec le maximum de fraîcheur. Ses équipiers sont là pour lui éviter tout effort inutile jusqu'au moment de vérité.
LÉGIONNAIRE : Coureur étranger (souvent des pays de l'Est ou d'anciennes colonies) recruté par une équipe professionnelle pour sa robustesse et sa capacité de travail, sans forcément de grandes ambitions personnelles. Référence à la Légion Étrangère. L'image est celle de la discipline, de la force brute et du dépaysement. Le légionnaire est un mercenaire du bitume, capable de rouler par tous les temps et sur tous les terrains pour honorer son contrat. Usage en Course : Les légionnaires sont souvent des équipiers précieux. Leur endurance et leur résistance à la douleur en font des piliers pour protéger un leader dans les étapes de transition venteuses ou sur les pavés du Nord.
LEMOINE : Référence à Cyril Lemoine, coureur français exemplaire pour sa longévité et son rôle d'équipier modèle. Par extension, désigne un coureur d'expérience, sage et fiable, indispensable à la structure d'une équipe. Nom propre devenu synonyme de fidélité au poste. L'image est celle de l'artisan de la route, qui connaît tous les pièges du peloton et sait guider les plus jeunes coureurs vers le haut niveau. Usage en Course : Avoir un « Lemoine » dans son équipe, c'est s'assurer d'une présence calme dans les moments de panique (bordures, chutes). Il sait quand il faut accélérer et quand il faut calmer le jeu pour préserver les forces collectives.
LIECHTY : Terme technique ou argotique local (possiblement issu d'un nom de famille ou d'un lieu) désignant une relance particulièrement souple ou une manière élégante d'aborder une difficulté. Étymologie obscure, suggérant la légèreté. L'image est celle d'un pédalage fluide, presque aérien, qui contraste avec la rudesse habituelle de l'effort cycliste. Usage en Course : On observe un style « Liechty » chez certains grimpeurs qui ne semblent jamais forcer, même dans les pentes à 12 %. C'est la perfection du geste technique alliée à une condition physique optimale.
LIERRE : Se dit d'un coureur qui s'accroche à la roue d'un adversaire avec une ténacité incroyable, refusant de lâcher même sous les attaques les plus violentes. Il devient « l'ombre » de son rival. L'image de la plante grimpante qui s'enroule autour de son support. Le coureur-lierre est insupportable pour celui qui mène : il profite de l'abri sans faiblir, attendant le moment où son "support" craquera pour le doubler. Usage en Course : Faire le lierre est une technique de survie efficace. Si un leader est moins fort un jour donné, il doit faire le lierre derrière son rival direct pour limiter les pertes de temps et espérer un retour en forme le lendemain.
LIÈVRE : Coureur chargé de dicter un rythme très élevé en début de course ou de col pour favoriser son leader ou pour décourager les attaques adverses. Il se sacrifie souvent avant la fin de l'épreuve. Issu de l'athlétisme. L'image est celle de l'animal rapide que l'on suit. Le lièvre n'est pas là pour gagner, mais pour servir de référence et de moteur à ceux qui visent la victoire finale. Usage en Course : Une équipe lance son lièvre au pied d'une montée pour faire exploser le peloton. Le lièvre roule à une vitesse telle que personne ne peut attaquer, créant une sélection par l'arrière jusqu'à ce qu'il s'écarte, épuisé.
LIGNE : La ligne d'arrivée, but ultime de chaque épreuve. C'est le point où se juge le vainqueur et où s'arrêtent les chronomètres. On parle aussi de « garder sa ligne » lors d'un sprint pour ne pas être déclassé. Image de la frontière entre l'effort et la délivrance. La ligne est le moment de vérité où les bras se lèvent ou se baissent. C'est aussi la trajectoire idéale que le coureur doit suivre pour minimiser la distance. Usage en Course : Jeter son vélo sur la ligne est une technique cruciale. Dans un sprint serré, ces quelques centimètres gagnés en projetant la machine vers l'avant peuvent faire la différence entre la gloire et l'anonymat.
LIGNE DROITE : Section finale de la course où se déroule l'emballage final. Elle doit être suffisamment longue et large pour permettre aux sprinteurs de s'exprimer en toute sécurité sans virages dangereux. L'image de la piste de décollage. C'est là que la puissance brute parle. Le public, massé derrière les barrières, voit débouler les coureurs à des vitesses vertigineuses, dans un vacarme de roues carbone et de dérailleurs. Usage en Course : La tactique dans la ligne droite est une affaire de timing. Il ne faut pas lancer son sprint trop tôt (risque d'asphyxie avant la ligne) ni trop tard (risque d'être enfermé ou de ne pas pouvoir remonter ses adversaires).
LLANO : Terme espagnol pour désigner la plaine ou le plat. On l'utilise souvent pour parler des étapes monotones de la Vuelta où le vent est le seul véritable ennemi des coureurs. L'image de l'horizon infini, sans le moindre relief. C'est le paradis des rouleurs et des sprinteurs, mais un enfer psychologique pour ceux qui préfèrent la montagne et le changement de décor permanent. Usage en Course : Sur le llano, le peloton roule souvent groupé à une allure modérée, économisant ses forces. Mais attention aux coups de bordure : sur ces routes exposées, une accélération soudaine peut briser le peloton en mille morceaux.
LOB : Action de déborder un adversaire par une trajectoire extérieure large ou par une accélération surprise en haut d'une bosse. C'est une manœuvre de dépassement qui joue sur l'inertie et la surprise. Emprunté au tennis. L'image est celle d'un mouvement qui passe « par-dessus » ou « autour » de l'adversaire. Le coureur lobbe son rival en utilisant une vitesse supérieure acquise sur un terrain plus favorable ou par un braquet plus grand. Usage en Course : Un sprinteur peut lobber un concurrent qui a lancé son sprint trop tôt. En restant caché jusqu'au dernier moment et en sortant avec une vitesse de pointe plus élevée, il le dépasse comme s'il était arrêté juste avant la ligne.
LOCAL : Le coureur qui dispute une étape sur ses terres d'origine ou d'entraînement. Il bénéficie de la connaissance parfaite des routes et du soutien inconditionnel du public local. L'enfant du pays. L'image est celle de la ferveur régionale. Le « local » a à cœur de briller, de s'échapper ou de gagner devant sa famille et ses amis, ce qui lui donne souvent un surcroît d'énergie incroyable. Usage en Course : Un local connaît chaque virage, chaque plaque d'égout et chaque changement de vent. Il peut utiliser cette connaissance pour attaquer dans une descente technique ou pour anticiper un piège de la route que les autres ignorent.
LOFER : Terme marin signifiant se rapprocher de la direction du vent. En cyclisme, lofer consiste à se placer de manière millimétrée par rapport au vent pour minimiser l'effort, ou à dévier légèrement sa trajectoire pour gêner un adversaire. L'image de la voile. Le cycliste joue avec le vent comme un skipper. C'est une science de la position où quelques centimètres à gauche ou à droite peuvent transformer un calvaire en une promenade de santé. Usage en Course : Lofer dans un éventail est un art. On cherche l'angle mort du vent derrière le dos de celui qui précède. Si l'on perd ce contact, on se retrouve « dans la porte », exposé de plein fouet et condamné à la cassure.
LONGUEUR D'AVANCE : Avoir un avantage substantiel sur ses rivaux, que ce soit en temps, en forme physique ou en matériel. C'est la position de domination psychologique et athlétique. L'image du décalage. Avoir une longueur d'avance signifie que l'adversaire doit toujours courir après, subissant la loi de celui qui mène. C'est le confort du champion qui maîtrise son sujet et ses rivaux. Usage en Course : Un coureur qui possède une minute d'avance au sommet d'un col a une longueur d'avance psychologique. Il peut aborder la descente avec prudence, sachant que ses poursuivants devront prendre tous les risques pour espérer le rejoindre.
LONGUEUR : Unité de mesure visuelle de l'écart entre deux coureurs, correspondant à la taille d'un vélo (environ 1,80 m). On gagne au sprint d'une « longueur » ou de « plusieurs longueurs ». L'image de la machine comme repère. C'est une mesure concrète et parlante pour le public et les coureurs. Une longueur, c'est peu mais c'est suffisant pour faire la différence entre le premier et le second. Usage en Course : Dans l'emballage final, un sprinteur cherche à créer une longueur d'avance dès le démarrage. S'il y parvient, il oblige son adversaire à produire un effort supplémentaire pour revenir dans son aspiration, ce qui est souvent impossible si la vitesse est déjà maximale.
LOOP : Circuit fermé parcouru plusieurs fois, souvent en fin d'étape (comme sur les Champs-Élysées) ou lors de critériums urbains. C'est un format qui favorise le spectacle et la proximité avec le public. Anglais pour « boucle ». L'image est celle de la répétition et de l'apprentissage du terrain. À chaque tour, les coureurs mémorisent les pièges, le sens du vent et le meilleur endroit pour lancer leur attaque finale. Usage en Course : Les « loops » finaux sont très nerveux. Le peloton y roule à une vitesse folle, étiré par la lutte pour le placement. Il faut être dans les dix premières positions pour espérer gagner, car les virages fréquents empêchent toute remontée massive.
LOTTO : Référence à l'équipe belge Lotto (Soudal/Dstny), pilier historique du peloton pro. Par extension, peut désigner la part de chance (la « loterie ») inhérente à certains scénarios de course comme les arrivées massives. Sponsor (loterie nationale belge). L'image est celle de la tradition flamande, de l'amour du cyclisme et de la formation de grands sprinteurs et baroudeurs. C'est une équipe qui incarne l'âme du vélo belge. Usage en Course : Voir les maillots rouge et blanc de la Lotto à l'avant est une constante. Ils sont réputés pour leur science du vent et leur capacité à organiser des trains de sprint redoutables, même avec des budgets moindres que les "super-teams".
LOUEUR : Terme ancien désignant les coureurs qui n'avaient pas d'équipe fixe et louaient leurs services à différents sponsors ou organisateurs de critériums pour subsister. Registre de la précarité et de l'indépendance. Le loueur était un artisan du bitume, vendant son talent à la journée. C'est l'image d'un cyclisme romantique et difficile qui a précédé l'ère des contrats professionnels stables. Usage en Course : Aujourd'hui disparu, le loueur rappelle que le cyclisme est avant tout un métier dur. Ces coureurs devaient être performants chaque jour pour espérer être réengagés le lendemain, poussant la combativité à son paroxysme par nécessité vitale.
LOUP : Coureur solitaire, rusé et dangereux, capable de se cacher dans le peloton avant de surgir pour une attaque dévastatrice. On parle de « vieux loup » pour un coureur d'expérience qui ne se laisse jamais piéger. L'image du prédateur. Le loup attend son heure. Il observe ses adversaires, repère leurs faiblesses et attaque au moment où ils s'y attendent le moins. C'est le symbole de l'intelligence tactique alliée à la force. Usage en Course : Un vieux loup sait qu'il ne faut pas gaspiller d'énergie. Il laisse les autres rouler, reste bien placé sans jamais s'exposer, et porte son estocade dans le dernier kilomètre, surprenant les jeunes coureurs plus fougueux mais moins lucides.
LOYO : Variante ou déformation de « Yoyo ». Désigne un coureur qui n'arrive pas à maintenir une allure constante, alternant phases de grande force et moments de faiblesse au sein d'un groupe. Voir « Yoyo ». L'image est celle de l'élasticité et de l'instabilité. Le coureur « loyo » est une énigme pour ses adversaires qui ne savent jamais s'il est réellement en difficulté ou s'il bluffe avant d'attaquer. Usage en Course : Faire le loyo est épuisant. Ces changements de rythme constants consomment beaucoup d'énergie nerveuse. Généralement, cela se finit soit par une victoire héroïque si les jambes reviennent, soit par une explosion totale et définitive.
LUNETTES : Accessoire de protection indispensable contre le soleil, le vent, la pluie et les insectes. Les verres high-tech permettent une meilleure lecture de la route et du relief selon la luminosité. L'image du masque du champion. Les lunettes font partie de l'identité visuelle des coureurs. Elles cachent aussi le regard, empêchant les adversaires de voir la fatigue ou la souffrance dans les yeux du rival. Usage en Course : En cas de pluie, les lunettes peuvent devenir un handicap si elles s'embuent. Les coureurs les placent alors souvent sur leur casque. Dans les descentes, elles sont vitales pour protéger les yeux des projections et maintenir une vision claire à 80 km/h.
MACADAM : Le revêtement de la route, composé de pierres concassées et de bitume. C'est la scène sur laquelle se joue le drame cycliste. La qualité du macadam influe directement sur le rendement et le confort. Nom de l'ingénieur écossais John McAdam. L'image est celle de la dureté et de l'abrasion. Le macadam est le juge impartial qui « pèle » les coureurs en cas de chute et qui résonne sous le passage du peloton. Usage en Course : Sur un macadam « rugueux », le vélo vibre énormément, usant les muscles des bras et du dos. À l'inverse, un macadam « billard » (lisse) permet des vitesses folles et un confort apprécié par les coureurs lors des étapes de transition.
MACHINE : Désigne à la fois le vélo de course et, par métaphore, un coureur doté d'une puissance et d'une régularité inhumaines. On dit d'un champion que c'est « une véritable machine ». L'image de la mécanique parfaite, sans faille et sans émotion. La machine ne connaît pas la douleur ; elle exécute sa tâche avec une froideur implacable. C'est l'idéal de performance vers lequel tendent les athlètes de haut niveau. Usage en Course : Voir une machine à l'œuvre dans un contre-la-montre est fascinant. Le buste est immobile, seul le mouvement rotatif des jambes témoigne de l'effort monstrueux produit pour fendre l'air à plus de 50 km/h de moyenne.
MADRAZO : Référence à Ángel Madrazo, coureur espagnol connu pour ses attaques fantasques et ses grimaces mémorables lors de l'effort. Désigne par extension un coureur atypique, très expressif dans la souffrance. Nom propre devenu synonyme de style haché et volontaire. L'image est celle de l'héroïsme baroque : le visage déformé par la douleur, les épaules qui balancent, mais une efficacité réelle au bout du compte. Usage en Course : On dit d'un coureur qu'il fait « une Madrazo » s'il attaque avec un style peu académique mais qu'il parvient tout de même à gagner l'étape au courage, déjouant les pronostics basés sur la seule esthétique ou la data.
MAGGY : Terme affectueux ou argotique local (possiblement lié à une marque ou un personnage) désignant parfois la voiture balai ou un véhicule d'assistance un peu daté qui suit les courses de village. Origine floue, suggérant une familiarité populaire. L'image est celle du cyclisme de terroir, loin du luxe des bus des équipes World Tour, où la passion prime sur les moyens technologiques. Usage en Course : Le passage de la « Maggy » signale la fin de la fête ou la récupération des derniers coureurs fatigués. C'est un élément indispensable de la logistique du cyclisme amateur, assurant la sécurité de tous sur les routes ouvertes.
MAGLIA ROSA : Le Maillot Rose, porté par le leader du classement général du Tour d'Italie (Giro). C'est l'équivalent italien du Maillot Jaune, symbole de prestige et de domination sur les routes transalpines. Couleur choisie en référence au papier rose du journal organisateur, La Gazzetta dello Sport. L'image est celle du romantisme et de la difficulté des Dolomites, où la Maglia Rosa est le trophée le plus convoité. Usage en Course : Défendre la Maglia Rosa est une affaire de fierté pour une équipe italienne. Elle confère une autorité sur le peloton et oblige le porteur à assumer le poids de la course face à des adversaires souvent déchaînés sur des parcours escarpés.
MAIGRICHON : Terme un peu moqueur pour désigner un pur grimpeur au gabarit extrêmement frêle. Bien que chétif en apparence, ce coureur possède un rapport puissance/poids dévastateur dès que la pente s'accentue. L'image de la fragilité physique. Le maigrichon semble pouvoir s'envoler au moindre coup de vent sur le plat, mais il se transforme en géant dès qu'il s'agit de grimper les pourcentages à deux chiffres des cols mythiques. Usage en Course : Les maigrichons souffrent dans les étapes de plaine ou sur les pavés. Leur but est de passer ces journées sans encombre pour arriver frais au pied des montagnes, là où leur légèreté deviendra leur arme absolue contre les rouleurs plus costauds.
MAILLOT À POIS : Maillot blanc avec des pois rouges, porté par le leader du classement de la montagne. Il récompense le coureur ayant franchi en tête le plus grand nombre de sommets répertoriés. Sponsorisé à l'origine par les chocolats Poulain. L'image est devenue indissociable des grimpeurs. Les pois rouges symbolisent l'audace et l'agilité nécessaire pour dompter les cimes et les pourcentages les plus rudes. Usage en Course : La conquête du maillot à pois anime les échappées. Les coureurs se livrent des sprints acharnés au sommet de chaque difficulté, même modeste, pour glaner les précieux points et s'offrir une journée sur le podium.
MAILLOT ARC-EN-CIEL : Maillot blanc orné de cinq bandes colorées (bleu, rouge, noir, jaune, vert), porté par le champion du monde en titre. C'est sans doute le maillot le plus respecté et le plus beau du peloton. Les cinq couleurs représentent les cinq continents. L'image est celle de l'universalité et de la suprématie mondiale sur une année. Porter l'arc-en-ciel est un honneur qui oblige le coureur à honorer son rang sur chaque épreuve. Usage en Course : Le champion du monde est toujours surveillé. Il ne peut jamais passer inaperçu avec sa tunique blanche. Gagner avec le maillot arc-en-ciel est un exploit rare qui assoit définitivement la légende d'un coureur.
MAILLOT BLANC : Tunique distinctive récompensant le meilleur jeune (moins de 25 ans) au classement général sur le Tour de France et d'autres épreuves majeures. C'est le symbole des champions de demain. L'image de la pureté et du renouveau. Le maillot blanc permet d'identifier les talents précoces qui viennent bousculer la hiérarchie établie. C'est un tremplin vers le futur Maillot Jaune pour les meilleurs d'entre eux. Usage en Course : La lutte pour le maillot blanc est souvent acharnée entre les meilleurs espoirs. Porter ce maillot donne de la visibilité à une équipe et permet au jeune coureur d'apprendre à gérer la pression d'un leader.
MAILLOT DISTINCTIF : Terme générique désignant tous les maillots spéciaux (jaune, vert, à pois, blanc) récompensant les leaders des différents classements. Ils sont remis chaque jour sur le podium protocolaire. L'image de la hiérarchie visuelle. Dans la masse colorée du peloton, les maillots distinctifs permettent de repérer immédiatement qui domine quelle discipline, rendant la course lisible pour le public et les suiveurs. Usage en Course : Les porteurs de maillots distinctifs ont des obligations médiatiques importantes. Sur la route, ils doivent honorer leur maillot par un comportement exemplaire et offensif, contribuant au panache et à l'intérêt de l'épreuve.
MAILLOT JAUNE : Le symbole suprême du cyclisme, porté par le leader du classement général du Tour de France. Il récompense la régularité et la force brute sur l'ensemble des trois semaines de course. Créé en 1919 par Henri Desgrange, sa couleur jaune était celle du papier du journal L'Auto. L'image est celle du soleil et de la gloire. C'est l'objet de tous les désirs, le rêve de chaque enfant qui commence le vélo. Usage en Course : Porter le Maillot Jaune transforme un homme. Son équipe doit alors « assumer le poids de la course », roulant en tête de peloton pour contrôler les échappées. C'est une charge mentale et physique immense mais glorieuse.
MAILLOT VERT : Tunique récompensant le leader du classement par points, généralement le meilleur sprinteur ou le coureur le plus régulier sur les arrivées d'étapes et les sprints intermédiaires. Couleur choisie à l'origine en référence à un sponsor de l'industrie textile. L'image est celle de la vélocité et de la puissance. C'est le graal pour les hommes rapides qui luttent sur le plat. Usage en Course : La chasse au maillot vert demande une vigilance de chaque instant. Le coureur doit disputer chaque sprint, évitant les chutes et les cassures, pour accumuler les points jour après jour jusqu'à l'arrivée finale.
MANIVELLE : Bras de levier reliant la pédale à l'axe du pédalier. Par extension, on parle de « passer la manivelle » pour désigner le mouvement de pédalage ou l'action de mener le train. Terme mécanique simple. L'image est celle de la transmission de force. Avoir une « belle manivelle » signifie posséder un pédalage fluide et puissant, signe de grande forme athlétique. Usage en Course : En fin d'étape, celui qui a encore de la manivelle est celui qui peut accélérer. On dit aussi que le peloton « envoie de la manivelle » quand la vitesse dépasse les 50 km/h et que tout le monde est à la limite.
MANO A MANO : Duel direct entre deux coureurs, souvent isolés en tête de course. C'est une confrontation psychologique et physique pure, sans aide extérieure, où seul le plus fort ou le plus malin l'emporte. Emprunté à la tauromachie. L'image est celle de la lutte au corps à corps, sans artifice. C'est le moment de vérité où deux champions se regardent dans les yeux avant de porter l'estocade finale. Usage en Course : Les plus beaux mano a mano se déroulent dans les derniers kilomètres d'une étape de montagne ou d'une grande classique. Chaque coureur surveille les moindres signes de fatigue de l'autre avant de tenter le démarrage décisif.
