Sans fil, sans fioritures
Le Wireless chez Campagnolo, ce n’est pas une adaptation tardive ; c’est une réinvention de la façon italienne de penser la mécanique. Chaque dérailleur est une entité autonome, alimentée par une batterie modulaire élégamment logée derrière un carter en aluminium micro-usiné. La communication entre eux ? Ultra-sécurisée, instantanée, et presque sensuelle dans sa précision.
Les leviers, eux, conservent leur ergonomie unique : cette double courbure que tout cycliste italien reconnaît du bout des doigts. Cliquer, c’est un geste – pas un clic anonyme, mais une petite œuvre d’art. Et la course du levier, courte et nette, garde cette sensazione mécanique que Campagnolo refuse d’abandonner.
Ce X, ce n’est pas une simple lettre marketing. C’est un symbole. Campagnolo l’emploie pour signifier l’ouverture des portes de la tradition : X pour cross, X pour exploration, X pour l’inattendu.
Avec lui, Campa admet enfin que les cyclistes modernes ne se contentent plus d’une route parfaite. On veut grimper sur les bordures, filer entre les pins, et ressortir le vélo couvert de poussière comme un souvenir d’été.
Et le groupe suit. Les développements ont été repensés : on trouve désormais une cassette 10‑44 à 13 vitesses qui fait le pont entre performance de route et polyvalence de gravier. Le pédalier garde le style compact — les plateaux semblent sculptés au scalpel — mais les ratios permettent de grimper des murs, sans perdre la fluidité made in Vicenza.
L’embrayage Nano : le secret des chemins
Voici le cœur de la mutation. L’embrayage Nano, c’est le petit bijou d’ingénierie qui transforme le Super Record X en vraie machine tout-terrain. Ultra‑léger, presque invisible, il stabilise la chaîne dans les pires cahots sans cette sensation de résistance qui plombe souvent les systèmes tout‑terrain. Campagnolo parle d’une technologie inspirée des embrayages hydrauliques de moto — un héritage noble pour un groupe de vélo.
En descente sur un chemin de gravier, la différence se sent immédiatement : plus de battements de chaîne, plus de bruits parasites. Le Super Record X reste silencieux, tendu, précis. C’est un silence d’orfèvre au milieu du chaos. Et ce détail, à lui seul, suffit à légitimer ce groupe dans la nouvelle ère du cyclisme mixte.
Esthétique italienne, finition de joaillerie
Campagnolo reste Campagnolo. Même lorsqu’il s’aventure hors route, tout respire la beauté et la précision. Le carbone brille sans ostentation, l’anodisation joue sur des reflets subtils entre noir mat et chrome fumé. On est loin du look industriel de certains groupes concurrents ; ici, tout semble taillé sur mesure, prêt à trôner sur un cadre Colnago ou un Titici sculpté pour la poussière toscane.
Et puis il y a cette attention au détail : vis titane, alignement parfait des galets, inscriptions gravées plutôt qu’imprimées. Campa ne s’abaisse jamais au plastique inutile. Même quand la boue s’invite, le style reste impeccable.
Performances : la fluidité au bout des doigts
Sur la route, le Super Record X conserve la signature Campagnolo : un passage de vitesse net, instantané, quasi-musical. Sur les sentiers, l’embrayage Nano et les pignons redessinés offrent une stabilité exemplaire. On enchaîne les bosses, on plonge dans les virages sans craindre le déraillement.
Et surtout, les transitions sont si douces qu’on oublie le matériel. Le groupe disparaît, laissant place au plaisir brut de rouler. C’est ce mélange de rigueur et de passion qui rend Campagnolo à part : tout sent le travail d’artisan, mais calibré au micron près.
Autonomie et connectivité
Les batteries amovibles tiennent plus longtemps qu’on pourrait l’imaginer — plusieurs semaines pour une utilisation sportive mixte. L’application companion (sobrement appelée MyCampy) a aussi évolué : elle calcule les rapports utilisés, prédit les entretiens, et garde trace de vos aventures tout-terrain.
Mais là encore, Campagnolo fait à sa manière : pas d’interface criarde, pas de fioritures. Juste les données essentielles, présentées avec élégance. Même le numérique devient raffiné.
Imaginez : une Strade Bianche en version personnelle. Vous partez du bitume, le Super Record X glisse sur le plat, passe les vitesses comme un métronome. Puis la route disparaît sous la poussière. L’embrayage prend le relais, la chaîne se tend, les galets ronronnent. Même la boue semble respectueuse d’un tel bijou.
Campagnolo ne cherche pas à dominer le gravel par la force ; il s’y invite par le style. Avec le Super Record X, on ne crie pas victoire, on écrit une partition.
L’arrivée de ce groupe pourrait effrayer les puristes : que reste‑t‑il du Super Record classique, celui des contre‑la‑montre et des pinces en cuir ? Rassurez‑vous : tout. Le Super Record X, c’est la même âme, mais avec des chaussures de rando élégantes. Ce que Vicenza propose ici, c’est une continuité, pas une rupture.
D’accord, ce n’est pas le plus économique du marché. Ni le plus léger sur la balance. Mais il est le plus fidèle à une idée du cyclisme : celle où la performance rime avec passion, et où chaque clic de levier raconte une histoire.
En conclusion : l’aventure selon Campagnolo
Le Super Record Wireless X n’est pas un simple groupe. C’est un manifeste. Celui d’une marque qui refuse de se fossiliser, mais qui reste fidèle à son esthétique, à sa précision d’orfèvre, et à son accent chantant.
Avec lui, Campagnolo affirme haut et fort : le gravel n’est pas un monde à part, c’est un terrain de jeu pour ceux qui aiment rouler beau, juste, et vrai.
Alors oui, il coûte un petit royaume. Oui, il exige un cadre digne de lui. Mais sur la route comme dans la poussière, il transforme chaque sortie en un poème mécanique. Et ça, aucun autre groupe ne sait le faire avec autant de distinction.