Le Nakamura ALLROAD 125 a quelque chose d’assez impoli : il coûte 499 euros. Dans un univers où le mot « gravel » suffit généralement à faire apparaître trois zéros supplémentaires sur une facture, cette somme ressemble presque à une provocation. On pourrait croire à une erreur d’impression. On vérifie. Non. 499 euros. Le vélo existe. Il est là, silencieux, noir, avec son cintre recourbé et ses pneus de 38 millimètres, comme s’il avait décidé de ne pas participer à la compétition sociale du vélo hors de prix. (ChainGang)
Le gravel est une invention intéressante parce qu’il répond à une question que personne ne posait auparavant : pourquoi choisir entre la route et le chemin quand on peut avoir les deux ? Le ALLROAD 125 prend cette philosophie très au sérieux. Il peut circuler en ville, accompagner les trajets quotidiens, s’aventurer sur une route de campagne et bifurquer sur un chemin forestier. Il ne demande pas au cycliste de choisir son identité avant de monter en selle. C’est déjà beaucoup.
Son cadre est en aluminium 6061 T6. Cela ne provoquera probablement pas de crise de jalousie chez le propriétaire d’un vélo en carbone, mais ce n’est pas vraiment le sujet. Le vélo pèse autour de 12 kilos selon la taille et la configuration. Il n’a pas été conçu pour gagner un concours de légèreté. Il a été conçu pour rouler. Cette distinction paraît banale. Elle devient presque révolutionnaire lorsqu’on comprend qu’un objet destiné à se déplacer n’a pas nécessairement besoin d’être présenté comme une œuvre d’art suspendue entre deux particules de carbone.
La transmission suit la même logique. Deux plateaux, huit vitesses à l’arrière, une combinaison 46/30 et une cassette 11/32. Rien de spectaculaire. Et c’est précisément ce qui est intéressant. Le 30 dents permet d’aborder les montées sans avoir à négocier avec ses propres jambes, tandis que le 46 permet d’accélérer sur le plat. Seize possibilités, donc. Ce n’est pas une philosophie de vie, mais c’est suffisamment de choix pour traverser une journée.
Les pneus de 700 x 38 sont probablement les meilleurs représentants de la personnalité du vélo. Ils savent rester convenables sur l’asphalte et acceptent volontiers les chemins roulants. Ils absorbent une partie des imperfections du sol et donnent davantage de stabilité qu’un pneu étroit de vélo de route. Mais il faut respecter leur nature. Le ALLROAD 125 n’est pas un VTT déguisé. Il aime les chemins. Il ne prétend pas aimer les catastrophes naturelles.
C’est peut-être là que le vélo devient honnête. Il ne promet pas tout. Il promet suffisamment. Il accepte les routes abîmées, les pistes cyclables, les chemins blancs, les sentiers forestiers raisonnables. Il accompagne le vélotaf pendant la semaine et peut partir en promenade le week-end. Avec quelques accessoires, il peut même servir au bikepacking léger. Une nuit dehors, quelques affaires, une sacoche : pourquoi pas. Une expédition de six mois dans une région où les ours ont leurs habitudes : probablement moins.
Le cintre gravel apporte plusieurs positions aux mains et permet de modifier la posture pendant les longues sorties. La position reste relativement accessible, sans chercher à transformer le cycliste en projectile aérodynamique. Pour quelqu’un qui découvre le vélo de route ou le gravel, cette approche peut être rassurante. Le vélo ne demande pas immédiatement de devenir quelqu’un d’autre. Il suffit de pédaler.
Évidemment, 499 euros ont un prix. Le freinage est assuré par des étriers sur jante plutôt que par des freins à disque. Sur le sec et dans le cadre d’un usage normal, cela remplit sa fonction. Sous la pluie, les performances peuvent être moins constantes. Il faut donc anticiper davantage. Ce n’est pas un défaut mystérieux : c’est l’un des compromis qui permettent précisément au vélo de rester sous la barre des 500 euros.
La transmission MicroShift appartient elle aussi à cette logique. Elle n’essaie pas de donner l’illusion d’un groupe haut de gamme. Elle fait son travail. Un réglage initial peut être nécessaire, comme sur beaucoup de vélos neufs, et il est préférable de vérifier freins, roues et dérailleurs avant de partir pour une longue distance.
Au fond, le ALLROAD 125 ne cherche pas à impressionner. C’est peut-être sa qualité la plus singulière. Il ne promet ni podium, ni aventure héroïque, ni transformation existentielle. Il propose quelque chose de plus modeste et de plus dangereux : l’envie de sortir. À 499 euros, il permet de découvrir le gravel sans transformer cette découverte en engagement financier irréversible.
On peut rouler sur la route, prendre un chemin, changer d’idée, rentrer par ailleurs. Le vélo accepte cette indécision. Et peut-être est-ce cela, finalement, le véritable luxe : pouvoir ne pas savoir où l’on va.