MANOIR : Terme argotique ancien désignant parfois le siège d'une équipe ou un lieu de repos luxueux pour les coureurs entre deux étapes. Par extension, désigne une position de leader confortable au sein du peloton. L'image de la noblesse et du confort. Le « manoir » est le refuge loin du bruit de la course. C'est là que l'on soigne les corps et que l'on prépare les stratégies dans le calme et la sérénité des grands hôtels. Usage en Course : Un leader qui court « dans son manoir » est un coureur qui ne semble jamais inquiété par les événements de la course. Il reste bien entouré, protégé par son équipe, comme dans une forteresse inexpugnable.
MARABOUT : Terme moqueur désignant un coureur ou un membre de l'encadrement réputé porter la poisse à son équipe (chutes à répétition, crevaisons inexpliquées). Par extension, une mauvaise série de résultats. Référence aux pratiques occultes. L'image est celle de la malédiction. Dans un sport où la chance joue un rôle, certains finissent par croire aux ondes négatives quand les incidents s'accumulent sans raison logique. Usage en Course : Si une équipe subit trois crevaisons en dix kilomètres, on dit qu'elle a été « maraboutée ». Il faut alors un exploit ou une victoire inattendue pour briser le sort et ramener la confiance au sein du groupe.
MARIN : Désigne un coureur particulièrement à l'aise par grand vent ou sous la pluie, rappelant la robustesse des gens de mer. C'est souvent un coureur issu de régions littorales (Bretagne, Flandres). L'image du loup de mer affrontant les tempêtes. Le « marin » ne craint pas les éléments ; il les utilise à son profit pour durcir la course et piéger les coureurs plus habitués au soleil et au calme. Usage en Course : Un marin est redoutable lors des étapes de bordure le long des côtes. Il sait lire le vent, anticiper les rafales et rester solide sur sa machine quand les autres vacillent sous l'effet des bourrasques.
MARQUÉE AU TABLEAU : Une attaque ou une stratégie qui a été annoncée à l'avance et qui se déroule exactement comme prévu. C'est la réussite parfaite d'un plan tactique élaboré lors du briefing matinal. L'image de l'école ou du tableau noir du directeur sportif. Tout était écrit, dessiné, et les coureurs n'ont eu qu'à exécuter la partition. C'est la signature d'une équipe disciplinée et d'un staff lucide. Usage en Course : Gagner une étape qui était « marquée au tableau » apporte une satisfaction immense. Cela prouve que l'intelligence et la préparation peuvent battre la force brute si l'exécution est irréprochable sur le terrain.
MARTINGALE : Stratégie risquée ou coup de poker tactique tenté par un coureur ou un directeur sportif pour forcer la décision. C'est un pari sur un événement incertain (défaillance d'un rival, changement météo). Vient des jeux de hasard. L'image est celle de la ruse mathématique. La martingale cycliste consiste à attaquer au moment le plus improbable en espérant que le peloton ne réagira pas par lassitude ou par surprise. Usage en Course : Lancer son leader dans une échappée matinale lors d'une étape de montagne est une martingale. Si l'écart devient important, il peut gagner le Tour. Si le peloton réagit, il risque de tout perdre par épuisement.
MASQUE : L'expression du visage du coureur. « Porter le masque » signifie que la souffrance est visible sur les traits émaciés, la bouche ouverte et le regard fixe. C'est la vérité de l'effort extrême. L'image du masque mortuaire ou tragique. Le visage se fige sous l'effet de l'acide lactique et de la fatigue nerveuse. On ne peut plus tricher : le masque révèle l'état réel des réserves physiques de l'athlète. Usage en Course : Les adversaires scrutent le masque des leaders. Un coureur qui garde un visage serein impressionne, tandis que celui dont le masque se déforme trahit sa vulnérabilité, encourageant les autres à porter l'attaque finale.
MASSIF : Désigne un coureur puissant et charpenté, ou l'ensemble montagneux traversé par la course (Massif Central, Alpes, Pyrénées). L'image de la solidité et de l'imposant. Un coureur « massif » n'est pas un grimpeur ailé, mais un rouleur-puncheur capable d'utiliser son poids pour écraser les pédales sur le plat ou dans les bosses courtes. Usage en Course : Traverser un massif exige des qualités différentes chaque jour. Le massif central, avec ses routes rugueuses et ses côtes incessantes, favorise les baroudeurs massifs, tandis que les grands massifs alpins sont réservés aux purs grimpeurs.
MATINAL : Se dit d'un coureur spécialisé dans les échappées lancées dès les premiers kilomètres de l'étape. Il aime la fraîcheur du départ et la perspective d'une longue journée à l'avant. L'image du lève-tôt qui prend l'avantage sur les dormeurs. Le matinal est souvent un coureur courageux qui accepte de passer six heures seul devant pour une gloire incertaine et une visibilité maximale. Usage en Course : Les attaques matinales sont souvent le fait de coureurs d'équipes moins huppées. Leur but est de prendre suffisamment d'avance pour que le peloton ne les rattrape que le plus tard possible, voire jamais.
MATOS : Terme familier désignant l'ensemble du matériel (vélos, roues, composants, vêtements). C'est l'obsession du coureur moderne, car le « matos » peut faire gagner les quelques watts qui manquent pour la victoire. Diminutif de matériel. L'image est celle de l'artisanat de haute technologie. Avoir le « bon matos » est une condition sine qua non de la performance, mais cela ne remplace jamais la force des jambes. Usage en Course : Les discussions sur le matos animent les avant-courses. On compare les pressions de pneus, la rigidité des cadres ou le poids des nouveaux dérailleurs électroniques. C'est la part technologique indissociable du sport cycliste.
MENUISIER : Terme argotique ancien désignant un coureur qui « travaille » ses adversaires avec dureté, ou un mécanicien particulièrement habile pour ajuster les cales de chaussures et les selles. L'image du travail du bois, de la précision et de la rudesse. Le menuisier ne fait pas d'éclat, mais il construit sa victoire ou sa performance avec une application méticuleuse et une force de caractère exemplaire. Usage en Course : Un « menuisier » de la route est un coureur qui sait exactement quand donner un coup de collier pour fatiguer ses rivaux, les usant petit à petit jusqu'à ce qu'ils rompent, comme on raboterait une pièce de bois.
MERLU : Surnom donné à un coureur manquant de relief, un peu fade ou qui reste toujours dans les roues sans jamais prendre d'initiative. C'est un terme de mépris soulignant un manque de panache. Référence au poisson à la chair blanche et sans saveur. L'image est celle de l'anonymat et de la passivité. Le merlu est là, il suit, mais il n'apporte rien au spectacle ni à la dynamique de la course. Usage en Course : On ne gagne pas de grandes courses en étant un merlu. Le public et les organisateurs préfèrent les attaquants, ceux qui osent perdre pour espérer gagner, plutôt que ceux qui se contentent de figurer dans le classement.
MÉTÉO : Facteur externe déterminant qui peut transformer une étape facile en un enfer dantesque. Le vent, la pluie, la chaleur ou la neige dictent souvent le scénario de la course. L'image de la fatalité naturelle. Le cycliste est le seul athlète de haut niveau à affronter les éléments sans protection. La météo est l'acteur invisible qui forge les légendes et brise les destins. Usage en Course : Consulter la météo est le premier geste du matin. En cas de vent latéral annoncé, les coureurs savent que la journée sera nerveuse (bordures). En cas de pluie, les descentes de cols deviennent des exercices d'équilibriste.
MÉTRONOME : Coureur capable de maintenir une allure parfaitement constante pendant des heures, sans aucune variation de rythme. C'est la qualité première des grands rouleurs et des spécialistes du contre-la-montre. Image de l'instrument de musique marquant le temps. Le métronome humain est une machine de précision. Ses jambes tournent avec une régularité fascinante, quels que soient le vent ou le relief modeste. Usage en Course : Un métronome en tête de peloton est un cauchemar pour les échappés. Il réduit l'écart de manière implacable, sans jamais s'essouffler, épuisant moralement ceux qui tentent de lui résister à distance.
MEUBLE : On dit d'un coureur qu'il est « dans les meubles » lorsqu'il est bien calé au milieu du peloton, protégé par ses équipiers et profitant d'un confort relatif malgré la vitesse. L'image de l'ameublement intérieur, du foyer. Être dans les meubles suggère une sécurité domestique au milieu du chaos de la route. C'est la position idéale pour un leader qui veut économiser ses forces. Usage en Course : Rester dans les meubles demande une grande habileté de placement. Il faut savoir se faire oublier tout en restant vigilant, prêt à bondir si la situation de course l'exige soudainement.
MI-PARCOURS : Point kilométrique situé à la moitié de l'étape. C'est souvent le moment où la course se stabilise après la bataille pour l'échappée et avant l'emballage final ou les grandes ascensions. L'image du basculement. À mi-parcours, les corps sont chauds, le ravitaillement a commencé, et les directeurs sportifs font le point sur les forces en présence pour ajuster la stratégie de fin de journée. Usage en Course : C'est souvent à mi-parcours que l'on voit si une échappée peut aller au bout. Si l'écart est suffisant et que le peloton ne réagit pas, les fuyards commencent à croire sincèrement en leurs chances de victoire.
MI-TEMPS : Terme impropre car il n'y a pas de pause officielle dans une course cycliste. Désigne toutefois le moment du ravitaillement principal ou une phase de calme relatif au milieu d'une longue étape de plaine. Emprunté aux sports collectifs. L'image est celle d'un répit nécessaire. Pour le cycliste, la mi-temps se passe sur le vélo, en mangeant une musette, tout en restant attentif aux mouvements du peloton. Usage en Course : Profiter de la « mi-temps » pour se ravitailler et satisfaire ses besoins naturels est crucial. Une équipe qui rate ce moment de calme risque d'être prise au dépourvu si la bagarre reprend prématurément.
MIELLEUX : Se dit d'un coureur dont le pédalage est d'une onctuosité et d'une fluidité extrêmes, même dans l'effort violent. C'est la perfection esthétique alliée à une grande efficacité mécanique. L'image du miel qui coule. C'est un style sans heurts, sans mouvements parasites du buste ou des épaules. Le coureur semble ne faire qu'un avec sa machine, glissant sur la route avec une douceur trompeuse pour ses rivaux. Usage en Course : Un pédalage mielleux cache souvent une forme étincelante. Quand un grimpeur « enroule » les pentes avec cette onctuosité, ses adversaires savent qu'ils vont passer une journée difficile car il semble ne jamais forcer.
MITAINE : Gant de cyclisme laissant les doigts à découvert. Elle assure le confort des mains sur le guidon (rembourrage), protège les paumes en cas de chute et permet d'essuyer la transpiration. L'image de la protection légère. La mitaine est indissociable du coureur d'été. Elle offre une meilleure prise sur les cocottes de frein et évite les irritations dues aux vibrations de la route sur de longues distances. Usage en Course : Les mitaines sont essentielles pour la sécurité. En cas de glissade sur le bitume, les mains sont souvent les premières à toucher le sol. Sans mitaines, les blessures aux paumes peuvent handicaper le coureur pour les étapes suivantes.
MIXTE : Désigne un terrain varié alternant plaines et collines, ou une équipe composée de coureurs de différentes nationalités ou spécialités. Par extension, une boisson de ravitaillement mélangeant glucides et sels minéraux. L'image de l'équilibre et de la diversité. Un parcours mixte est souvent le plus difficile à gérer tactiquement car il ne favorise aucun profil particulier, laissant la porte ouverte aux coureurs les plus complets. Usage en Course : Une étape mixte est le terrain idéal pour les baroudeurs-puncheurs. Ils utilisent les petites bosses pour éliminer les sprinteurs et la plaine pour résister au retour du peloton, jouant sur leur polyvalence.
MODERNE : Qualifie l'approche actuelle du cyclisme : utilisation massive de la data (watts, capteurs), tactiques d'équipe ultra-verrouillées, matériel en carbone et nutrition millimétrée. L'image du futurisme et de la science. Le cyclisme « moderne » est plus prévisible mais aussi plus rapide et plus exigeant que celui des pionniers. C'est le monde de l'optimisation permanente de chaque détail. Usage en Course : La modernité se voit dans les oreillettes et les compteurs GPS. Les coureurs reçoivent des ordres précis sur leur niveau de puissance à tenir, transformant parfois la course en une gestion de chiffres plus qu'en une bataille d'instinct.
MODULE : Élément spécifique de l'entraînement ou composant technique d'un vélo (ex: module de pédalage). Peut aussi désigner une unité tactique au sein d'une équipe lors d'une manœuvre précise. Registre technique et structurel. Le module suggère une partie interchangeable d'un tout plus vaste. C'est l'organisation fragmentée de la performance, où chaque brique doit être parfaite pour que l'édifice tienne. Usage en Course : Le « module de sprint » d'une équipe se met en place dans les cinq derniers kilomètres. Il est composé du lanceur, du poisson-pilote et du sprinteur, agissant comme un bloc indivisible pour la victoire.
MOINS DE 25 ANS : Catégorie d'âge (Espoirs) faisant l'objet d'un classement spécifique sur les grands tours, matérialisé par le Maillot Blanc. C'est le vivier des futurs cracks mondiaux. L'image de la jeunesse et de l'ambition. Dans le cyclisme actuel, les moins de 25 ans sont de plus en plus performants, gagnant souvent le classement général final dès leurs premières participations. Usage en Course : Un coureur de moins de 25 ans qui porte le Maillot Blanc est un leader en devenir. Il apprend à gérer une équipe et la pression médiatique, tout en se mesurant aux coureurs les plus expérimentés du peloton.
MOLLARD : Terme vulgaire mais courant pour désigner l'action de cracher en roulant. C'est une nécessité physiologique pour évacuer les sécrétions bronchiques lors d'un effort intense en plein air. Registre populaire et cru. L'image souligne la réalité physique peu ragoûtante du sport d'endurance. Le coureur doit cependant faire attention à la direction du vent pour ne pas asperger ses compagnons de route. Usage en Course : Cracher est un signe d'effort. Le coureur libère ses voies respiratoires pour maximiser l'apport en oxygène. C'est un geste machinal, presque inconscient, qui ponctue le rythme de la respiration haletante dans les cols.
MONOCOQUE : Type de construction d'un cadre de vélo en carbone où le triangle avant est fabriqué d'une seule pièce. Cela garantit une rigidité maximale et un poids plume, idéal pour la compétition. Issu de la construction navale et aéronautique. L'image est celle de l'unité structurelle absolue. Un cadre monocoque transmet chaque watt de puissance à la roue arrière sans aucune torsion parasite, offrant une réactivité exceptionnelle. Usage en Course : Les sprinteurs et les puncheurs exigent des cadres monocoques extrêmement rigides. Lors d'une relance violente, le cadre ne doit pas « flouter », permettant au coureur de transformer son énergie explosive en vitesse pure.
MONSTRE : Qualifie un coureur au physique imposant ou aux performances dépassant l'entendement. C'est aussi le surnom de certains cols redoutables (ex: le mont Ventoux, le « mont chauve »). L'image du hors-norme, de l'effrayant. Un « monstre » de la route écrase ses adversaires par sa puissance. Il suscite à la fois la peur et l'admiration par sa capacité à accomplir des exploits quasi inhumains. Usage en Course : Affronter un monstre géographique ou humain demande une préparation mentale spécifique. On ne court pas contre un monstre comme contre un adversaire ordinaire ; on tente de lui survivre en gérant ses propres limites.
MONTÉE SÈCHE : Ascension d'un col sans difficulté préalable, ou étape se résumant à une seule montée finale après une longue approche sur le plat. C'est l'effort pur contre la gravité. L'image de la verticalité soudaine. « Sec » suggère l'absence de préparation ou de transition. Le coureur passe du grand plateau au petit braquet sans ménagement, devant trouver son rythme immédiatement pour ne pas exploser. Usage en Course : Les montées sèches favorisent les coureurs explosifs et ceux qui n'ont pas forcément une grande endurance mais une énorme puissance instantanée. C'est un format de fin d'étape très spectaculaire et nerveux.
MONTON : Terme argotique ancien désignant parfois un braquet très important ou une manière de rouler en force, en « montant » sur son vélo pour écraser les pédales. Évoque le mouvement ascendant et pesant. L'image est celle d'un coureur qui n'est plus dans la souplesse mais dans la puissance brute, utilisant tout son poids pour faire avancer la machine. Usage en Course : On utilise le « monton » dans les passages très raides quand on n'a plus assez de pignons derrière. Le coureur se dresse sur sa machine et semble lutter à chaque millimètre pour ne pas s'arrêter.
MOTTU : Terme d'argot cycliste désignant un coureur qui se cache toujours, qui refuse de prendre le vent et qui ne sort de l'anonymat du peloton que pour les honneurs. C'est une critique de l'opportunisme excessif. Image du repli et de l'ombre. Le mottu est celui qu'on ne voit jamais rouler en tête, mais qui est toujours présent pour le sprint ou pour la photo sur le podium, ayant économisé ses forces aux dépens des autres. Usage en Course : Le mottu est souvent rappelé à l'ordre par les autres coureurs. S'il ne participe jamais au travail collectif, il risque d'être exclu tactiquement des échappées futures par un peloton qui n'oublie jamais les comportements égoïstes.
MOUCHERON : Petit coureur léger et vif, souvent un grimpeur capable de changements de rythme incessants. Par extension, désigne aussi le harcèlement permanent d'un adversaire par de petites attaques répétées. L'image de l'insecte agaçant qu'on ne peut attraper. Le moucheron ne porte pas de coups fatals, mais il use les nerfs et les jambes des leaders par son agitation continuelle, les forçant à réagir sans cesse. Usage en Course : Envoyer un moucheron à l'attaque est une tactique de harcèlement efficace. Il oblige les rivaux à dépenser de l'énergie pour boucher de petits trous, les affaiblissant avant l'attaque décisive du véritable leader.
MOUSTIQUE : Similaire au moucheron, mais désigne parfois plus spécifiquement le coureur qui reste dans les roues et « pique » ses adversaires au sprint après avoir été invisible pendant toute la course. L'image du parasite qui se nourrit de l'effort d'autrui pour porter une attaque finale venimeuse. Le moustique est craint car il est difficile à déloger et son attaque finale est souvent chirurgicale et imparable. Usage en Course : Le moustique est l'ennemi des coureurs généreux. Dans une échappée de deux ou trois coureurs, celui qui fait le moustique finit souvent par l'emporter s'il n'est pas contraint par ses compagnons de prendre ses relais loyalement.
MUR : Section de route présentant un pourcentage de pente exceptionnel (souvent plus de 15-20 %). Le Mur de Huy ou le Mur de Bretagne sont des exemples célèbres qui exigent une puissance explosive énorme. L'image de l'obstacle vertical infranchissable. Face à un mur, le coureur change de dimension : la vitesse chute drastiquement, et l'équilibre même sur le vélo devient précaire. C'est un défi physique et mental terrifiant. Usage en Course : Sur un mur, le placement est vital. Si un coureur devant vous met pied à terre, vous êtes bloqué et incapable de repartir. On y voit les coureurs zigzaguer pour tenter d'atténuer artificiellement la pente.
MUR DU FARON : Ascension célèbre située au-dessus de Toulon, souvent juge de paix du Tour Méditerranéen. C'est une montée courte mais très raide et venteuse qui marque souvent le début de saison des grimpeurs. Nom géographique local. L'image est celle d'un balcon sur la mer où l'effort est accentué par la vue vertigineuse. C'est le premier test de vérité pour les candidats aux courses par étapes au printemps. Usage en Course : Le Mur du Faron exige une condition physique déjà avancée. On y voit souvent des coureurs explosifs s'imposer, utilisant la pente pour créer de petits écarts de quelques secondes qui suffisent à remporter le classement général.
MÛRIER : Terme argotique très rare ou régional désignant un coureur qui « mûrit » son attaque, attendant le moment de basculement psychologique des adversaires pour sortir du peloton. L'image du fruit qui attend son heure pour tomber. C'est l'art de la patience tactique. Le mûrier ne s'agite pas ; il observe, attend que les autres s'épuisent, et ne frappe que lorsqu'il est sûr de sa réussite. Usage en Course : Un coureur d'expérience est souvent un mûrier. Il sait que le premier qui attaque a souvent tort. Il attend les 500 derniers mètres de la difficulté, là où tout le monde est à l'agonie, pour porter son estocade finale.
MUSETTE : Petit sac en toile légère, muni d'une bandoulière, contenant le ravitaillement (bidons, barres, fruits). Distribuée aux coureurs dans les zones de ravito par les assistants de l'équipe. Héritée de la tradition militaire et paysanne. L'image est celle de la simplicité efficace. Le coureur la saisit au vol à pleine vitesse, la passe autour de son cou, transfère son contenu dans ses poches et s'en débarrasse. Usage en Course : Attraper la musette est un geste technique délicat. Un raté peut provoquer une chute collective si le sac s'emmêle dans le guidon. C'est un moment de stress où le peloton ralentit légèrement par convention tacite.
NEUTRALISATION : Phase de la course où le chronomètre est arrêté ou l'allure bloquée par les commissaires (incident grave, passage à niveau fermé, départ fictif). Personne ne peut attaquer durant cette période. L'image de la trêve forcée. C'est le moment où la compétition s'efface devant la sécurité ou l'imprévu. La neutralisation permet de remettre de l'ordre dans une situation devenue ingérable ou dangereuse pour les athlètes. Usage en Course : En cas de chute massive près de l'arrivée, les commissaires peuvent neutraliser les temps pour ne pas pénaliser les coureurs retardés. Cela permet d'éviter des prises de risques inutiles pour les leaders du général lors des sprints de plaine.
NEUTRE : Désigne l'assistance mécanique (souvent fournie par Mavic ou Shimano) qui dépanne n'importe quel coureur, quelle que soit son équipe. Ou la zone de départ neutralisée mentionnée ci-dessus. L'image de l'impartialité. L'assistance neutre est la Croix-Rouge du vélo : elle est là pour sauver la course du coureur dont la propre voiture est trop loin. Les vélos ou roues jaunes/bleues sont iconiques. Usage en Course : Recourir à l'assistance neutre est un acte de survie. Le matériel fourni n'est pas toujours réglé au millimètre pour le coureur, mais il lui permet de rester dans la course en attendant son propre matériel.
NIVERNAIS : Référence aux routes et au relief de la Nièvre, souvent empruntés par le Paris-Nice ou le Tour de France. C'est un terrain de moyenne montagne, boisé et souvent humide. Registre géographique. L'image est celle de la France profonde, des routes de campagne qui « rendent » mal et des ascensions courtes mais répétitives qui finissent par user les organismes les plus solides. Usage en Course : Sur le terrain nivernais, les cassures sont fréquentes. Le vent de travers dans les plaines et les virages serrés dans les forêts exigent une vigilance de chaque instant, favorisant les coureurs rustiques et attentifs.
NO MAN'S LAND : Espace vide entre le peloton et une échappée, ou zone de course où aucun spectateur n'est présent. C'est le lieu de l'effort solitaire absolu, sans aucun repère visuel ou moral. Terme de guerre désignant la zone entre les tranchées. L'image souligne l'hostilité et l'isolement. Se retrouver dans le no man's land en « chasse-patate » est une épreuve terrible pour le moral du cycliste. Usage en Course : Traverser le no man's land demande une force de caractère immense. Le coureur doit lutter contre le vent et sa propre fatigue sans le soutien du public ni l'aspiration d'un groupe, voyant l'échappée s'éloigner et le peloton revenir.
NONO : Surnom donné à certains coureurs (ex: Arnaud Démare) ou diminutif argotique pour désigner un coureur un peu lent à la détente tactique. Diminutif familier. L'image est celle d'une certaine bonhomie ou d'une simplicité. Dans le milieu pro, c'est souvent un surnom affectueux pour un coureur apprécié de ses pairs pour son caractère calme et posé. Usage en Course : Un « Nono » peut être un redoutable sprinteur. Sous son apparence tranquille, il cache une puissance explosive qu'il ne déchaîne que dans les derniers mètres, surprenant ses adversaires par son changement de rythme brutal.
NONO LE MALIN : Variante désignant un coureur particulièrement rusé, capable de se faufiler et de tirer profit de chaque situation de course sans jamais s'exposer. C'est le roi de l'économie d'effort. L'image du renard du peloton. Nono le malin ne gagne pas par sa force pure, mais par sa science de la course. Il sait quel train suivre, quel virage prendre à l'intérieur et quand lancer son sprint pour l'emporter de justesse. Usage en Course : Surveiller Nono le malin est épuisant. On ne sait jamais ce qu'il prépare. Il peut rester invisible pendant 200 kilomètres et surgir victorieux sur la ligne, ayant utilisé l'aspiration des autres avec une intelligence diabolique.
NOURRICE : Équipier chargé spécifiquement de transporter et de distribuer les bidons et la nourriture à ses leaders. C'est un rôle de soutien logistique crucial au sein du peloton. L'image du soin et de la subsistance. La nourrice est le garant de l'autonomie énergétique de l'équipe. Elle fait des allers-retours incessants entre la voiture et le groupe pour que personne ne manque de rien. Usage en Course : Voir un équipier-nourrice remonter avec dix bidons coincés sous son maillot est impressionnant. Il doit ensuite les distribuer avec précision tout en gardant sa position dans un peloton lancé à vive allure.
NUMÉRO UN : Le premier dossard, porté par le tenant du titre, ou le leader absolu d'une équipe. C'est aussi la position visée par tout compétiteur franchissant la ligne d'arrivée. Symbole de l'excellence et de la domination. Porter le numéro un confère un statut spécial mais aussi une responsabilité : celle d'animer la course et d'être à la hauteur de son rang passé. Usage en Course : Le numéro un est la cible privilégiée. Tout le monde surveille ses moindres mouvements. Il doit faire preuve d'une solidité mentale exemplaire pour supporter la pression constante de ses adversaires et des médias.
ODEUR DE CRAMÉ : On dit que ça sent le cramé lorsqu'un coureur ou le peloton est à la limite de la rupture physique. Cela peut aussi désigner l'odeur réelle des patins de freins lors d'une descente de col vertigineuse. L'image de la surchauffe thermique. Le moteur humain ou mécanique est poussé dans ses derniers retranchements. C'est le signal que l'explosion est proche et que le rythme ne pourra pas être tenu plus longtemps. Usage en Course : Dans les derniers hectomètres d'une bosse, si « ça sent le cramé », les coureurs savent que la prochaine attaque sera la bonne. C'est le moment où les visages se déforment et où la lucidité s'efface devant la souffrance.
OFFRIR LA ROUE : Action pour un équipier de se placer juste devant son leader pour lui offrir son aspiration, ou au sens propre, lui donner sa roue de rechange en cas de crevaison pour lui éviter d'attendre la voiture. Geste d'altruisme et de sacrifice. L'image est celle du don de soi pour la réussite collective. Offrir la roue est l'acte fondateur de la solidarité au sein d'une équipe cycliste. Usage en Course : Offrir sa roue à son leader en pleine poursuite est un geste qui peut sauver un Tour de France. L'équipier se retrouve alors seul sur le bord de la route, attendant sa voiture, ayant rempli sa mission avec dévouement.
OMBRAGEUX : Qualifie un coureur au caractère difficile, secret ou imprévisible. Il communique peu avec ses équipiers et agit souvent de manière solitaire, guidé par son propre instinct plutôt que par les consignes. L'image du coureur qui reste dans l'ombre, difficile à cerner. Son humeur varie selon ses sensations, et il peut passer d'un mutisme total à une attaque dévastatrice sans prévenir personne. Usage en Course : Gérer un leader ombrageux est un défi pour le directeur sportif. Il faut savoir le rassurer sans l'oppresser, et lui laisser une certaine liberté d'action pour qu'il puisse exprimer son talent souvent hors norme.
ORGANISATEUR : Entité responsable de la création, de la logistique et de la sécurité de la course (ex: ASO pour le Tour). C'est le maître de cérémonie qui dessine le parcours et gère l'aspect commercial de l'épreuve. L'image du chef d'orchestre. L'organisateur doit concilier les exigences sportives, les contraintes administratives et les besoins médiatiques pour faire de la course un succès populaire et financier. Usage en Course : Les décisions de l'organisateur (neutralisation d'étape, changement de parcours) sont souveraines. Elles visent souvent à préserver la sécurité des coureurs face à des conditions imprévues (éboulements, canicule), influençant directement le résultat final.
OURS : Surnom donné à un coureur de grand gabarit, puissant et un peu fruste, capable de résister aux conditions les plus rudes. On parle aussi d'un coureur solitaire qui n'aime pas frotter dans le peloton. L'image de la force brute et de la solitude montagnarde. L'ours est impressionnant physiquement ; il avance avec une puissance tranquille qui décourage ceux qui voudraient le bousculer ou le provoquer. Usage en Course : Un « ours » est précieux pour emmener des braquets énormes face au vent. Il ne fait pas de bruit, il ne se plaint jamais, et il protège son leader avec une efficacité massive qui force le respect de ses adversaires.
PACER : Coureur ou moto de tête chargé de réguler l'allure du groupe. Dans les entraînements derrière moto (derny), le pacer est celui qui crée l'aspiration maximale pour faire travailler la vitesse du cycliste. Anglais pour « donneur de rythme ». L'image est celle de la référence. Le pacer doit être régulier comme un métronome pour permettre aux coureurs de calibrer leur effort et de s'abriter parfaitement. Usage en Course : Dans certaines épreuves de piste, le pacer est indispensable. Sur route, un équipier peut jouer le rôle de pacer en montagne pour éviter les à-coups et permettre à son leader de monter à son rythme optimal.
PANACHARD : Coureur qui court avec panache, multipliant les attaques audacieuses et lointaines, sans forcément se soucier du résultat final. Il privilégie la beauté du geste et l'émotion du public. L'image de la noblesse et de la bravoure. Le panachard est le favori des foules car il rompt la monotonie tactique par des éclats d'héroïsme pur. C'est l'héritier des pionniers qui couraient à l'instinct. Usage en Course : Voir un panachard attaquer à 50 kilomètres de l'arrivée est un moment de grâce. Même s'il échoue à quelques mètres de la ligne, il aura marqué les esprits et honoré son métier bien plus qu'un vainqueur opportuniste.
PANARDA : Terme d'argot ancien désignant une allure très rapide ou un coup de pédale particulièrement efficace et nerveux, permettant de distancer ses adversaires par pur talent athlétique. Origine obscure, suggérant une certaine prestance ou une réussite éclatante. L'image est celle de la domination fluide, où le coureur semble voler sur la route sans que personne ne puisse l'approcher. Usage en Course : Envoyer la « panarda » signifie mettre tout le monde d'accord par une démonstration de force indiscutable. C'est le signe d'une forme exceptionnelle où chaque coup de pédale se transforme en une avance supplémentaire sur les rivaux.
PANASSE : Variante argotique de « Panache ». Désigne l'audace et l'élégance du coureur qui prend des risques pour la beauté du sport. Image de la plume sur le casque. La « panasse » est ce supplément d'âme qui transforme une performance physique en un acte artistique. C'est ce qui rend le cyclisme unique parmi les sports d'endurance. Usage en Course : Un coureur qui a de la panasse est celui qui ne calcule pas ses relais dans une échappée, même s'il sait qu'il risque de le payer plus tard. Il court pour la gagne avec une générosité qui force l'admiration.
PANIER : Le panier de crabes. Désigne un groupe de coureurs (souvent une échappée) où l'entente est exécrable et où chacun tente de piéger l'autre. C'est une situation tactique instable et nerveuse. L'image de l'agression mutuelle. Dans le panier de crabes, personne ne veut rouler et tout le monde s'observe. Cela finit souvent par l'échec de l'échappée, le peloton profitant de ce manque de collaboration pour revenir. Usage en Course : Se retrouver dans un panier de crabes est frustrant. Un coureur qui veut aller au bout doit essayer de calmer le groupe ou de s'en extraire seul pour éviter d'être victime de l'inertie malveillante de ses compagnons.
PANNE SÈCHE : Voir « À sec » ou « Fringale ». Épuisement total des ressources énergétiques interdisant toute poursuite de l'effort à haute intensité. Métaphore automobile. L'image est celle de l'arrêt brutal. Le coureur n'est plus maître de ses mouvements ; il subit la route comme un objet inanimé, attendant désespérément un apport de sucre ou la fin du calvaire. Usage en Course : La panne sèche survient souvent par excès d'optimisme. Le coureur a oublié de s'alimenter ou a sous-estimé la difficulté, et il le paie par une agonie physique mémorable dans les derniers kilomètres d'un col.
PANTALON : Terme rare désignant les collants longs utilisés à l'entraînement ou lors des départs d'étapes très froides. En course, les coureurs préfèrent les jambes nues (huilées) ou les jambières amovibles. L'image de la protection contre le froid. Le « pantalon » de cycliste est moulant pour ne pas se prendre dans la chaîne. Il symbolise le courage de ceux qui roulent par tous les temps pour préparer la saison à venir. Usage en Course : On ne voit le pantalon qu'en période de stage ou lors de transferts neutralisés. Dès que la course réelle commence, les coureurs s'en séparent pour retrouver la liberté de mouvement et l'aérodynamisme de leurs jambes nues.
PANTOUFLE : On dit d'un coureur qu'il est « dans ses pantoufles » lorsqu'il se trouve dans une situation de course extrêmement favorable et facile pour lui, souvent bien à l'abri au sein du peloton lors d'une étape de plaine. L'image du confort domestique. Être en pantoufles suggère un manque total de stress et de difficulté physique. C'est la journée idéale pour récupérer des efforts de la veille avant les montagnes. Usage en Course : Un leader qui passe toute l'étape en pantoufles est un leader bien protégé. Son équipe a fait tout le travail pour lui, lui permettant d'aborder le final avec une fraîcheur intacte pour disputer la victoire ou garder son maillot.
PARCOURS : L'itinéraire tracé par les organisateurs, incluant le relief, l'état des routes et les passages stratégiques. Sa connaissance est fondamentale pour élaborer une stratégie d'équipe efficace. L'image du voyage. Le parcours est le cadre dans lequel s'exprime le talent. Un parcours « sélectif » favorisera les meilleurs, tandis qu'un parcours « plat » sera réservé aux sprinteurs et à la tactique de groupe. Usage en Course : L'étude minutieuse du parcours permet d'anticiper les moments clés : un virage serré avant un pont, un passage exposé au vent ou une côte non répertoriée. C'est là que se gagnent les courses intelligentes.
PARTANT : Coureur qui prend le départ de la course. La liste des partants est scrutée par les adversaires pour identifier les forces en présence et les favoris du jour. L'image de l'engagement. Être partant signifie que l'on est apte physiquement et prêt à affronter l'épreuve. À l'inverse, un « non-partant » (DNS) est un coureur qui renonce au dernier moment pour cause de maladie ou de blessure. Usage en Course : Les partants se présentent au podium de signature avant le départ. C'est un moment de contact avec le public, où l'on jauge la mine des champions et leur degré de motivation avant que le combat ne commence sur la route.
PARTIR À LA PLANCHE : Lancer une attaque ou un effort de longue durée avec une détermination totale, sans aucune réserve. C'est l'engagement maximal dès le début de l'action. Voir « À la planche ». L'image suggère un coureur qui se jette à l'eau, corps et âme. C'est une décision radicale qui ne laisse pas de place au doute : on roule pour gagner ou pour exploser, mais sans compromis. Usage en Course : Partir à la planche dans une échappée solitaire à 80 kilomètres de l'arrivée est un pari fou. Cela demande un fond de caisse exceptionnel et une capacité à résister à la douleur de l'effort monotone pendant des heures.
PATATE : Avoir « la patate » signifie être dans une forme exceptionnelle, déborder d'énergie et de force. C'est l'état de grâce où le coureur a l'impression que rien ne peut l'arrêter. Métaphore de la force vitale et de la solidité. L'image de la patate suggère une énergie brute et paysanne, une vigueur qui permet de hausser le rythme sans jamais sembler atteindre ses limites physiologiques. Usage en Course : Quand un leader a la patate, il le fait savoir par son comportement agressif. Il est en tête de groupe, il discute, il plaisante, et surtout, il place des attaques dévastatrices qui laissent ses adversaires pantois.
PAVÉ : Revêtement routier composé de blocs de pierre, emblématique des classiques du Nord (Paris-Roubaix). C'est le terrain le plus dur et le plus redouté pour le matériel et les coureurs. L'image de l'enfer. Le pavé fait trembler les vélos et les corps, provoquant des douleurs musculaires intenses et de nombreuses crevaisons. C'est le retour au cyclisme héroïque et brutal des origines. Usage en Course : Sur le pavé, la technique est reine. Il faut rouler vite pour « survoler » les aspérités, tenir son guidon avec souplesse mais fermeté, et surtout rester en tête de groupe pour choisir sa trajectoire et éviter les chutes.
PÉDALE : Support sur lequel le coureur appuie pour transmettre son effort au pédalier. Par extension, désigne le geste de pédaler. On parle de « pédale douce » pour un effort modéré ou de « pédale dure » pour l'attaque. Interface homme-machine. La pédale est le point de départ de la puissance. L'image est celle de la pression constante. Les pédales automatiques modernes permettent de « faire corps » avec le vélo pour un rendement total. Usage en Course : Avoir « la bonne pédale » signifie être en forme. C'est le ressenti immédiat de la facilité à faire tourner les manivelles malgré la résistance de la route ou de la pente.
PÉDALE LOURDE : Sensation de manque de fluidité dans le pédalage, souvent due à une fatigue musculaire importante ou à l'utilisation d'un braquet trop grand par rapport à ses capacités du moment. L'image de l'enlisement. Le coureur a l'impression d'appuyer sur du plomb. Le mouvement n'est plus circulaire mais heurté, signe que l'organisme lutte contre la machine plutôt que de collaborer avec elle. Usage en Course : Avoir la pédale lourde au pied d'un col est un mauvais présage. Cela oblige le coureur à changer de braquet pour retrouver de la souplesse, ou à subir les attaques de ses rivaux qui, eux, ont la pédale légère.
PÉDALER CARRÉ : Geste de pédalage manquant de souplesse et de circularité, signe d'une fatigue extrême. Le coureur appuie par saccades au lieu de maintenir un mouvement fluide sur 360 degrés. L'image de la rupture de rythme. Le cercle parfait devient un polygone heurté. C'est la manifestation physique de l'agonie du cycliste qui n'arrive plus à coordonner ses muscles pour une efficacité optimale. Usage en Course : Voir un adversaire pédaler carré est un signal tactique : il est à bout de forces. C'est le moment idéal pour accélérer, car l'effort supplémentaire requis pour combler un trou sera impossible pour quelqu'un dont le geste est ainsi dégradé.
PÉDALER DANS LE VIDE : Utiliser un braquet beaucoup trop petit par rapport à la vitesse, ou plus métaphoriquement, fournir un effort intense qui ne produit aucun résultat tactique ou qui n'est pas récompensé par une avance réelle. L'image de la perte de contact avec la réalité. Le coureur s'agite mais n'avance pas, ou n'avance plus par rapport aux autres. C'est le sentiment de l'inutilité de l'effort face à une adversité trop forte ou une erreur de matériel. Usage en Course : Pédaler dans le vide après un saut de chaîne peut faire paniquer le coureur. Tactiquement, s'échapper seul contre un peloton lancé à 60 km/h est aussi une forme de « pédalage dans le vide » qui épuise pour rien.
PÉDALER EN DANSEUSE : Voir « Danseuse ». Se lever de la selle pour utiliser son poids. Image de puissance et de rythme. C'est le geste esthétique par excellence, transformant le cycliste en un danseur aérien qui semble défier la gravité dans les pentes les plus raides. Usage en Course : On pédale en danseuse pour relancer après un virage ou pour porter une attaque tranchante. C'est une position qui demande un bon gainage et une coordination parfaite entre les bras et les jambes pour être efficace.
PELOTON : Le groupe principal de coureurs. Sa force réside dans sa masse, qui offre une protection aérodynamique immense. C'est un organisme vivant qui s'étire, se contracte et réagit aux événements de la course. Dérivé de « pelote ». L'image est celle d'une masse compacte et mouvante. Le peloton a ses propres règles de sécurité, ses codes d'honneur et sa hiérarchie interne, dictée par les grands leaders et les anciens. Usage en Course : Rester dans le peloton permet d'économiser jusqu'à 40 % d'énergie. Cependant, il faut savoir y naviguer pour ne pas être piégé par une chute ou une cassure. Le placement dans le premier tiers est la règle d'or des champions.
PELOTONNER : Action pour un coureur de rester bien caché au cœur du peloton, cherchant l'abri maximal et refusant toute exposition au vent. C'est la gestion d'économie poussée à son extrême. L'image de se mettre en boule, de se protéger. Se pelotonner suggère un refus du combat direct au profit d'une attente calculée. Le coureur devient invisible, se fondant dans la masse colorée du groupe. Usage en Course : Se pelotonner toute la journée est la stratégie des sprinteurs. Ils ne doivent pas dépenser un gramme d'énergie avant les 500 derniers mètres, se laissant porter par le flux du groupe jusqu'à l'emballage final.
PELOUSE : Terme argotique désignant parfois le bas-côté herbeux de la route où les coureurs se réfugient pour éviter un obstacle ou une chute, ou pour trouver un terrain un peu plus souple que le bitume rugueux. L'image de la verdure et de la sortie de route. « Aller à la pelouse » peut signifier une chute sans gravité dans l'herbe, ou une manœuvre désespérée pour doubler le peloton par l'extérieur sur un terrain non carrossable. Usage en Course : Les commissaires interdisent formellement de rouler sur la pelouse ou les trottoirs pour gagner des places. Les coureurs qui enfreignent cette règle s'exposent à des sanctions, car cela fausse la sécurité et l'équité de la compétition.
PENDULE : On dit d'un coureur qu'il « a la pendule dans les jambes » lorsqu'il possède une régularité de pédalage et une notion du temps exceptionnelles, idéal pour les contre-la-montre. L'image de la précision chronométrique. Le coureur-pendule ne varie jamais son allure ; il sait exactement à quelle vitesse il roule sans avoir besoin de regarder son compteur, calant son effort sur sa respiration. Usage en Course : Le pendule est le maître du tempo. Dans une échappée, c'est lui qui assure les relais les plus réguliers, stabilisant l'avance du groupe face au peloton par une gestion froide et mathématique de l'effort.
PERCHE : Coureur très grand et sec, doté de longs segments. Sa morphologie lui donne un avantage aérodynamique sur le plat (dos très plat) mais peut le pénaliser dans les relances nerveuses ou les virages serrés. L'image de la hauteur et de la finesse. La « perche » dépasse tout le monde dans le peloton. Son style est souvent moins nerveux que celui des petits gabarits, mais sa puissance sur le long cours est redoutable. Usage en Course : Les perches sont souvent d'excellents rouleurs ou des équipiers de luxe pour protéger un leader du vent. Leur grand dos offre un abri royal à ceux qui parviennent à rester calés dans leur sillage.
PERCHERON : Coureur massif et extrêmement puissant, capable de tirer des braquets énormes pendant des heures. C'est l'image du travailleur infatigable, pilier de la force collective d'une équipe. Référence au cheval de trait français. L'image souligne la robustesse et la puissance tranquille. Le percheron n'est pas là pour faire des étincelles, mais pour broyer le bitume et le vent avec une constance herculéenne. Usage en Course : Le percheron est l'homme que l'on place en tête de peloton dès le début de l'étape. Il dicte un rythme soutenu qui décourage les attaquants et rassure son leader par sa présence solide et immuable.
PERMUTATION : Action de changer de position au sein d'un groupe ou d'une échappée pour assurer les relais. C'est la base de la collaboration tactique pour maintenir une vitesse élevée. L'image de la rotation. La permutation doit être fluide pour ne pas casser le rythme. On passe de la tête au sillage, puis on remonte, créant un mouvement perpétuel qui optimise l'énergie de chacun. Usage en Course : Si la permutation est mauvaise, l'échappée perd du terrain. Les coureurs doivent s'entendre sur la durée de chaque relais (permutation courte ou longue) selon le vent et la fraîcheur de chacun pour rester efficaces face au peloton.
PICOLE : Terme argotique ancien désignant le ravitaillement liquide, souvent associé à une époque où les coureurs consommaient des boissons alcoolisées (vin, bière) pour oublier la douleur ou se donner du courage. Registre populaire de la boisson. L'image rappelle un cyclisme héroïque et un peu trouble, où la diététique était inexistante et où l'on soignait la soif par des moyens aujourd'hui impensables. Usage en Course : La « picole » a laissé place aux boissons isotoniques et aux gels. Cependant, dans les critériums d'après-Tour, le terme survit parfois pour désigner le moment de convivialité avec le public après l'effort.
PIERROT : Terme d'argot désignant un coureur au visage très pâle lors de l'effort, souvent signe d'un début de malaise, d'une anémie ou d'un épuisement total des réserves de glycogène. Référence au personnage de la commedia dell'arte au visage poudré de blanc. L'image est inquiétante : le coureur semble vidé de son sang, son regard est hagard, annonçant une défaillance imminente ou un abandon. Usage en Course : Voir un leader devenir « Pierrot » inquiète son directeur sportif. Il faut immédiatement lui apporter du sucre et de l'eau, et tenter de le protéger au maximum en attendant qu'il retrouve des couleurs et des forces.
PIGEON : Coureur qui se laisse abuser par la tactique de ses adversaires, faisant tout le travail dans une échappée pour finalement se faire battre par ceux qu'il a transportés. C'est le dindon de la farce tactique. L'image de la naïveté et de la duperie. Le pigeon est trop généreux ou pas assez lucide. Il croit en la collaboration loyale alors que ses compagnons de route préparent déjà son exécution finale dans le dernier kilomètre. Usage en Course : Ne pas être le pigeon est la règle d'or d'une échappée. Il faut savoir "compter ses coups de pédale" et exiger que chacun prenne ses responsabilités, sous peine de se faire voler une victoire qui semblait acquise par l'effort produit.
PINÇON : Type de crevaison causée par un choc brutal (trou, trottoir) qui vient pincer la chambre à air entre la jante et le pneu, créant deux petites entailles caractéristiques. L'image de la morsure. Le pinçon est la hantise du coureur car il est soudain et souvent dû à une inattention ou à une mauvaise qualité de route. Il nécessite un changement de roue immédiat. Usage en Course : Pour éviter le pinçon, les coureurs gonflent leurs pneus à des pressions précises et tentent de rester souples sur leur machine lors du passage sur des obstacles, "allégeant" le vélo par un petit saut réflexe.
PIPE : Désigne un coureur dont la performance est médiocre ou qui est totalement hors de forme. « C'est une pipe » est une insulte soulignant l'incapacité de l'athlète à tenir son rang dans le peloton. Image de la futilité et de la faiblesse. La pipe suggère quelqu'un qui ne fait que de la fumée, sans aucune substance réelle derrière ses prétentions. C'est le contraire du coureur solide et respecté. Usage en Course : Un favori qui se fait lâcher dès la première côte est traité de pipe par les observateurs cruels. C'est le constat d'un échec de préparation ou d'une méforme profonde qui condamne le coureur à l'anonymat.
PISTON : Métaphore des jambes du cycliste. On dit d'un coureur qu'il a « de bons pistons » lorsqu'il pédale avec une puissance et une régularité impressionnantes, rappelant la mécanique d'un moteur à explosion. L'image de la bielle et du mouvement alternatif. Le piston suggère une force irrésistible et une cadence maîtrisée. C'est le symbole de l'efficacité mécanique du corps humain transformé en propulseur. Usage en Course : Voir les pistons d'un grand rouleur en action est un spectacle de force pure. Rien ne semble pouvoir perturber le va-et-vient régulier des jambes qui broient le braquet pour maintenir une vitesse de croisière inhumaine.
PLACOTEUX : Qualifie un terrain ou une route en mauvais état, parsemée de trous, de rustines de bitume ou de gravillons, rendant la progression inconfortable et piégeuse pour le matériel. Terme peut-être issu d'un patois local évoquant des plaques ou des irrégularités. L'image est celle d'une surface « bricolée », indigne d'une course professionnelle et source de nervosité permanente dans le peloton. Usage en Course : Sur un terrain placoteux, le risque de crevaison et de chute augmente. Les coureurs doivent rester attentifs, les mains fermes sur le guidon, pour compenser les soubresauts du vélo provoqués par les imperfections de la chaussée.
PLANCHE : Voir « À la planche ». Désigne aussi une section de route parfaitement plate, ou ironiquement, une pente si raide qu'on a l'impression de buter contre une planche de bois verticale. L'image de la rigidité et de la platitude. Une planche est un terrain où l'aspiration joue un rôle majeur et où la vitesse moyenne est très élevée, ne laissant aucun répit aux coureurs isolés. Usage en Course : « C'est la planche » dit-on d'une étape de 200 kilomètres sans la moindre bosse. C'est une épreuve de patience et de placement, où l'on attend l'emballage final pour voir enfin de l'action après des heures de monotonie.
PLANQUÉ : Coureur qui refuse de prendre ses relais et reste systématiquement à l'abri dans les roues. C'est une tactique d'économie d'énergie poussée à l'excès, souvent dénoncée par ses compagnons d'échappée. L'image de la cachette. Le planqué profite du travail des autres sans jamais s'exposer. C'est un comportement jugé antisportif s'il ne répond pas à une consigne d'équipe stricte (protéger un leader derrière). Usage en Course : Un planqué peut se faire exclure d'une échappée si ses partenaires décident d'attaquer à tour de rôle pour le distancer. La solidarité dans l'effort est la base de la réussite d'un groupe de fuyards.
PLAT PAYS : Référence aux régions sans relief (Belgique, Pays-Bas, Nord de la France). C'est le royaume du vent, des bordures et des spécialistes de la puissance pure sur le plat. Immortalisé par Jacques Brel. L'image est celle de l'horizon infini, où le ciel semble peser sur la route. Le seul obstacle est invisible : c'est le vent qui sculpte la course et crée des écarts invisibles. Usage en Course : Dans le plat pays, la tactique est différente. On ne gagne pas par la montagne mais par la science du vent. Savoir se placer par rapport aux rafales de côté est la condition sine qua non pour ne pas se retrouver « dans la bordure ».
PLOUF : Terme onomatopéique désignant une chute dans l'eau (fossé inondé, rivière) ou, de manière plus imagée, un coureur qui s'effondre totalement sans que personne ne s'y attende, comme s'il sombrait. L'image du naufrage. C'est la fin brutale des ambitions du jour. Le coureur « fait plouf » quand ses forces l'abandonnent d'un coup, le laissant incapable de suivre le rythme le plus modeste. Usage en Course : On a vu des coureurs rater un virage et faire « plouf » dans un canal. Au-delà du côté tragi-comique, c'est un incident qui marque la fin de l'étape et nécessite une assistance rapide pour sortir l'athlète et sa machine de l'eau.
PLUME : Un grimpeur poids plume. Désigne un coureur extrêmement léger qui semble ne pas subir la gravité dans les montées les plus sévères. Son style est aérien et gracile. L'image de la légèreté absolue. La plume ne pèse rien et se laisse porter par les courants ascendants. Le coureur-plume survole les cols là où les autres s'écrasent, emmenant de petits braquets avec une agilité fascinante. Usage en Course : Les plumes sont les rois des cimes. Dès que la pente dépasse les 10 %, ils s'envolent. Cependant, ils sont souvent en difficulté dans les descentes ou par grand vent de face, où leur manque d'inertie devient un handicap.
PNEUMATIQUE : L'enveloppe de caoutchouc assurant le contact entre le vélo et la route. Le choix du pneu (section, pression, carcasse) est un compromis complexe entre adhérence, rendement et résistance aux crevaisons. Terme technique. Le pneumatique est le poumon de la machine ; il absorbe les chocs et garantit la transmission de la force. Un pneu « mou » ralentit, un pneu trop gonflé fait rebondir et perdre de l'adhérence. Usage en Course : Les coureurs adaptent leurs pneumatiques au terrain. Pour Paris-Roubaix, on utilise des sections larges (28-30 mm) à basse pression, tandis que pour un contre-la-montre sur billard, on privilégie la finesse et la haute pression.
POINTE : La pointe de vitesse. Capacité d'un coureur à produire une accélération maximale et une vitesse de pointe très élevée lors d'un sprint final ou pour boucher un trou. L'image de la percussion. La pointe est l'arme fatale du sprinteur. Elle ne s'exprime que sur quelques secondes, mais elle fait la différence entre la victoire et la défaite dans les derniers hectomètres. Usage en Course : Avoir une bonne pointe de vitesse permet de gagner même si l'on n'est pas le plus fort physiquement sur l'ensemble de la course. Il suffit de rester caché jusqu'aux 200 derniers mètres et de laisser parler sa pointe pour s'imposer.
POIRE : Surnom donné à un coureur naïf ou trop généreux qui se laisse systématiquement piéger par les ruses tactiques de ses adversaires. C'est une variante du « pigeon ». L'image du fruit facile à cueillir. La poire ne voit pas venir le coup fourré. Elle travaille pour les autres, emmène les sprinteurs sur un plateau et finit par se faire doubler à 50 mètres de la ligne sans avoir compris l'astuce. Usage en Course : « Ne fais pas la poire ! » crie le directeur sportif dans l'oreillette. Il faut savoir ruser, bluffer et laisser les autres prendre leurs responsabilités pour espérer l'emporter dans un final tactiquement serré.
POIREAU : Terme moqueur pour désigner un coureur débutant ou maladroit qui reste « planté » là au milieu du peloton, incapable de réagir aux mouvements de course ou de tenir sa ligne dans un virage. L'image du légume enraciné. Le poireau est passif, il subit l'action au lieu de la créer. C'est le cycliste qui regarde le train passer sans jamais tenter de monter dedans, faute de réflexes ou de talent. Usage en Course : Le peloton n'aime pas les poireaux car ils sont imprévisibles et dangereux. On les écarte poliment mais fermement de la tête de groupe pour s'assurer que les manœuvres importantes se déroulent entre coureurs expérimentés.
POIRIER : Désigne un coureur qui chute la tête la première ou qui bascule par-dessus son guidon (faire un soleil). C'est une chute spectaculaire et souvent dangereuse pour les cervicales. L'image de la position d'équilibre inversée. Le coureur semble un instant vouloir tenir sur ses mains avant de s'écraser au sol. C'est le résultat d'un blocage brusque de la roue avant ou d'un choc frontal. Usage en Course : On voit des poiriers lors de freinages d'urgence ou de percussions contre un obstacle urbain. Le port du casque est ici vital, car l'impact est direct et violent, transformant une erreur de trajectoire en un accident grave.
POLICEMAN : Terme ancien désignant l'équipier chargé de surveiller un adversaire direct, le suivant comme son ombre pour l'empêcher de s'échapper ou pour signaler ses moindres faits et gestes à son leader. L'image de l'autorité et de la surveillance. Le policeman ne court pas pour lui, il court « contre » quelqu'un. Sa mission est purement défensive et psychologique, visant à étouffer toute velléité offensive du rival marqué. Usage en Course : Aujourd'hui, on parle de "marquage à la culotte". Le policeman reste collé à la roue arrière de sa cible, le privant de toute liberté d'action et l'obligeant à un duel de nerfs permanent tout au long de l'étape.
POLOCHON : Terme argotique désignant un coureur manquant de fermeté musculaire, un peu trop enrobé ou manquant de condition physique. Par extension, se dit d'un matériel trop souple qui manque de rendement. L'image de l'oreiller mou et sans ressort. Le polochon n'a pas de répondant physique. Il subit les accélérations sans pouvoir réagir, s'écrasant sur son vélo au lieu de le faire avancer avec nervosité. Usage en Course : Arriver sur une course avec un physique de polochon est le signe d'une préparation ratée. Le coureur se fera vite écarter lors des premières difficultés, incapable de rivaliser avec les athlètes affûtés et secs du haut niveau.
POMPIER : Coureur qui vient « éteindre le feu », c'est-à-dire qui roule en tête de peloton pour annuler une échappée dangereuse ou pour calmer les ardeurs d'un groupe d'attaquants. L'image de celui qui sauve la situation critique. Le pompier agit dans l'urgence pour préserver les intérêts de son leader. C'est un rôle de régulateur, essentiel pour garder le contrôle sur le scénario de la course. Usage en Course : Une équipe de favori envoie ses pompiers dès qu'un coureur dangereux au général tente de s'isoler. Ils imposent une allure de poursuite implacable jusqu'à ce que l'incendie tactique soit totalement maîtrisé.
PONT : « Faire le pont » consiste à s'extraire du peloton pour rejoindre une échappée située devant. C'est un effort solitaire intense, servant de trait d'union entre deux groupes de course. L'image de la liaison au-dessus du vide. Faire le pont demande une science du timing : il faut sortir au bon moment et posséder assez de force pour combler l'écart avant que l'échappée n'accélère trop. Usage en Course : Réussir à faire le pont est une preuve de grande forme. Le coureur rejoint la tête de course, souvent accueilli avec soulagement par les fuyards qui voient arriver un renfort de poids pour collaborer contre le peloton.
PONT SUSPENDU : Situation où un coureur est intercalé entre deux groupes sans parvenir à rejoindre celui de devant, restant « suspendu » au milieu de nulle part. C'est une variante prolongée et douloureuse du chasse-patate. L'image de la précarité et de l'isolement. Le coureur est dans le vide, sans l'abri du peloton ni le bénéfice de l'échappée. Il subit le vent et la fatigue, suspendu à un espoir de jonction qui s'amenuise à chaque kilomètre. Usage en Course : Rester en pont suspendu trop longtemps est une erreur fatale. Soit on produit l'effort ultime pour rentrer, soit on se laisse reprendre. L'entre-deux est la pire des options, garantissant un épuisement inutile.
POPCORN : On dit d'un peloton qu'il « fait popcorn » lorsqu'il explose sous l'effet d'une accélération brutale ou d'une pente très raide. Les coureurs sautent un par un comme des grains de maïs qui éclatent. Métaphore visuelle du désordre et de la rupture soudaine. L'image souligne l'aspect inéluctable et désordonné de la défaillance collective face à un rythme trop élevé pour la majorité des athlètes. Usage en Course : Sur les pentes du Galibier, quand les leaders s'expliquent, le peloton fait popcorn. Les équipiers s'écartent brusquement, les sprinteurs lâchent prise, et il ne reste bientôt plus qu'une poignée de champions au milieu du chaos.
PORTE-BONHEUR : Objet ou rituel fétiche d'un coureur (médaille, photo, chaussettes spécifiques) censé lui apporter la chance et le protéger des chutes. Dans un sport aussi aléatoire, le facteur psychologique est primordial. L'image de la superstition face à l'adversité. Le porte-bonheur rassure l'athlète avant le combat. C'est une béquille mentale qui permet de se concentrer sur l'effort en évacuant la peur de l'accident ou de la méforme. Usage en Course : Certains coureurs ne prendraient jamais le départ sans leur porte-bonheur. C'est un élément intime de leur préparation, témoignant de la part d'humanité et de fragilité qui subsiste chez ces surhommes de la route.
PORTE-FLINGUE : L'équipier le plus agressif et protecteur, chargé de répondre à toutes les attaques adverses pour protéger son leader. C'est le bras armé de l'équipe sur le terrain, celui qui fait le "sale boulot". Terme de film noir désignant le garde du corps armé. L'image souligne la rudesse et le dévouement. Le porte-flingue ne fait pas de quartier : il harcèle les rivaux, ferme les trous et s'impose physiquement dans le peloton. Usage en Course : Avoir un porte-flingue fidèle permet au leader de rester serein. Il sait que toute velléité ennemie sera immédiatement étouffée par son lieutenant, lui permettant de ne se consacrer qu'à son propre effort final.
PORTEUR D'EAU : Surnom classique donné aux équipiers, autrefois utilisé de manière un peu dédaigneuse (ex: par Anquetil ou Hinault). Désigne celui qui sacrifie ses chances pour ravitailler ses leaders. L'image de la survie en milieu hostile. Dans les grands tours sous la canicule, l'eau est la ressource la plus précieuse. Le porteur d'eau est celui qui assure la vie physiologique du groupe, un rôle vital bien que modeste. Usage en Course : Être un grand porteur d'eau demande une force physique réelle. Il faut être capable de faire des allers-retours entre le peloton et la voiture d'assistance, même quand la course est lancée à pleine vitesse.
PORTEUR DE BIDONS : Version moderne et plus technique du porteur d'eau. Désigne l'équipier chargé de descendre à la voiture du directeur sportif pour récupérer les bidons frais pour toute l'équipe. Voir « Nourrice ». L'image est celle du va-et-vient logistique. C'est une tâche périlleuse qui oblige le coureur à quitter l'abri du peloton pour remonter ensuite avec un poids supplémentaire non négligeable. Usage en Course : On désigne souvent un néo-pro pour cette tâche. Cela lui permet d'apprendre à se déplacer dans le peloton et à gérer les ordres radio, tout en se mettant au service de ses aînés plus expérimentés.
PORTEUR : Terme général pour un équipier chargé de transporter le matériel ou le ravitaillement. Voir « Porteur d'eau » ou « Porteur de bidons ». L'image du service et de la logistique. Le porteur est le garant de la fluidité de la course pour ses chefs de file. C'est une fonction essentielle dans la structure hiérarchique d'une équipe professionnelle. Usage en Course : Le porteur doit être capable de naviguer avec agilité dans le peloton malgré sa cargaison. Sa mission s'arrête souvent avant le final, une fois qu'il a assuré que ses leaders disposent de tout le nécessaire pour vaincre.
POSITION AÉRODYNAMIQUE : Posture visant à réduire au maximum la résistance de l'air. Le coureur se fait le plus petit possible, les coudes serrés, le dos plat, souvent les mains au creux du cintre ou sur les prolongateurs. L'image de la pénétration dans l'air. C'est la recherche de la vitesse gratuite. Une bonne position aérodynamique permet de gagner plusieurs kilomètres-heure pour la même puissance développée, un atout majeur en contre-la-montre. Usage en Course : Dans les descentes de cols, les coureurs adoptent des positions aérodynamiques extrêmes (parfois dangereuses) pour gagner du temps. Sur le plat, c'est la clé pour résister au retour d'un peloton lancé à vive allure.
POSITION : La posture du coureur sur son vélo. Une bonne position est le résultat d'une étude biomécanique visant à optimiser le confort, l'aérodynamisme et la transmission de puissance. L'image de l'harmonie homme-machine. La position « sur le vélo » définit le style d'un coureur. On parle de position "basse" pour la vitesse ou de position "reculée" pour la puissance en montagne. Usage en Course : Maintenir sa position malgré la fatigue est le signe d'un grand champion. Dès que le coureur commence à "bouger" sur sa selle ou à se déhancher, c'est le signal que la forme décline et que l'efficacité du pédalage diminue.
POSTIER : Terme argotique désignant un coureur qui effectue ses relais avec une régularité et une conscience professionnelle sans faille, livrant son effort comme un postier livre son courrier. L'image du service public et de la fiabilité. Le postier ne triche pas, il ne saute pas son tour. On peut compter sur lui pour maintenir le rythme de l'échappée sans jamais faiblir ni ruser tactiquement. Usage en Course : Avoir deux ou trois « postiers » dans une échappée est la garantie d'une collaboration efficace. Ils assurent la base de la vitesse, permettant aux leaders de se concentrer sur les moments stratégiques de la fin de course.
POT BELGE : Cocktail dopant artisanal tristement célèbre, mélangeant amphétamines, analgésiques, héroïne et parfois cocaïne. C'est le symbole des dérives les plus sombres et dangereuses du cyclisme d'autrefois. L'image d'un mélange explosif et mortel. Le nom provient des vélodromes et kermesses de Belgique où ce breuvage circulait sous le manteau. C'est l'antithèse de l'éthique sportive, une "potion magique" aux conséquences souvent tragiques. Usage en Course : Historiquement, le pot belge permettait de surmonter la douleur et la fatigue de manière artificielle et violente. Son usage, aujourd'hui durement combattu et sanctionné, reste une cicatrice dans l'histoire de la Petite Reine.
POT : La chance ou le destin en course. On dit d'un coureur qu'il a « du pot » s'il évite une chute de justesse ou s'il profite d'un événement imprévu pour s'imposer. Registre familier de la chance. L'image est celle de la réussite inespérée. Dans un sport aussi complexe, le « pot » est souvent le complément indispensable du talent et de la force pour remporter de grandes victoires. Usage en Course : Avoir du pot permet parfois de gagner une course qu'on aurait dû perdre. Une crevaison du rival direct dans le dernier kilomètre ou une erreur de parcours du peloton sont des coups de pot qui marquent l'histoire du cyclisme.
POULET : Surnom donné à un coureur au style un peu heurté, aux jambes nerveuses et agitées, ou de manière plus spécifique, à certains champions (ex: Michael Rasmussen, le « poulet de chez Rabobank »). L'image de la nervosité et de la légèreté. Le poulet est un grimpeur sec, capable de bonds rapides mais manquant parfois de stabilité sur sa machine. C'est le profil de l'attaquant de montagne imprévisible. Usage en Course : Le poulet s'envole dès que la route s'élève. Ses attaques sont souvent désordonnées mais efficaces, jouant sur son faible poids et sa capacité à multiplier les changements de rythme pour épuiser ses rivaux.
POULICHE : Terme affectueux pour une jeune coureuse talentueuse ou un jeune coureur plein de promesses qui semble galoper sur son vélo avec une aisance naturelle et une grande élégance. Registre équestre (jeune jument). L'image souligne la grâce, la jeunesse et le potentiel de croissance. La pouliche est celle sur laquelle on mise pour l'avenir, dont on polit le talent au fil des courses de formation. Usage en Course : Voir une pouliche s'imposer avec autorité face à des concurrentes expérimentées est le signe d'un futur radieux. On surveille son évolution avec attention, car elle possède cette fluidité de mouvement qui caractérise les plus grands.
POUMON : La capacité respiratoire du coureur. Avoir « du poumon » est essentiel pour l'apport en oxygène lors d'efforts aérobies prolongés. C'est le moteur interne qui conditionne la performance en altitude. Organe vital de l'endurance. L'image est celle de l'aspiration et de la soufflerie. Un coureur doté de grands poumons peut absorber et traiter plus d'oxygène, retardant l'arrivée de l'acide lactique dans les muscles. Usage en Course : En haute montagne, avoir du poumon fait la différence. Quand l'air se raréfie au-dessus de 2000 mètres, ceux qui possèdent une capacité pulmonaire supérieure conservent une lucidité et une force que les autres perdent rapidement.
POUPE : On dit qu'un coureur a le « vent en poupe » lorsqu'il bénéficie d'un vent arrière favorable ou qu'il traverse une période de réussite et de forme exceptionnelle où tout lui réussit. Terme marin désignant l'arrière du navire. L'image est celle de la propulsion naturelle. Le vent en poupe facilite la vitesse et donne au coureur l'impression de voler sur la route avec un minimum d'effort. Usage en Course : Profiter du vent en poupe pour lancer une attaque lointaine est une tactique payante. La vitesse est telle qu'il est très difficile pour le peloton de réagir et de boucher l'écart sans se mettre totalement dans le rouge.
PRÉDATOR : Surnom donné à un coureur extrêmement agressif, capable de traquer ses adversaires et de les éliminer un par un par sa supériorité physique et mentale. C'est le tueur des finals de course. L'image du chasseur ultime. Le prédator ne laisse aucune chance. Il repère la moindre faille chez son rival et frappe avec une précision et une violence qui interdisent toute réplique. Usage en Course : Un prédator surveille la tête de peloton. Il n'a pas besoin d'équipiers pour s'imposer ; il utilise le travail des autres pour se placer et porte son estocade dans les 500 derniers mètres, s'imposant par pur instinct de victoire.
PRÉPA : L'ensemble de la préparation physique, nutritionnelle et mentale avant une épreuve majeure. Une bonne « prépa » est la clé du succès dans le cyclisme moderne ultra-planifié. Diminutif de préparation. L'image est celle de la construction invisible de la victoire. La prépa se passe loin des caméras, dans les stages en altitude ou sur les routes d'entraînement solitaires, mois après mois. Usage en Course : Si un favori échoue, on remet souvent en cause sa prépa. Avait-il trop ou pas assez roulé ? S'était-il bien acclimaté à la chaleur ? C'est le socle sur lequel repose toute la performance du jour J.
PRESSING : Action pour une équipe de maintenir une pression constante sur le peloton par une allure élevée ou des attaques répétées, afin de fatiguer un leader adverse ou de forcer une erreur tactique. Emprunté aux sports collectifs. L'image est celle de l'étouffement. Le pressing cycliste vise à priver l'adversaire de tout moment de repos ou de ravitaillement, l'obligeant à être en réaction permanente jusqu'à l'explosion. Usage en Course : Faire le pressing en tête de peloton avant une section de pavés ou une descente technique permet de créer une tension nerveuse. Les coureurs mal placés paniquent et commettent des erreurs qui peuvent profiter à l'équipe attaquante.
PRIME DE COMBATIVITÉ : Récompense spécifique pour le coureur ayant fait preuve du plus grand panache lors d'une étape. Voir « Combativité ». L'image de la vaillance. C'est la seule prime qui ne juge pas le résultat, mais la manière. Elle couronne l'esprit du cyclisme : l'offensive permanente et le refus de la résignation. Usage en Course : Gagner la prime de combativité est un honneur qui sauve parfois une journée ratée. Le coureur monte sur le podium et reçoit un dossard distinctif pour le lendemain, signalant sa valeur morale à tout le peloton.
PRIME : Récompense financière attribuée lors de sprints intermédiaires ou aux premiers coureurs franchissant certains points de passage (sommets, villages). Elles animent la course et récompensent les baroudeurs. L'image du bonus sonnant et trébuchant. Historiquement, les primes permettaient aux coureurs modestes de gagner leur vie sur les épreuves locales. C'est le sel des échappées matinales et des kermesses. Usage en Course : La lutte pour une « grosse prime » peut provoquer une attaque inattendue. Les coureurs se livrent un sprint acharné pour quelques centaines d'euros, apportant du spectacle là où la course pourrait être monotone.
PRIMO : Désigne le fait d'arriver premier ou de lancer l'action initiale. C'est aussi le prénom de champions célèbres (ex: Primož Roglič) qui dominent les courses par étapes par leur force et leur régularité. Latin pour « premier ». L'image est celle de la priorité et de la domination. Être « primo », c'est être celui qui ouvre la voie et qui impose son tempo aux autres dès les premiers instants de la bagarre. Usage en Course : Arriver primo au sommet d'un col mythique assure une place dans la légende de l'épreuve. C'est l'objectif ultime de toute la stratégie d'équipe mise en place depuis le départ de la course.
PROCURATION : Courir par procuration signifie qu'un leader compte sur ses équipiers pour effectuer tout le travail de contrôle et de poursuite à sa place, ne se montrant que pour conclure victorieusement. L'image du pouvoir délégué. Le leader agit à travers les jambes de ses hommes. C'est une marque de puissance collective mais aussi une dépendance : si les équipiers faiblissent, le leader se retrouve nu face au vent. Usage en Course : Un grand champion gagne souvent par procuration durant les étapes de plaine. Ses hommes le protègent, le placent, et lui permettent d'aborder le sprint final avec une fraîcheur que ses rivaux isolés n'ont plus.
PROFONDEUR : Désigne la richesse de l'effectif d'une équipe (avoir plusieurs leaders ou équipiers de haut niveau) ou, sur le plan technique, la dimension du profil d'une jante. L'image de l'épaisseur et de la réserve. Une équipe dotée de « profondeur » est plus difficile à battre car elle peut varier ses cartes tactiques, lançant plusieurs attaques différentes pour épuiser ses adversaires. Usage en Course : La profondeur d'une équipe se voit en montagne. S'il reste encore quatre coureurs du même maillot dans le groupe de tête alors que les autres leaders sont isolés, la supériorité tactique devient écrasante et quasi irrésistible.
PROMENADE : Désigne ironiquement une étape courue à une allure anormalement lente par le peloton, souvent par décision tacite des coureurs pour protester ou pour récupérer d'un effort la veille. L'image de la flânerie touristique. La promenade cycliste est l'antithèse de la compétition. Les coureurs discutent, rigolent, et le public reste sur sa faim devant ce manque apparent de combativité. Usage en Course : Une « promenade » peut soudainement se transformer en une guerre totale si une équipe décide de briser la trêve. C'est le calme avant la tempête, un moment de tension larvée où tout le monde attend l'étincelle qui rallumera la bagarre.
PROPULSION : La force motrice générée par le coureur et transmise à la route par la roue arrière. On parle de propulsion exceptionnelle pour désigner un démarrage foudroyant. Registre mécanique et spatial. L'image est celle de la poussée. Une bonne propulsion dépend de la rigidité du cadre et de la puissance explosive des muscles fessiers et des quadriceps du cycliste. Usage en Course : La propulsion fait la différence lors des sprints courts ou des relances en sortie de virage. Le coureur qui possède la meilleure propulsion prend immédiatement deux mètres d'avance, un écart souvent définitif dans le final d'une course.
POUPE : Dans la quête obsessionnelle de l'aérodynamisme, la « poupe » désigne la partie arrière de la silhouette du coureur ou de son matériel. Les ingénieurs en soufflerie étudient la traînée de poupe pour minimiser les turbulences qui freinent la progression. Un coureur capable de maintenir une ligne de poupe stable, sans mouvements parasites du bassin, optimise l'écoulement laminaire de l'air. Historiquement, l'apparition des cadres profilés et des tiges de selle en forme de goutte d'eau visait à affiner cette poupe pour réduire le coefficient de pénétration (Cx), offrant un avantage marginal mais crucial lors des épreuves de contre-la-montre.
PRÉDATOR : Inspiré par l’image du chasseur implacable, le « Prédator » qualifie un coureur au tempérament agressif, capable d'observer ses rivaux pendant des heures avant de porter une estocade fatale. Ce terme souligne une dimension psychologique du peloton : l'intimidation par le regard et la posture. Un Prédator ne gaspille jamais ses watts ; il attend que le taux d'acide lactique de ses adversaires atteigne son paroxysme pour surgir. Sur le plan physiologique, ce profil dispose souvent d’une capacité de récupération anaérobie supérieure, lui permettant de multiplier les attaques violentes sans jamais paraître entamé par l’effort produit.
PRÉPA : La « prépa » est le diminutif sacré de la préparation physique et mentale. Elle s'étire sur des mois, incluant des stages en altitude (souvent à plus de 2000 mètres pour stimuler l'érythropoïèse) et une planification rigoureuse des charges d'entraînement. Une prépa réussie permet d'atteindre le « pic de forme » au moment souhaité, optimisant le rapport poids/puissance et la VO2 max. Elle englobe également la diététique et l'étude millimétrée des parcours. Dans le cyclisme moderne, la prépa ne laisse plus de place au hasard, remplaçant les intuitions d'autrefois par des algorithmes de puissance et des suivis biologiques pointus.
PRESSING — [Catégorie : Tactique] Emprunté au vocabulaire du football, le « pressing » en cyclisme désigne une accélération soutenue et collective exercée par une équipe en tête de peloton. L'objectif est d'étouffer la concurrence en imposant un rythme tel que toute tentative de contre-attaque devient physiologiquement impossible. Le pressing fatigue les organismes, force les coureurs moins bien placés à subir l'effet élastique et prépare souvent le terrain pour une offensive du leader. C’est une guerre d’usure où la puissance de feu de l'équipe (les « watts » cumulés) sert de rouleau compresseur pour réduire le peloton à sa plus simple expression.
PRIME : La prime est une récompense financière attribuée lors de passages spécifiques (sommets, sprints intermédiaires) ou par des partenaires locaux. Historiquement, les primes étaient la sève des « critériums » de village, permettant aux coureurs de compléter leurs revenus. Dans les grands tours, la gestion des primes de combativité ou des sprints intermédiaires dicte souvent la formation des échappées matinales. Bien que symboliques pour les stars du peloton, elles restent un moteur essentiel pour les équipiers et les baroudeurs, récompensant le panache et l'exposition médiatique d'une marque sur les routes de France ou d'ailleurs.
PRIME DE COMBATIVITÉ : Distinction honorifique et pécuniaire, elle récompense le coureur ayant montré le plus d'audace au cours d'une étape. Ce n'est pas forcément le vainqueur qui l'obtient, mais celui qui a « animé » la course, multipliant les attaques ou passant de longs kilomètres seul en tête face au vent. Pour le lexicographe, c'est l'hommage du cyclisme à la panache. Tactiquement, viser la prime de combativité est une stratégie pour les équipes invitées cherchant à justifier leur présence. C'est le prix du courage pur, celui qui s'affranchit du calcul mathématique pour embrasser l'héroïsme de l'effort solitaire.
PRIMO : Le terme « Primo » est utilisé pour désigner le premier coureur d'une file ou d'un groupe, celui qui assume la charge du vent. Prendre le « primo » demande une puissance brute et une capacité à maintenir une trajectoire rectiligne malgré la fatigue. Dans la gestion d'un train de sprint, le primo est le premier wagon qui se sacrifie, lançant la machine à une vitesse avoisinant les 50 km/h avant de s'écarter. C'est un rôle ingrat mais fondamental : sans un primo solide pour casser l'air, le reste du groupe s'épuise prématurément derrière, perdant le bénéfice de l'aspiration aérodynamique.
PROCURATION : On dit qu'un coureur court « par procuration » lorsqu'il se glisse dans une échappée non pour gagner lui-même, mais pour servir de point d'appui ultérieur à son leader resté dans le peloton. C'est une manœuvre de haut vol tactique : le coureur s'économise à l'avant, attendant que son chef de file attaque et le rejoigne. Une fois réunis, le premier peut offrir ses dernières forces (un « pull » final) pour propulser le second vers la victoire. La procuration illustre la complexité des échecs sur deux roues, où l'intérêt individuel s'efface devant la stratégie globale de l'équipe.
PROFONDEUR : La profondeur fait référence à la dimension des jantes en carbone (souvent entre 30 et 80 mm). Une jante à grande profondeur améliore l'inertie et l'aérodynamisme à haute vitesse, mais rend le vélo plus sensible au vent latéral et plus lourd dans les ascensions. Le choix de la profondeur est un arbitrage technique constant entre gain de vitesse et maniabilité. Pour le lexicographe sportif, c'est aussi une mesure de l'effectif d'une équipe : avoir de la « profondeur » signifie posséder plusieurs coureurs capables de gagner, permettant de multiplier les cartes tactiques lors d'une classique ou d'un grand tour.
PROMENADE : Une « promenade » désigne une étape ou une portion de course effectuée à un rythme anormalement lent, souvent suite à une décision tacite du peloton de ne pas engager le combat (grève, conditions météo extrêmes ou fatigue accumulée). On parle de « promenade de santé » avec une pointe d'ironie, car même à 35 km/h de moyenne, l'effort reste réel. Cependant, historiquement, ces phases de neutralisation permettent de calmer les tensions nerveuses. Pour le public, c’est le calme avant la tempête ; pour les coureurs, c'est une opportunité rare de s'alimenter sereinement et d'échanger des nouvelles entre collègues.
PROPULSION : La propulsion est l'acte mécanique de transformer la force musculaire en mouvement rotatif. Elle dépend de la qualité du pédalage (le fameux « pédaler rond ») et du transfert d'énergie via la transmission. Une propulsion efficace minimise les pertes par frottement ou par déformation du cadre. Les coureurs cherchent une rigidité maximale du boîtier de pédalier pour que chaque watt produit par les quadriceps se traduise instantanément en accélération. C'est l'essence même de la relation homme-machine : une alchimie entre la puissance biologique (le moteur) et la précision mécanique de la chaîne et des pignons.
PROTÈGE-DENTS : Bien que rare, l'usage du protège-dents s'est développé chez certains sprinteurs ou descendeurs extrêmes. Au-delà de la protection en cas de chute, il est utilisé pour optimiser l'alignement de la mâchoire et réduire les tensions cervicales lors d'efforts violents. En serrant les dents de manière équilibrée, le coureur favoriserait une meilleure circulation sanguine et une posture plus symétrique, augmentant ainsi sa puissance de quelques points de pourcentage. C'est un exemple typique de la recherche des « gains marginaux » chère au cyclisme moderne, où chaque détail anatomique est scruté pour gagner une fraction de seconde.
PUITS : Le « puits » représente la réserve d’énergie psychophysiologique profonde d’un athlète. On dit d’un coureur qu’il doit « aller chercher au fond du puits » lorsqu'il dépasse ses limites physiologiques habituelles (le seuil de douleur). C’est un concept qui évoque la verticalité de l’épuisement : plus la course est longue, plus le puits semble profond. Tactiquement, la gestion du puits est l'art de ne pas basculer dans la zone rouge trop tôt. Un leader qui vide son puits à 20 kilomètres de l'arrivée risque la défaillance totale (la « fringale ») avant le sommet, faute de ressources pour le final.
PUITS SANS FOND : Cette expression qualifie un coureur dont l'endurance et la capacité de résistance semblent illimitées. Le « puits sans fond » est souvent un rouleur ou un grimpeur de fond, capable de supporter des charges lactiques phénoménales sans que sa cadence de pédalage ne fléchisse. Psychologiquement, affronter un tel adversaire est démoralisant, car il ne montre aucun signe de faiblesse, même sous les attaques les plus féroces. C'est l'image même de la résilience absolue, une machine biologique capable de recycler ses déchets métaboliques avec une efficacité qui défie la logique physiologique habituelle du peloton.
PULL : Le « pull » désigne l'action de se placer en tête pour fendre l'air, protégeant ainsi ceux qui suivent. Faire un « gros pull » signifie prendre un relais appuyé, souvent à plus de 450 watts, pour maintenir la vitesse du groupe. C'est la tâche première de l'équipier, le « porteur d'eau » qui se sacrifie pour son leader. Un pull efficace doit être régulier pour ne pas briser le rythme des coureurs en aspiration. Dans le jargon moderne, la qualité d'un pull se mesure par la capacité à maintenir une vitesse cible sans faire exploser le « train » de son équipe.
PUNCHEUR : Le puncheur est l'artiste des côtes courtes et brutales (les « bosses »). Doté d'une explosivité rare, il excelle sur des pentes à 15 % où il peut produire une puissance de plus de 1000 watts pendant 30 à 60 secondes. Contrairement au grimpeur qui préfère le train régulier, le puncheur vit pour le changement de rythme violent. C’est le roi des Classiques Ardennaises comme Liège-Bastogne-Liège. Historiquement, des coureurs comme Philippe Gilbert ou Julian Alaphilippe incarnent cette capacité à « jaillir » d'un groupe, transformant une ascension ordinaire en un tremplin vers une victoire en solitaire.
PUNITION : La « punition » qualifie une séquence de course où un coureur ou un groupe subit une domination humiliante. Elle survient souvent lorsqu'une équipe décide de « visser » en tête, imposant une allure telle que les adversaires sont éliminés par l'arrière un à un. Recevoir une punition, c'est être confronté à sa propre impuissance physique face à une force collective supérieure. C'est une épreuve de vérité où la tactique disparaît derrière la physiologie brute. Pour le spectateur, c'est impressionnant ; pour le coureur « puni », c'est une agonie mentale où chaque coup de pédale devient une torture.
PUR JUS : Désigne un coureur qui incarne parfaitement, par son morphotype et son style, une spécialité précise. Un « grimpeur pur jus » est souvent un athlète frêle, aux membres fins, dont le rapport poids/puissance est optimisé pour la haute altitude. L'expression souligne l'authenticité et l'instinct naturel du coureur pour son terrain de prédilection. Le pur jus refuse les compromis ; il ne sera jamais un sprinteur, mais dès que la pente s'élève, sa facilité semble insolente. C'est un hommage à la pureté du talent, loin des transformations athlétiques parfois artificielles du sport de haut niveau.
PURISTE — [Catégorie : Technique et Argot] Le puriste est le gardien des traditions et de l'esthétique cycliste. Il accorde une importance capitale à la « classe » sur le vélo : position du buste immobile, chaussettes à la bonne hauteur, guidoline impeccable. Techniquement, le puriste privilégie souvent la souplesse et le geste fluide à la force brutale. Il se méfie des innovations trop intrusives qui dénaturent l'effort, comme les transmissions électroniques ou les freins à disque à leurs débuts. Pour lui, le cyclisme est une forme d'art où la manière de gagner compte autant, sinon plus, que la victoire elle-même.
PUZZLE : Le terme « puzzle » décrit un peloton qui a volé en éclats sous l'effet d'une bordure, d'une chute ou d'une montée vertigineuse. La course n'est plus un bloc compact, mais une multitude de petits groupes éparpillés sur des kilomètres de route. Reconstituer le puzzle est le défi des directeurs sportifs qui tentent, par la radio, de regrouper leurs troupes. C’est une situation de chaos tactique où l’on compte les « pièces » perdues. Un peloton « en puzzle » est souvent le signe d'une étape dantesque où les écarts se compteront en minutes à l'arrivée.
QUADRILLAGE : Le quadrillage est une stratégie défensive consistant à occuper toute la largeur de la chaussée pour empêcher toute tentative d'attaque. En se plaçant de front, les équipiers du leader créent un barrage humain infranchissable. Pour doubler, un adversaire devrait passer par le bas-côté, au risque de chuter ou d'être immédiatement marqué. C'est une tactique d'intimidation qui verrouille la course, souvent utilisée dans les derniers kilomètres d'une étape de plaine ou pour protéger un maillot jaune. Le quadrillage impose une discipline de fer au sein de l'équipe qui l'exécute.
QUART D'HEURE AMÉRICAIN : Détournement ironique d'une expression populaire, le « quart d'heure américain » en cyclisme désigne une phase de course où tout s'inverse soudainement. C’est le moment où les attaquants deviennent les chassés, ou l'instant critique où une équipe décide de passer à l'offensive totale alors que le peloton semblait somnoler. Contrairement à sa version romantique, ce quart d'heure est brutal : les visages se crispent, les braquets augmentent et les cœurs s'emballent. C'est la bascule tactique qui définit souvent le sort d'une classique, un moment de vérité où l'audace change de camp.
QUEUE DE PELOTON : La queue de peloton est la zone de tous les dangers. Bien qu'on y bénéficie d'une aspiration maximale, on y subit l'effet élastique à chaque relance, obligeant à des efforts violents pour ne pas être distancé. C'est aussi là que les chutes sont les plus imprévisibles, car on ne voit pas les obstacles à l'avance. Rester en queue est souvent le signe d'une mauvaise forme ou d'un manque de confiance. Les coureurs expérimentés cherchent à tout prix à remonter, car c'est en queue de peloton que l'on « prend le trou » fatal lors d'une bordure.
QUEUE LEU LEU : Être à la « queue leu leu » signifie que les coureurs sont alignés sur une seule file indienne. Cette formation est le signe d'une vitesse extrêmement élevée, où le vent de face ou de côté oblige chacun à rester scrupuleusement dans la roue du précédent pour économiser jusqu'à 30 % d'énergie. Dans cette configuration, la concentration doit être absolue : un écart de dix centimètres peut provoquer une cassure. C'est l'image de la tension extrême, où le coureur ne voit que le dérailleur arrière de son prédécesseur, luttant pour ne pas rompre la chaîne.
RAB : Avoir du « rab » signifie posséder encore des réserves d'énergie inattendues en fin de course. C'est le petit surplus de puissance qui permet de porter une dernière attaque ou de sprinter alors que tout le monde semble à bout de souffle. Un coureur qui a du rab est souvent celui qui a su s'économiser intelligemment tout au long de l'étape, évitant les coups de vent inutiles. Le lexicographe y voit la marque des grands tacticiens, ceux qui ne dépensent jamais un watt de trop et gardent toujours une cartouche secrète pour le dénouement.
RABATTEUR : Le rabatteur est un équipier dont la mission est de ramener son leader dans le peloton après un incident (chute, crevaison) ou d'aller chercher un coureur échappé pour le neutraliser. C'est un rôle de sacrifice qui demande une puissance de rouleur exceptionnelle. Le rabatteur se place devant son leader, lui offrant un abri aérodynamique parfait, et « emmène » un train d'enfer pour combler l'écart. C'est un travail de l'ombre, souvent invisible à la télévision, mais indispensable pour sauver les ambitions d'un chef de file victime de la malchance.
RACLÉE : Une « raclée » est une défaite cuisante, où l'écart entre le vainqueur et les battus est abyssal. On parle de raclée lorsqu'un coureur s'impose avec plusieurs minutes d'avance ou lorsqu'une équipe domine outrageusement un contre-la-montre par équipes. Historiquement, certaines étapes de légende ont tourné à la raclée, marquant durablement les esprits par la supériorité insolente d'un champion (comme Merckx ou Hinault). Pour celui qui la subit, c'est une remise en question brutale de son niveau de préparation face à la réalité d'une concurrence qui semble appartenir à une autre galaxie.
RADIS : Expression imagée pour dire qu'un coureur n'a plus un sou d'énergie. « Être sur le radis » signifie être à la limite de la défaillance, n'ayant plus de réserves de glycogène. C’est l’état ultime avant de « mettre pied à terre ». Sur le plan physiologique, cela correspond à une déplétion totale des stocks de sucre et à un basculement vers le métabolisme des graisses, beaucoup moins performant pour l'effort intense. Le coureur sur le radis voit ses jambes s'alourdir, son esprit s'embrumer et sa vitesse chuter de façon dramatique, incapable de suivre le moindre mouvement.
RADOUB : Emprunté à la marine (réparation d'un navire), le « radoub » désigne la remise en état d'un coureur après une chute ou une période de méforme. Cela inclut les soins kinés, la nutrition et le repos. Faire un « radoub » efficace est crucial lors d'un grand tour de trois semaines, où la capacité de récupération entre les étapes détermine le classement final. C'est le travail invisible du staff médical qui panse les plaies et répare les fibres musculaires lésées pour que l'athlète puisse repartir le lendemain, prêt à affronter à nouveau les éléments.
RAFFUT : Désigne l'agitation désordonnée au sein du peloton, souvent marquée par des cris, des frottements de coudes et une tension nerveuse palpable. Le raffut survient généralement à l'approche d'un sprint intermédiaire ou d'un secteur dangereux (pavés, virage serré). C'est un moment où l'instinct de survie et l'agressivité prennent le dessus sur la tactique pure. Pour le lexicographe, le raffut est le bruit de la lutte pour la position, un tumulte de dérailleurs qui s'affolent et de coureurs qui s'invectivent pour défendre leur place dans la file.
RAMPANT : Un « rampant » est un coureur qui progresse avec une grande difficulté dans une pente raide, semblant collé à la route. Contrairement au grimpeur ailé qui survole le col, le rampant subit la gravité. Ses mouvements sont saccadés, son buste se balance, et sa cadence de pédalage descend sous les 60 RPM. C'est l'image de la souffrance brute, celle du coureur qui ne se bat plus pour la victoire mais pour le simple droit de franchir le sommet avant les délais. C’est la facette la moins glorieuse, mais la plus humaine, de la montagne.
RATELIER : Le ratelier est le support de transport des vélos sur le toit des voitures des directeurs sportifs. C'est un arsenal technologique mobile où s'alignent des machines valant plusieurs milliers d'euros, prêtes à être dégainées en cas d'incident. Pour un coureur, voir son vélo de rechange sur le ratelier est une assurance vie. Historiquement, le passage du ratelier simple à des systèmes de fixation rapide a réduit le temps de changement de vélo de moitié, sauvant parfois des carrières sur une simple crevaison au pied d'un col décisif.
RATELIER À PATATES : Expression péjorative désignant un coureur au style peu académique, dont le pédalage est heurté et manque de fluidité. Un ratelier à patates semble se battre contre son propre vélo, avec des genoux qui s'écartent ou un dos trop rond. Bien que l'efficacité puisse être présente, l'esthétique est absente. Le puriste déteste ce style qui va à l'encontre de la « souplesse » recherchée. Paradoxalement, certains coureurs au style « ratelier à patates » ont marqué l'histoire par leur force brute, prouvant que la grâce n'est pas une condition sine qua non de la réussite.
RAVI : Qualifie un coureur qui, soit par naïveté, soit par manque d'expérience, se réjouit d'une situation de course qui va pourtant se retourner contre lui. Le « ravi » peut être celui qui fait trop d'efforts en début d'échappée, s'épuisant inutilement sous les encouragements ironiques de ses compagnons de fuite plus malins. Pour le lexicographe, c'est une figure tragique du peloton : celui qui a le cœur à l'ouvrage mais pas la tête à la tactique. Sa joie de voir l'écart grandir occulte la réalité physiologique de l'effort qu'il sera incapable de soutenir jusqu'au bout.
RAVITO : Le « ravito » (ravitaillement) est l'art de s'alimenter en course sans s'arrêter. Il se fait soit par la « musette » tendue par un assistant, soit à la voiture. Un bon ravito est une opération de précision : à 45 km/h, rater son sac peut signifier la défaillance deux heures plus tard. Le contenu est scientifique : gels de glucides, bidons d'électrolytes et parfois de petits gâteaux de riz. C'est le carburant indispensable pour maintenir une puissance constante. Dans le cyclisme pro, le ravito est minuté pour compenser les 6000 à 8000 calories brûlées lors d'une étape de montagne.
RECO : La « reco » (reconnaissance) consiste à aller repérer un parcours des semaines ou des mois avant la course. Pour un contre-la-montre ou une classique comme Paris-Roubaix, elle est vitale. Le coureur mémorise chaque virage, chaque dévers, chaque état du bitume ou du pavé. La reco permet de choisir le bon braquet, la bonne pression de pneus et d'anticiper les pièges tactiques. Un coureur qui a fait une bonne reco descend avec plus d'assurance et sait exactement où placer son attaque décisive. C'est l'intelligence du terrain au service de la performance athlétique.
RECUL : Désigne le « recul de selle », soit la distance horizontale entre l'axe du pédalier et le bec de la selle. Ce réglage au millimètre influence le bras de levier des muscles fessiers et des ischios. Un grand recul favorise la puissance sur le plat et les grands braquets (typique des rouleurs), tandis qu'un recul moindre facilite la vélocité et les relances en danseuse. Trouver son recul idéal est une quête de toute une carrière, nécessitant souvent l'intervention d'experts en étude posturale pour maximiser l'efficacité du pédalage tout en évitant les pathologies tendineuses.
RECULADE : La reculade est le moment où un coureur, incapable de suivre le rythme en tête du peloton, perd des places de façon inexorable. Il « glisse » vers l'arrière, débordé par des concurrents plus frais. C'est une phase psychologique difficile : on voit les dossards défiler devant soi sans pouvoir réagir. La reculade peut être volontaire (pour s'abriter ou aller chercher des bidons) mais elle est le plus souvent subie, marquant le début de la fin pour un coureur qui finit par se retrouver seul face au vent, loin derrière le groupe principal.
RED DEVIL : Surnom donné à certains coureurs ou supporters excentriques (comme le célèbre Didi Senft), mais aussi utilisé pour désigner un athlète à l'agressivité diabolique en course. Le « Red Devil » est celui qui n'a peur de rien, qui attaque dans les descentes sous la pluie ou qui provoque ses adversaires par des accélérations incessantes. C’est un personnage haut en couleur qui apporte une dimension spectaculaire et un brin de folie au peloton. Pour le lexicographe, c'est l'incarnation du tempérament volcanique qui refuse la monotonie tactique et cherche à embraser la course à chaque occasion.
REDÉMARRAGE : Action de relancer la machine après un ralentissement ou un virage. Le redémarrage demande une puissance explosive (anaérobie alactique) pour retrouver sa vitesse de croisière. Dans une course à élimination, multiplier les redémarrages est une tactique éprouvante pour les adversaires qui manquent de « giclette ». C'est là que les fibres musculaires rapides font la différence. Un coureur capable de redémarrer violemment dix fois de suite en haut d'une côte finira par isoler ses rivaux qui, eux, s'asphyxient sous l'accumulation d'acide lactique.
REFAIRE LE PELOTON : Signifie remonter de l'arrière vers l'avant du groupe principal. C'est un exercice de pilotage et de placement qui demande de l'audace et une lecture fine des courants d'air. On « refait le peloton » en utilisant les bas-côtés ou en se glissant dans les trous de souris entre les coureurs. C’est indispensable avant une difficulté majeure ou un sprint. Faire l'effort de refaire le peloton consomme de l'énergie, mais c'est un investissement nécessaire pour ne pas subir la course et rester maître de son destin tactique.
REFROIDIR : Au sens figuré, « refroidir » un adversaire signifie calmer ses ardeurs par une attaque foudroyante ou un rythme si élevé qu'il perd toute envie de tenter quoi que ce soit. C'est une douche froide psychologique. Au sens propre, cela concerne la thermorégulation : un coureur qui se refroidit trop en descente risque la tétanie musculaire. Le lexicographe note ici l'importance vitale du climat : un coureur « refroidi » par la pluie battante perd sa lucidité et sa capacité de réaction, son corps détournant l'énergie des muscles pour maintenir sa température centrale.
RÉGLO : Désigne un comportement respectueux des codes non écrits du peloton. Un coureur « réglo » prend ses relais honnêtement dans une échappée, ne profite pas d'une chute pour attaquer le maillot jaune, et respecte ses engagements verbaux lors d'une alliance de circonstance. Être réglo est une question de réputation ; celui qui ne l'est pas (le « raton ») finit par être banni des alliances futures. C'est la diplomatie du bitume, où la parole donnée entre deux halètements vaut parfois plus que n'importe quelle consigne de directeur sportif par oreillette.
RÉGULARITÉ : La régularité est la capacité d'un coureur à maintenir une puissance constante sur une longue durée ou tout au long d'une saison. C’est la qualité première des coureurs de grands tours et des rouleurs de métronome. Elle s'oppose à l'intermittence des sprinteurs ou des puncheurs. Un coureur régulier ne connaît pas de « jour sans », gérant son effort de manière mathématique. Physiologiquement, cela traduit un système aérobie exceptionnellement stable et une gestion fine des stocks de glycogène. C’est la force tranquille qui gagne les courses par usure et endurance.
REPLI : Phase où une équipe, après avoir tenté une offensive infructueuse, se regroupe autour de son leader pour se protéger et économiser ses forces. Le repli est une décision stratégique : on reconnaît que l'échappée est condamnée et on se prépare pour la suite. C'est un moment de réorganisation où l'on récupère les bidons, on fait le point sur l'état de fatigue de chacun et on définit un nouveau plan de bataille. Le repli n'est pas une défaite, c'est un recul tactique pour mieux rebondir lors de l'ascension suivante.
REMORQUE : « Être à la remorque » signifie suivre le rythme d'un autre coureur ou d'un groupe sans jamais prendre de relais, soit par épuisement, soit par ruse. Le coureur à la remorque bénéficie de l'aspiration sans fournir d'effort de face. C'est une position de survie pour celui qui est à la limite, mais elle est très mal vue par celui qui fournit l'effort de traction. Dans le final d'une étape, être à la remorque peut permettre de remporter la victoire au sprint face à un adversaire vidé par son travail en tête.
REQUINS : Surnom donné aux coureurs opportunistes et féroces, toujours prêts à mordre à la moindre occasion. Les « requins » rodent en tête de peloton, attentifs au moindre signe de faiblesse d'un leader. Dès qu'un favori montre un fléchissement ou connaît un incident technique, ils attaquent sans pitié. C’est une image de la loi de la jungle qui règne parfois dans le sport professionnel. Pour le lexicographe, le requin symbolise la fin de la courtoisie et le début de la guerre totale pour le classement général ou la victoire d'étape.
REQUIEM : Terme funeste désignant le moment où un coureur comprend que sa course est finie, que l'écart est devenu irrémédiable ou que sa blessure ne lui permettra pas d'aller plus loin. Le « requiem » est cette minute de silence intérieur avant l'abandon officiel. C’est un moment de grande solitude, souvent à l’arrière d’une ambulance ou seul sur le bas-côté de la route. Pour l'historien, le requiem fait partie de la mythologie cycliste : pour chaque vainqueur triomphant, il y a des dizaines de coureurs pour qui le glas a sonné prématurément.
RÉSERVE : La réserve est la quantité d'énergie disponible au-delà du seuil de confort. Gérer ses réserves est la clé du succès sur trois semaines. On parle de « rouler sur la réserve » pour désigner un coureur qui économise chaque watt en vue du final. Sur le plan biologique, cela concerne les stocks de glycogène hépatique et musculaire. Un coureur qui entame ses réserves trop tôt dans l'étape risque la défaillance. C'est un jeu d'équilibre permanent entre la dépense nécessaire pour rester placé et la conservation du précieux carburant pour l'explication finale.
RESSORT : Avoir du « ressort » qualifie la capacité d'un coureur à rebondir après une difficulté ou une attaque. C'est une qualité d'explosivité musculaire mais aussi de résilience mentale. Un coureur avec du ressort ne s'écrase pas après une accélération adverse ; il absorbe le choc et contre-attaque presque instantanément. C'est l'image de l'élasticité : le coureur semble doté d'une énergie interne qui le propulse à nouveau vers l'avant. Les grands champions de classiques possèdent ce ressort qui leur permet de multiplier les efforts intenses dans les finals de course dantesques.
RETARDATAIRE : Le retardataire est le coureur qui a été lâché par le peloton et qui lutte seul ou en petit groupe (le gruppetto) contre les délais. C’est une course contre la montre pour ne pas être mis hors course. Être retardataire est une épreuve psychologique épuisante : on voit la voiture balai se rapprocher, les spectateurs partir, et la solitude s'installer. C'est pourtant là que se forgent les caractères. Pour le lexicographe, le retardataire est le garant de l'esprit du cyclisme : celui qui refuse d'abandonner tant que la ligne d'arrivée reste accessible, même loin derrière les projecteurs.
REVERSE : Terme parfois utilisé pour désigner un changement soudain de direction du vent (le vent tourne) ou une inversion de situation tactique. Un « vent reverse » peut transformer une étape tranquille en un enfer de bordures en quelques secondes. Les coureurs doivent être capables de s'adapter instantanément, changeant de côté sur la route pour rester protégés. C’est une illustration de l'instabilité permanente du cyclisme sur route, où les éléments naturels dictent leur loi et obligent les athlètes à une vigilance de chaque instant.
REVANCHE : La revanche est le moteur psychologique de nombreux coureurs après une défaite frustrante ou une chute injuste. « Prendre sa revanche » signifie gagner l'étape suivante ou la classique de l'année d'après pour effacer l'amertume du passé. C'est une quête de rédemption qui pousse à des dépassements de soi héroïques. Pour l'historien, les plus belles victoires sont souvent des revanches sur le sort. C'est un cycle éternel qui alimente les rivalités légendaires du peloton, transformant chaque échec en une promesse de combat futur.
REVIVRE : Un coureur qui « revit » est celui qui retrouve soudainement ses forces après une longue période de méforme ou une défaillance en début d'étape. C'est le miracle du second souffle ou de la digestion réussie d'un gel énergétique. On voit son pédalage redevenir fluide, son visage se décrisper. C'est un moment de grâce où l'athlète semble sortir d'un cauchemar physiologique. Revivre en pleine ascension permet parfois des retours inespérés sur la tête de course, illustrant l'incroyable capacité de récupération du corps humain soumis à des efforts extrêmes.
RHAB : Diminutif de rhabillage, le « rhab » est le moment où le coureur remet une veste, des manchettes ou un coupe-vent avant une descente de col. C’est une opération délicate qui se fait souvent sans s'arrêter, en lâchant le guidon. Un mauvais « rhab » peut entraîner une chute ou un refroidissement fatal pour les muscles. Dans le jargon, c'est aussi un signe que le coureur est prévoyant et gère intelligemment sa température corporelle. Un directeur sportif surveille toujours si ses coureurs pensent au « rhab » pour éviter les coups de froid inutiles.
RIBLON : Désigne à l'origine de la ferraille de récupération, mais dans le peloton, c'est un terme affectueux ou ironique pour parler d'un coureur robuste mais un peu fruste, capable de supporter les pires conditions. Le « riblon » n'est pas forcément un esthète, mais c'est un travailleur infatigable, un solide gaillard qui ne craint ni le pavé, ni la pluie, ni les longs relais face au vent. C’est la cheville ouvrière d’une équipe, celui sur qui on peut toujours compter pour faire le gros du travail ingrat sans jamais se plaindre.
RICARD : Référence historique au sponsor emblématique, mais aussi utilisé pour désigner une situation de course qui « tourne au Ricard », c'est-à-dire qui devient trouble, confuse, où les alliances se font et se défont dans l'improvisation la plus totale. C’est le moment où la tactique planifiée à l'avance explose sous la pression des événements. Pour le lexicographe, c'est l'imprévisibilité du cyclisme qui refait surface, rappelant que sur la route, rien n'est jamais figé et que le chaos peut surgir à n'importe quel carrefour de campagne.
RIDEAU : « Mettre le rideau » est une manœuvre d'autorité où une équipe prend la tête du peloton et ralentit délibérément le rythme sur toute la largeur de la route. Cela signifie : « La course est finie pour aujourd'hui, personne ne sort ». C’est une manière de verrouiller les positions une fois qu'une échappée inoffensive est partie. Le rideau peut aussi être individuel : un coureur épuisé « tire le rideau », signifiant qu'il cesse tout effort compétitif. C'est un geste tactique puissant qui marque la fin des hostilités et l'entrée dans une phase de gestion ou d'économie.
RIDELLE : « S'accrocher à la ridelle » signifie profiter indûment de l'aide d'un véhicule (voiture, moto) en se tenant au montant ou en restant trop longtemps dans son aspiration immédiate. C’est une pratique interdite mais parfois tolérée par les commissaires lors de retours après chute. Au figuré, cela désigne un coureur qui n'arrive plus à suivre et qui cherche n'importe quel appui, légal ou non, pour rester dans la course. C’est le symbole de la détresse du coureur lâché qui tente le tout pour le tout pour ne pas sombrer dans l'anonymat de l'abandon.
RIGOLO : Terme méprisant utilisé par les coureurs d'expérience pour désigner un nouveau venu ou un amateur qui se prend pour un champion mais commet des erreurs tactiques ou techniques grossières. Le « rigolo » est celui qui attaque quand il ne faut pas, qui frotte dangereusement sans maîtriser son vélo, ou qui fait preuve d'une arrogance déplacée. Dans le milieu très fermé du cyclisme pro, gagner le respect des « anciens » est un long processus ; tant qu'on est considéré comme un rigolo, on ne trouve aucune aide ni alliance dans le peloton.
RINÇAGE : État d'épuisement total après un effort violent sous la pluie ou une chaleur accablante. Un coureur « rincé » n'a plus aucune force physique ni mentale. C'est le stade final de l'usure, où chaque fibre musculaire semble avoir été essorée de son énergie. Le rinçage s'accompagne souvent d'une perte de lucidité. On voit le coureur franchir la ligne avec un regard vide, incapable de répondre aux journalistes. C’est le prix à payer pour les étapes de légende où l’on dépasse ses limites pour entrer dans l’histoire, au prix d’un épuisement organique profond.
RIRE JAUNE : Expression utilisée lorsqu'un leader perd son maillot jaune ou échoue de peu dans une quête importante. C’est le sourire forcé face aux caméras alors que la déception intérieure est immense. Le « rire jaune » symbolise la dignité dans la défaite, mais aussi l'ironie du sort. Pour le lexicographe, c'est un moment de tension dramatique où l'athlète doit masquer son agonie mentale sous les conventions sociales. C'est le lot des grands champions qui, même dans l'échec, restent sous le feu des projecteurs et doivent assumer leur revers avec élégance.
RIVALE : Désigne une équipe ou une nation ennemie avec laquelle la lutte est incessante et dépasse parfois le cadre de la simple compétition sportive. Une « rivale » est celle que l'on marque à la culotte, celle dont on ne laisse passer aucune attaque. La rivalité alimente les grands récits du cyclisme (Anquetil/Poulidor, Coppi/Bartali). C’est une tension permanente qui oblige à une vigilance de chaque instant. Pour l'historien, la présence d'une rivale forte est ce qui donne sa valeur à la victoire : gagner contre un adversaire médiocre n'a que peu d'intérêt.
RIVET : « Être sur le rivet » signifie pédaler assis tout à l'avant de la selle, au point de toucher le rivet qui fixait autrefois le cuir des selles traditionnelles. C’est une position adoptée lors d'un effort de puissance extrême sur le plat ou en contre-la-montre. Cela permet de mieux engager les hanches et d'augmenter le bras de levier, mais c'est une position très inconfortable. Être sur le rivet est synonyme de souffrance et d'engagement total : le coureur fait corps avec sa machine, cherchant le moindre gain mécanique pour maintenir une vitesse vertigineuse.
ROC : Qualifie un coureur à la solidité à toute épreuve, qui ne semble jamais affecté par la douleur ou les chutes. Le « roc » est celui qui repart les genoux en sang et finit l'étape, ou celui qui mène le peloton pendant 200 kilomètres sans jamais faiblir. C’est une figure de stabilité et de force brute. Pour le lexicographe, le roc est l'anti-fragile du peloton. Sa présence rassure ses équipiers et inquiète ses adversaires, car on sait qu'il faudra une force de la nature ou un incident majeur pour le faire fléchir.
ROLL : Anglicisme désignant la résistance au roulement des pneus sur le bitume. Un bon « roll » dépend de la carcasse du pneu, de sa gomme et de sa pression. Les coureurs cherchent le compromis idéal entre adhérence et faible résistance. Avec l'avènement des pneus tubeless et des sections plus larges, la science du roll a évolué : on sait désormais qu'une pression trop élevée fait rebondir le vélo et nuit au rendement. Optimiser son roll, c'est s'assurer que l'énergie produite ne se dissipe pas inutilement dans les micro-irrégularités de la route.
RONDE : Désigne souvent une course en circuit ou une épreuve par étapes régionale (ex: la Ronde de l'Isard). Dans le langage technique, c'est aussi la « ronde » des jambes, soit la fluidité du cycle de pédalage. Avoir une belle ronde signifie qu'il n'y a pas de point mort entre la phase de poussée et la phase de traction. C’est l’idéal du pédalage parfait, économe et puissant. Un entraîneur surveille la ronde de ses poulains pour corriger les asymétries musculaires qui pourraient engendrer des blessures à long terme ou une perte de watts.
ROUE : Élément fondamental composé d'un moyeu, de rayons et d'une jante. En cyclisme, la roue est bien plus qu'une pièce mécanique : c'est un objet de stratégie (prendre la roue) et de technologie. On choisit sa roue en fonction du terrain : profil bas pour la montagne (légèreté), profil haut pour le plat (aéro). « Prendre la roue » est l'acte de base du coureur pour s'abriter. La roue est aussi le symbole du destin : une roue voilée ou un pneu crevé peut ruiner des mois de préparation en une fraction de seconde au sommet d'un col.
ROUE DE RECHANGE : Portée par les voitures suiveuses ou les motos neutres, elle permet de parer à une crevaison instantanément. Changer une roue arrière est une chorégraphie précise qui doit prendre moins de 15 secondes. Pour un leader, la roue de rechange la plus rapide est souvent celle que lui donne un équipier qui s'arrête immédiatement pour lui sacrifier la sienne. C’est un moment de stress intense où la course continue sans vous, et où chaque seconde perdue à attendre la roue de rechange semble une éternité.
ROUE LIBRE — [Catégorie : Technique et Argot] Techniquement, mécanisme permettant au pignon de ne pas entraîner les pédales en descente. Au sens figuré, « être en roue libre » signifie dominer la course avec une telle facilité qu'on n'a plus besoin de forcer, ou à l'inverse, se laisser porter par le peloton sans plus aucune ambition, attendant la fin de carrière ou de l'étape. C’est le luxe de l’économie d’effort. Le lexicographe y voit le contraste saisissant avec « être sur le rivet » : la roue libre est le repos du guerrier, l'instant où la gravité ou l'inertie remplace la sueur.
ROUERIE : Désigne les ruses et les petits coups bas utilisés par les coureurs expérimentés pour piéger leurs adversaires. La rouerie peut consister à feindre la fatigue pour ne pas prendre de relais, à provoquer une cassure volontaire, ou à intimider un jeune coureur pour le faire sortir de sa trajectoire. C’est la part d'ombre de la tactique, une intelligence de rue appliquée au cyclisme. Un coureur roué gagne souvent plus de courses que le coureur le plus fort, car il sait utiliser la force et les erreurs des autres à son propre avantage.
ROULADE : Désigne une chute spectaculaire mais souvent sans gravité majeure, où le coureur glisse et roule sur le bitume ou dans l'herbe. C'est le pain quotidien du peloton professionnel. Bien que spectaculaire, la roulade est parfois préférée au choc frontal. Les coureurs apprennent à « bien chuter » pour minimiser les fractures. Pour le lexicographe, la roulade est le rappel brutal que le cyclisme est un sport d'équilibre précaire, où la gloire et le goudron ne sont séparés que par quelques millimètres de gomme.
ROULEUR : Le rouleur est le moteur thermique du peloton. Doté d'une puissance de seuil (FTP) très élevée et d'une grande capacité aérobie, il est capable de maintenir des vitesses de plus de 50 km/h sur de longues distances. Physiologiquement, le rouleur possède un cœur puissant et une capacité à recycler l'acide lactique exceptionnelle. Souvent grand et musclé, il est l'arme fatale pour chasser une échappée ou emmener un train de sprint. En contre-la-montre, le rouleur est un orfèvre de la gestion de l'effort solitaire, luttant contre les secondes et la résistance de l'air.
ROULIS : Mouvement d'oscillation latérale du vélo, souvent excessif lors d'un effort en danseuse mal maîtrisé. Un bon coureur limite le roulis pour que toute l'énergie soit dirigée vers l'avant et non gaspillée dans des mouvements de côté. Un roulis excessif est le signe d'une fatigue nerveuse ou d'un braquet trop grand pour les capacités du moment. Les entraîneurs travaillent sur le gainage abdominal pour stabiliser le buste et minimiser ce roulis, assurant ainsi un transfert de puissance optimal entre les épaules et les pédales.
ROUSSANNE : Terme ancien parfois utilisé pour désigner une chute collective ou un empilage de vélos dans un virage. C’est le moment où le peloton « part à la roussanne ». C'est une situation de désordre total où les cadres s'entremêlent et où les coureurs doivent retrouver leurs montures dans le chaos. Pour l'historien, la roussanne évoque les époques héroïques où la sécurité était rudimentaire et où chaque étape pouvait se transformer en un champ de bataille mécanique en un clin d'œil.
RUBAN : Désigne la route elle-même (le ruban d'asphalte) ou la guidoline (ruban de cintre). Un « beau ruban » est une route parfaitement lisse propice aux hautes vitesses. Le ruban de cintre, quant à lui, est crucial pour le confort et l'adhérence des mains. Les mécaniciens pro posent le ruban avec une précision chirurgicale, sans surépaisseur. C’est le point de contact direct entre l'homme et sa machine. Pour le puriste, la couleur du ruban doit impérativement être assortie à la selle ou au cadre pour respecter l'élégance du peloton.
RUBAN BLEU : Récompense honorifique (empruntée à la navigation) attribuée au coureur ou à l'équipe ayant réalisé la moyenne horaire la plus élevée sur une classique ou un Tour. C’est le symbole de la vitesse pure et de l'évolution technologique. Chaque année, les records tombent, illustrant les progrès de l'entraînement et de l'aérodynamisme. Gagner le ruban bleu sur une épreuve mythique comme Paris-Tours (la classique la plus rapide) est une fierté pour les sprinteurs et les rouleurs, marquant leur nom dans le livre des records de vélocité.
RUFFIAN : Qualifie un coureur dur au mal, un peu rebelle, qui ne respecte pas toujours les hiérarchies établies et préfère l'aventure des échappées suicidaires à la protection du peloton. Le ruffian est un individualiste forcené, souvent doté d'un gros tempérament. Il est celui qui relance l'allure quand tout le monde veut ralentir, s'attirant parfois les foudres de ses pairs. C’est un personnage nécessaire au spectacle, celui qui refuse le scénario écrit d'avance et apporte une dose d'imprévisibilité et de rudesse à la course.
RUSTINE : Petite pièce de caoutchouc servant à boucher une crevaison sur une chambre à air. Si les professionnels utilisent désormais des boyaux ou du liquide préventif (tubeless), la rustine reste l'emblème universel de la réparation de fortune. Au figuré, une « rustine » est une solution tactique de dernière minute pour combler un trou ou pallier l'absence d'un leader. C’est le bricolage qui sauve la mise. Pour le lexicographe, la rustine incarne le côté artisanal et débrouillard du cyclisme, rappelant que même au plus haut niveau, on n'est jamais à l'abri d'un petit rien qui nécessite une réparation immédiate.
SABLER LA PASSE : Action d'attaquer de manière si tranchante qu'on laisse ses adversaires sur place, comme si on leur avait jeté du sable aux yeux. C’est une accélération de type « coup de boutoir ». Le coureur qui sable la passe utilise un braquet supérieur et une giclette soudaine pour créer un écart visuel immédiat. C'est une manœuvre autant physique que psychologique, car elle s'appuie sur l'effet de surprise. Pour celui qui est dépassé, c'est une sensation d'impuissance totale, ne voyant que la roue arrière du fuyard s'éloigner inexorablement.
SANS PITIÉ : Qualifie une stratégie de course où aucune concession n'est faite à l'adversaire, même s'il est en difficulté physique ou victime d'un incident mécanique mineur. Le « sans pitié » est la marque des grands compétiteurs pour qui seule la victoire compte. Si un leader chute ou crève à un moment stratégique, ses rivaux augmentent l'allure au lieu de l'attendre. C'est la loi du sport professionnel : la faiblesse des uns fait l'opportunité des autres. Pour le spectateur, c'est cruel ; pour le tacticien, c'est l'essence même de la compétition à haut niveau.
SECOUSSE : Une « secousse » est une attaque brève et violente destinée à tester la réaction du peloton ou à éliminer les coureurs les moins en forme. Ce n'est pas forcément l'offensive finale, mais une mise à l'épreuve. On dit que le leader « donne des secousses » pour voir qui est capable de répondre. Physiologiquement, ces secousses imposent des pics de lactates qui, cumulés, finissent par user la résistance adverse. Pour le lexicographe, la secousse est le prélude au séisme, le signe que la course est sur le point de basculer dans une phase décisive.
SECTEUR PAVÉ : Portion de route constituée de pavés disjoints, caractéristique des classiques du Nord. Le secteur pavé est un enfer mécanique et physique : vibrations extrêmes, risque de crevaisons et de chutes. Il demande une technique de pilotage spécifique (mains sur le haut du cintre, gros braquet pour « survoler » les pierres) et un matériel adapté (pneus larges, double guidoline). Tactiquement, le placement avant le secteur est une guerre totale. Traverser un secteur pavé comme la Trouée d'Arenberg est un acte d'héroïsme qui brise les cadres et les hommes.
SÉLECTION : La sélection est le processus naturel ou provoqué par lequel le peloton se réduit. Elle peut se faire « par l'arrière » (le rythme est trop élevé pour les moins forts) ou « par l'avant » (un groupe s'échappe). La sélection est le but de toute difficulté topographique. Une course réussie pour un favori est une course où la sélection a été assez sévère pour isoler ses principaux rivaux. C’est le filtrage impitoyable de la route qui, kilomètre après kilomètre, ne garde que l'élite capable de se disputer la victoire finale.
SERVICE MINIMUM : Désigne le comportement d'un coureur qui fait le strict nécessaire pour rester dans les roues sans jamais prendre de relais ou participer à l'animation de la course. C’est une tactique d'économie extrême, souvent pratiquée par ceux qui visent une place d'honneur ou qui sont au bout de leurs forces. Le « service minimum » agace les coureurs généreux qui dépensent leur énergie en tête. Pour le lexicographe, c'est la stratégie de l'ombre, efficace pour sauver un classement mais préjudiciable à la popularité du coureur auprès de ses pairs et du public.
SIMPLETTE : Qualifie une erreur tactique grossière, une faute de débutant commise par un coureur qui a mal lu la course. Faire une « simplette », c'est par exemple attaquer trop tôt, oublier de s'alimenter avant un col, ou se tromper de trajectoire dans un sprint. Le terme souligne la naïveté du geste. Dans un milieu où chaque détail est calculé, la simplette est l'imprévu qui ruine une stratégie d'équipe. C’est le rappel que malgré les capteurs de puissance et les oreillettes, le facteur humain et l'erreur de jugement restent présents.
SNECMA : Surnom donné à un coureur doté d'une puissance d'accélération phénoménale, en référence aux moteurs d'avions de chasse. Le « Snecma » du peloton est celui qui, lorsqu'il attaque, donne l'impression d'avoir allumé la postcombustion. C’est un terme d'admiration pour la force brute. L'accélération d'un Snecma laisse les adversaires comme cloués au bitume. Physiologiquement, cela correspond à une capacité exceptionnelle à mobiliser ses fibres rapides et à tolérer une dette d'oxygène massive pendant quelques secondes de pur génie athlétique.
SOUFFLEUR : Désigne un coureur qui est à bout de souffle, dont la respiration est bruyante et saccadée. Être un « souffleur », c'est montrer des signes évidents de détresse respiratoire et de fatigue. On l'entend dans les ascensions raides où l'air manque. C’est un signal pour les adversaires : le souffleur est proche de la rupture. Pour le lexicographe, c'est l'un des sons les plus caractéristiques du cyclisme de montagne, un râle de lutte contre l'asphyxie qui accompagne chaque tour de manivelle dans les pourcentages à deux chiffres.
SOUPLESSE : La souplesse est l'art de pédaler avec une cadence élevée (souvent entre 90 et 110 RPM) tout en restant fluide et efficace. Elle s'oppose à la force brute (« emmener du gros »). Un coureur qui a de la souplesse semble « caresser les pédales ». C'est une qualité héritée de l'école de Jacques Anquetil. La souplesse préserve les fibres musculaires et permet une meilleure réactivité aux changements de rythme. C'est le signe distinctif d'une grande condition physique : le geste est beau, léger, et l'athlète semble glisser sur la route sans effort apparent malgré la vitesse.
SPRINT : L'effort ultime, l'explosion finale. Le sprint est un déploiement de puissance anaérobie alactique sur les 200 derniers mètres, atteignant des pointes de 70 km/h. Il demande une coordination parfaite entre le haut et le bas du corps, une vision de course à 360° et une absence totale de peur. C'est le moment de vérité où les frottements de coudes sont la règle. Gagner un sprint massif sur les Champs-Élysées est le graal pour tout finisseur, la consécration de 200 kilomètres de tension résumés en dix secondes d'héroïsme pur.
SPRINTEUR : Le sprinteur est le spécialiste de la vitesse terminale. Physiologiquement, il possède une prédominance de fibres musculaires rapides (type II). Souvent plus massif que le grimpeur, il doit néanmoins passer les bosses pour pouvoir s'exprimer dans le final. Le sprinteur est un fin tacticien qui sait se faire oublier dans les roues jusqu'au dernier moment. Il dépend de son « train » pour le lancer. Psychologiquement, c'est un guerrier du bitume, capable de se jeter dans des trous de souris à une vitesse vertigineuse pour franchir la ligne en tête.
STAGE : Période d'entraînement intensif, souvent en montagne ou sous des climats cléments, pour forger la condition physique. Le stage est un moment de vie monacale : vélo, repos, diététique. Les stages en altitude (Ténérife, Sierra Nevada) sont devenus la norme pour augmenter la masse de globules rouges. C'est là que se créent les automatismes d'équipe et que se testent les nouveaux matériels. Pour le coureur, le stage est le socle de sa saison, la phase ingrate loin de sa famille où se construisent les victoires de demain.
STAKHANOVISTE : Qualifie un coureur qui ne compte pas ses heures d'entraînement et qui est capable de rouler des distances folles seul, par tous les temps. Le stakhanoviste du peloton a une éthique de travail irréprochable. C’est souvent un baroudeur qui multiplie les kilomètres d'échappée sans jamais paraître fatigué. Pour le lexicographe, c'est une figure de la résilience laborieuse, celui pour qui le cyclisme est avant tout un métier d'endurance et de persévérance. Sa force ne réside pas dans son talent naturel, mais dans sa capacité à s'imposer une charge de travail inhumaine.
STANNO : Terme ancien, parfois lié à une substance ou un état de forme suspect, mais plus généralement utilisé pour désigner un coureur qui semble « figé » dans un effort intense, incapable de varier son allure. Le « stanno » est celui qui roule comme un automate, sans émotion, le visage de marbre. C’est une image de la concentration extrême où l'athlète se coupe du monde extérieur pour se focaliser uniquement sur ses données de puissance. On le retrouve souvent dans les épreuves chronométrées où la régularité du métronome prime sur l'instinct de course.
STRADE BIANCHE : Routes de terre blanche calcaire typiques de la Toscane. Elles imposent une dimension de pilotage aguerri proche du cyclo-cross : poussière aveuglante ou boue glissante, manque de traction dans les montées sèches. Les Strade Bianche exigent une gestion spécifique de la pression des pneus pour éviter les crevaisons sur les cailloux tranchants. Tactiquement, c'est une course d'élimination par le placement. C’est devenu en quelques années un terrain de légende, rappelant le cyclisme héroïque du début du XXe siècle où le goudron n'existait pas encore.
SUCREUR : Désigne un coureur qui flatte ses adversaires ou ses leaders pour obtenir des faveurs (un relais, une protection, ou une place dans une équipe). Le sucreur est un fin diplomate du peloton, sachant murmurer les mots qu'il faut à l'oreille des puissants. Pour le lexicographe, c'est une figure de la politique interne du cyclisme pro. Bien que mal vu par les « durs », le sucreur arrive souvent à ses fins par la ruse et la parole plutôt que par la force des jambes. C’est l’art de l’entrisme appliqué aux deux roues.
SUIVEUR : Le suiveur englobe tout le microcosme qui accompagne la course : journalistes, photographes, invités en voiture officielle, mécaniciens. Être un « bon suiveur » demande une connaissance pointue de la course pour ne pas gêner les coureurs tout en étant au plus près de l'action. Historiquement, les suiveurs sont les gardiens de la mémoire du cyclisme. Ils vivent au rythme du peloton, partageant les mêmes hôtels et les mêmes galères météo. C'est cette caravane humaine qui transforme une simple épreuve sportive en un événement social et culturel majeur.
SURCADENCEMENT : Action de pédaler volontairement au-dessus de sa cadence de confort pour stimuler le système cardiovasculaire et « décrasser » les muscles. On utilise le surcadencement (souvent >110 RPM) lors des phases d'échauffement ou après un effort violent pour aider au drainage de l'acide lactique. Pour l'historien, c'est l'héritage des pistards adapté à la route. C’est une technique qui demande une grande coordination neuromusculaire pour ne pas « sauter » sur la selle. Maîtriser le surcadencement est un signe de haute maîtrise technique et de souplesse pédalée.
SURMULTIPLIÉ : Désigne un braquet extrêmement grand (ex: 55x11), utilisé dans les descentes ou lors de sprints avec vent de dos. « Mettre le surmultiplié », c’est chercher la vitesse maximale au détriment de la vélocité. Au figuré, l'expression qualifie une équipe ou un coureur qui survole la course, évoluant un cran au-dessus des autres. C'est l'image de la force tranquille capable de développer une puissance dévastatrice. Pour le puriste, le surmultiplié est le braquet des géants, celui que seuls les plus puissants rouleurs peuvent emmener sans s'écraser sous le poids de la résistance.
TACTIQUE : La tactique est l'art de gagner une course avec ses jambes mais surtout avec sa tête. Elle englobe la gestion des échappées, l'utilisation des coéquipiers, le bluff et le sens du timing. Une tactique parfaite peut permettre à un coureur moins fort physiquement de battre un champion. Elle nécessite une lecture constante de la fatigue adverse et des conditions de course. Dans le cyclisme pro, elle est souvent dictée par le directeur sportif via l'oreillette, mais c'est l'instinct du coureur sur le terrain qui fait la différence dans les moments cruciaux.
TANDEM : Machine conçue pour deux coureurs pédalant de concert. S'il a disparu des courses sur route pro, le tandem reste une discipline de piste et de handisport. Au sens figuré, on parle de « tandem » pour désigner deux coureurs (souvent d'équipes différentes) qui s'allient temporairement pour mener à bien une échappée. C’est une symbiose tactique où chacun trouve son intérêt. Le succès du tandem repose sur une répartition équitable des relais. Pour le lexicographe, c'est le symbole de l'entraide nécessaire au sein d'un sport pourtant individuel dans ses résultats.
TANGO : « Faire le tango » décrit un coureur dont le vélo oscille dangereusement de gauche à droite, souvent par épuisement ou lors d'un sprint mal maîtrisé. C’est un signe de perte de contrôle moteur. Le coureur qui fait le tango est un danger pour lui-même et pour les autres. On l'observe aussi dans les montées impossibles où le cycliste cherche désespérément un appui en se dandinant de tout son corps. Pour l'historien, c'est la danse du désespoir sur le bitume, le moment où la volonté de continuer outrepasse les capacités d'équilibre.
TAPETTO : Terme d'origine italienne désignant le tapis rouge que déroule une équipe pour son leader ou un train de sprint qui prépare idéalement le terrain. Faire le « tapetto », c'est emmener le peloton à une allure telle que personne ne peut attaquer, offrant une voie royale au finisseur. C'est le sommet de la discipline collective. Pour le sprinteur, bénéficier d'un tel service est un luxe qui lui permet de ne produire son effort que dans les 150 derniers mètres, bien à l'abri jusqu'au déclenchement final.
TARMAC : Désigne par extension la route elle-même, en référence au revêtement des pistes d'aviation. On dit qu'un coureur est un « spécialiste du tarmac » par opposition aux amateurs de pavés ou de chemins de terre. Un tarmac de qualité offre un rendement optimal et une sécurité accrue. Pour le lexicographe, le tarmac symbolise la modernité du cyclisme, les routes lisses des grands cols alpins ou des circuits de championnat du monde où la vitesse est la seule limite. C’est le terrain de prédilection des rouleurs et des esthètes du pédalage.
TÊTE DE COURSE : Désigne le groupe le plus avancé sur la route. Être en tête de course offre un avantage psychologique immense : on dicte le rythme et on évite les incidents du peloton. Cependant, c'est aussi là que l'on est le plus exposé au vent. Pour l'échappée matinale, la tête de course est une terre de liberté et d'espoir. Pour les favoris, y figurer avec ses équipiers est une marque de contrôle. C’est la position de ceux qui osent, ceux qui refusent d'attendre et préfèrent prendre leur destin en main dès les premiers kilomètres.
TIR : Un « tir » est une accélération soudaine et extrêmement violente, souvent comparée à un projectile. On dit qu'un coureur a « mis un tir » pour signifier une attaque foudroyante destinée à assommer la concurrence. C'est l'expression de la giclette pure. Le tir doit être sec et définitif pour créer un écart immédiat. Physiologiquement, c'est un effort à 120 % de la PMA (Puissance Maximale Aérobie). Pour celui qui subit le tir sans pouvoir répondre, c'est une décharge électrique qui brise les jambes et le moral en un instant.
TOMBER LA CHAÎNE : Incident mécanique frustrant où la chaîne déraille, généralement lors d'un changement de plateau sous forte charge. « Tomber la chaîne » au pied d'un col ou lors d'un sprint peut ruiner une course. Au figuré, l'expression désigne une défaillance physique subite, le coureur n'ayant plus aucune « transmission » possible entre sa volonté et ses muscles. C’est le court-circuit de l'effort. Pour le lexicographe, c'est le rappel de la fragilité du lien entre l'homme et l'acier (ou le carbone) : sans cette boucle de métal, le champion n'est plus qu'un piéton impuissant.
TOURNER : On dit qu'une échappée « tourne bien » lorsque les relais sont pris de manière fluide et équitable par tous les membres du groupe. Tourner est essentiel pour maintenir une vitesse élevée face à la poursuite du peloton. Cela demande une coordination sans parole : chaque coureur s'écarte au bon moment, se laisse glisser en queue de groupe et reprend sa place. Si un coureur refuse de tourner, il brise l'harmonie et l'échappée risque d'être reprise. C’est la démocratie participative appliquée à la vitesse pure.
TOURNEMAIN : Action de changer brusquement de direction ou de tactique, faite en un instant (« en un tournemain »). Cela peut être un virage serré pris à la corde ou une contre-attaque fulgurante. Le tournemain exige une agilité de pilotage et une vivacité d'esprit remarquables. Pour le lexicographe, c'est l'expression de la dextérité du cycliste, capable de modifier sa trajectoire ou son destin en une fraction de seconde, déjouant les plans adverses par une manœuvre aussi imprévue que parfaitement exécutée.
TRAIN : Le « train » est une organisation collective millimétrée, souvent mise en place par les équipes de sprinteurs. Les équipiers se relaient en tête, augmentant la vitesse kilomètre après kilomètre pour empêcher toute attaque et déposer leur finisseur dans les meilleures conditions. Historiquement, le train Saeco de Mario Cipollini dans les années 90 a révolutionné cette tactique. Chaque coureur est un « wagon » qui s'éjecte après avoir donné son maximum. C'est une démonstration de force brute et de synchronisation, où le sprinteur est le passager de luxe jusqu'au déclenchement final.
TREIZIÈME : Faire la « treizième » (ou une place d'honneur anonyme) désigne un coureur qui termine souvent bien placé mais sans jamais gagner. C’est le syndrome de l'éternel second ou, plus modestement, du coureur solide mais manquant du « jump » final pour s'imposer. Pour le lexicographe, c'est une place ingrate qui témoigne d'un bon niveau mais ne laisse aucune trace dans l'histoire. Cependant, accumuler les places de treizième prouve une régularité précieuse pour les points UCI d'une équipe, faisant de ces coureurs des éléments fiables du peloton.
TRIPLETTE : Désigne un ensemble de trois coureurs, ou plus rarement un montage de trois plateaux à l'avant (courant en cyclotourisme, rare chez les pros sauf sur des pentes extrêmes comme le Zoncolan autrefois). Au sens tactique, une triplette d'équipiers lancés en tête de peloton peut suffire à verrouiller une course. C'est aussi un terme utilisé pour désigner une série de trois victoires consécutives ou trois classiques remportées la même année. La triplette évoque une forme d'équilibre et de puissance collective ou individuelle accomplie.
TROU : Faire un « trou » signifie créer un écart visuel et physique avec le reste du groupe. Dans une bordure, un trou de deux mètres peut être fatal car on perd l'aspiration et on se retrouve seul face au vent. « Boucher un trou » demande un effort violent, souvent au-dessus du seuil, pour recoller à la roue devant soi. Tactiquement, laisser un trou derrière soi est une ruse pour isoler un leader. Pour le coureur, le trou est un gouffre psychologique : une fois qu'il est fait, la lutte pour revenir est un calvaire.
TURGIDE : Qualifie un coureur dont les muscles sont gonflés par l'effort, les veines saillantes, signe d'une vascularisation maximale au cœur de l'action. Un coureur turgide est en pleine possession de ses moyens physiologiques. C’est l'esthétique de l'effort brut, où le corps semble sur le point d'exploser sous la pression sanguine. Pour l'historien, cette image renvoie à la dureté du sport, où la peau semble trop étroite pour contenir la puissance développée. C'est le signal visuel d'un athlète « en prise », prêt à tout donner dans le final.
TYROLIEN : Surnom parfois donné aux coureurs excellant dans les montées en dents de scie ou venant de régions montagneuses, mais aussi utilisé pour désigner un style de pédalage un peu sautillant, comme si le coureur grimpait une échelle. Le tyrolien est à l'aise quand la route s'élève brusquement. Il possède souvent un rapport poids/puissance exceptionnel. Pour le lexicographe, c'est une figure pittoresque du peloton, rappelant que le cyclisme est né des vallées et des sommets, et que certains coureurs ont la montagne inscrite dans leurs gènes.
UGO : Terme d'argot ancien ou référence à des marques historiques (comme Ugo De Rosa), parfois utilisé pour désigner un vélo d'exception, une machine de "pur-sang". Par extension, dans certains cercles, désigner un coureur comme un "Ugo" souligne son élégance et sa maestria technique, sa capacité à faire corps avec une machine de haute précision. C’est l’hommage à l’artisanat italien qui a longtemps dominé le matériel du peloton. Pour le lexicographe, c’est le nom propre devenu adjectif de qualité, symbole d’un cyclisme où l’objet est aussi noble que l’athlète.
ULTRALÉGER : Qualifie le matériel (cadre, roues, composants) conçu pour atteindre la limite de poids autorisée par l'UCI (6,8 kg). Un vélo ultraléger est un avantage immense dans les cols à forts pourcentages, où chaque gramme économisé réduit le coût énergétique de la gravité. Les grimpeurs sont obsédés par l'ultraléger, allant jusqu'à gratter la peinture de leur cadre ou utiliser des boyaux minimalistes. C’est la quête de la légèreté absolue, où la technologie cherche à annuler le poids du monde sous les pédales du champion.
UNION NATIONALE : Désigne une alliance temporaire entre coureurs de la même nationalité, appartenant pourtant à des équipes commerciales différentes, lors d'une étape de grand tour ou d'un championnat du monde. L'union nationale transcende les contrats pour l'honneur du pays ou pour barrer la route à un rival commun. C’est une subtilité diplomatique du peloton qui peut faire basculer une course. Pour l'historien, ces alliances rappellent l'époque des équipes nationales (avant 1962 sur le Tour), ajoutant une couche de complexité géopolitique à la stratégie sportive.
USURE : L'usure concerne tant le matériel (chaîne qui s'allonge, patins de freins qui s'affinent) que l'organisme du coureur. Une course d'usure est une épreuve où le rythme est soutenu sur la durée, sans attaques fulgurantes, mais visant à épuiser les réserves adverses par la répétition des efforts. C’est la spécialité des rouleurs-grimpeurs. Gagner à l'usure demande une patience de fer et une résistance psychologique supérieure. Pour le lexicographe, c'est l'essence même des courses de trois semaines où, à la fin, seul celui qui s'est le moins "usé" peut prétendre au sacre.
VALAISAN : Qualifie un coureur habitué aux grands cols alpins, doté d'une endurance montagnarde à toute épreuve, en référence au canton suisse. Par extension, c'est un coureur qui ne craint pas les conditions extrêmes (froid, altitude). Le Valaisan est souvent un grimpeur de fond, capable de maintenir un rythme régulier pendant des ascensions de plus d'une heure. Pour le lexicographe, c'est une métonymie de la rudesse alpine appliquée au tempérament cycliste : un mélange de force tranquille et de résignation face à la verticalité du terrain.
VAN : Le véhicule d'assistance ou de transport des coureurs. Le van est le refuge après la course, l'endroit où l'on se douche, où l'on débriefe et où l'on commence la récupération. C'est un bureau mobile pour les directeurs sportifs et un cocon pour les athlètes épuisés. Dans le cyclisme moderne, les vans sont des bijoux de technologie et de confort. Pour le coureur, voir le van à l'arrivée est synonyme de fin du calvaire. C’est la transition entre l'arène de la route et le repos nécessaire avant la bataille du lendemain.
VÉHICULE SUIVEUR : Englobe toutes les voitures de directeurs sportifs, ambulances et motos de presse autorisées à circuler au sein de la course. La gestion du ballet des véhicules suiveurs est une science en soi, orchestrée par le régulateur. Ils fournissent l'assistance technique, les bidons et les consignes. Pour le coureur, le véhicule suiveur est un point de repère moral. Cependant, leur présence peut aussi modifier l'aérodynamisme (aspiration derrière la voiture) ou créer des situations de danger lors de dépassements dans des descentes sinueuses.
VENTURI : Effet physique de l'accélération d'un fluide dans un rétrécissement. En cyclisme, l'effet Venturi est recherché dans la conception des casques aéro ou des évents de cadres pour accélérer le flux d'air et réduire la traînée. Il s'applique aussi tactiquement : lorsque le peloton s'engouffre dans une rue étroite, la vitesse augmente naturellement en tête, créant des cassures à l'arrière. Comprendre l'effet Venturi, c'est maîtriser les lois de la dynamique des fluides pour gagner de précieux watts sans produire plus d'effort musculaire.
VÉRITABLE : Adjectif utilisé pour souligner l'authenticité d'une performance ou d'un coureur. Un « véritable » coureur de classiques est celui qui ne se cache jamais, qui aime la boue et le vent. Dire d'une étape qu'elle est un « véritable chantier » signifie qu'elle a été d'une difficulté extrême, laissant les coureurs dans un état de fatigue avancée. Pour le lexicographe, le mot sert à séparer le bon grain de l'ivraie, l'effort réel des stratégies de suiveur. C’est le label de qualité du peloton, celui qu’on n’accorde qu’au mérite pur.
VICTOIRE : La finalité de tout effort. La victoire est l'instant où le coureur franchit la ligne en tête, levant les bras dans un geste de libération. Elle peut être le fruit d'une domination écrasante, d'un sprint millimétré ou d'une échappée solitaire héroïque. Pour l'historien, la victoire est ce qui reste dans les palmarès, mais elle est indissociable du chemin parcouru pour l'atteindre. Elle est la récompense d'une alchimie parfaite entre forme physique, matériel affûté et intelligence tactique. C'est le seul remède efficace contre la douleur accumulée.
VIGORE : Terme d'origine italienne désignant la vigueur, la force vitale d'un coureur en pleine possession de ses moyens. Avoir de la « vigore », c'est rayonner de puissance, pédaler avec une autorité naturelle qui impressionne les adversaires. C'est un état de forme où rien ne semble impossible. On l'observe chez le coureur qui mène le peloton le buste droit, les mains en bas du cintre, imposant sa loi. Pour le lexicographe, c'est l'expression de la santé athlétique insolente qui caractérise les futurs vainqueurs de grands tours.
VILAINE : Désigne une chute particulièrement laide, avec des conséquences physiques visibles (plaies, brûlures, fractures). Une « vilaine » chute marque les esprits et peut changer le cours d'une saison. C’est le côté obscur du cyclisme, la réalité brutale du bitume qui vient faucher les ambitions. On parle aussi d'une « vilaine » météo pour décrire un froid polaire ou une pluie glaciale qui rend la course dantesque. Pour le coureur, la vilaine est l'imprévu douloureux qu'il faut affronter avec courage pour espérer voir l'arrivée.
VIREVOLTER : Action de changer de place dans le peloton avec une aisance déconcertante, ou d'attaquer à plusieurs reprises comme un papillon. Un coureur qui virevolte est léger sur ses pédales, agile et opportuniste. C’est souvent le signe d'une grande forme nerveuse. On l'observe chez les grimpeurs de petit gabarit qui semblent danser sur la route. Pour l'historien, c'est l'image de la grâce appliquée au cyclisme, un mouvement fluide et imprévisible qui déroute les rouleurs plus massifs et plus prévisibles.
VISQUEUX : Qualifie une portion de route ou une condition météo où le vélo semble "coller" au sol, rendant le rendement médiocre. Un bitume fondu par la chaleur ou une boue fine sur les pavés créent cette sensation de terrain visqueux. Au figuré, cela peut désigner une situation tactique embourbée où personne ne veut prendre de relais. C’est l’ennemi de la vitesse pure, un frein invisible qui oblige à produire plus de watts pour un résultat moindre. Le lexicographe y voit la métaphore de la résistance acharnée de la matière face à l'effort humain.
VIVALIS : Parfois utilisé pour désigner un regain de forme subit, une vitalité retrouvée après un passage à vide. Un coureur qui a "du Vivalis" est celui qui sort d'une période de méforme avec une énergie nouvelle. C'est le cycle éternel de la renaissance athlétique. Pour le lexicographe, ce terme souligne la capacité de régénération exceptionnelle des cyclistes professionnels, capables de passer de l'épuisement total à une forme étincelante en quelques jours grâce à une hygiène de vie et un entraînement scientifiquement calibrés.
VOITURE BALAI — [Catégorie : Technique et Argot] Créée en 1910 par Henri Desgrange, la voiture balai ferme la route du Tour de France et "ramasse" les coureurs ayant abandonné ou étant hors-délais. Historiquement ornée d'un balai, elle est l'épouvantail des attardés. Pour un coureur, monter dans la voiture balai est un traumatisme, le signe de l'échec et de la fin de l'aventure. C'est une institution mythique, limite symbolique entre la course et l'anonymat. Elle incarne la cruauté du sport : derrière la gloire du peloton, elle recueille la souffrance et les rêves brisés de ceux que la route a rejetés.
VOITURE-OUVREUSE : Véhicule circulant quelques minutes devant la tête de course pour s'assurer de la sécurité du parcours et signaler l'arrivée imminente des coureurs. Elle est le premier signe pour le public que la grande épopée approche. Pour les coureurs, l'ouverture de la route est essentielle pour négocier les descentes à tombeau ouvert. La voiture-ouvreuse est le garant de la fluidité de la course, dégageant les derniers obstacles et s'assurant que le "théâtre de l'effort" est prêt pour les acteurs principaux.
VOLTIGEUR : Désigne un coureur extrêmement habile, capable de manœuvres acrobatiques pour éviter les chutes ou se faufiler dans le peloton. Le voltigeur possède un sens de l'équilibre supérieur et une maîtrise totale de sa machine. C'est souvent un ancien adepte du cyclo-cross ou du VTT. En cas de chute collective, il est celui qui arrive à sauter par-dessus un vélo ou à passer dans l'herbe sans ralentir. Pour le lexicographe, c'est l'élite technique du peloton, l'artiste qui transforme la contrainte physique en une démonstration de virtuosité.
VUILEMIN : Référence ancienne à un style ou une marque, parfois utilisé pour désigner un coureur au tempérament bien trempé, un "vrai" qui ne recule devant rien. C’est un terme de respect pour la vieille école. Un coureur Vuilemin est celui qui ne se plaint pas, qui roule sous la neige avec un braquet de géant et qui finit ses courses coûte que coûte. Pour l'historien, c'est l'incarnation de l'esprit pionnier du cyclisme, où la résistance morale comptait autant que les watts et où le matériel devait être d'une fiabilité absolue.
WAGON : Désigne un coureur au sein d'un train ou d'une échappée. On dit d'un coureur qu'il a "pris le bon wagon" lorsqu'il a réussi à intégrer l'échappée décisive. À l'inverse, être le "dernier wagon" signifie être en limite de rupture, s'accrochant désespérément aux roues pour ne pas être distancé. Le terme évoque la puissance ferroviaire des trains de sprint (comme ceux de la Saeco ou de la Cipollini). Pour le lexicographe, le wagon symbolise la dépendance du coureur vis-à-vis du groupe : seul, on n'est rien ; dans le bon wagon, on peut aller au bout du monde.
YOYO : "Faire l'yoyo" décrit le comportement élastique d'un coureur qui perd le contact avec le groupe dans les ascensions ou les relances, puis revient à chaque fois à la faveur d'un ralentissement ou d'une descente. C’est un signe de grande fatigue : le coureur n'a plus la réserve pour suivre les changements de rythme mais possède assez de résilience pour ne pas abdiquer. Ce manège épuisant finit généralement par la rupture définitive, l'élastique se cassant après une énième accélération de trop. Pour le spectateur, c'est le spectacle poignant d'une lutte contre l'inéluctable.
ZÉZETTE : Dans le jargon des initiés, la « zézette » désigne le plus petit braquet disponible sur le vélo (ex: 34x32). On « met la zézette » quand la pente devient inhumaine ou que l'épuisement est tel que seul un développement minimal permet de continuer à faire tourner les jambes (vélocité de survie). C'est le braquet du désespoir en haute montagne. Utiliser la zézette permet de maintenir une cadence de pédalage acceptable pour éviter la tétanie musculaire, même si la vitesse de progression est dérisoire. C’est l’ultime rempart contre le pied à terre dans les cols légendaires.