Il existe des voyages qui commencent sur une carte. Celui de Mickaël Hardouin-Duparc a commencé sur une balance. En 2023, elle affichait 252 kilogrammes. Trois ans plus tard, Mickaël quitte Niort à vélo pour parcourir 10 000 kilomètres, traverser 32 pays européens et vivre dix-huit mois sur les routes. Il ne part pas seulement pour découvrir l’Europe. Il part pour vérifier quelque chose de beaucoup plus intime : jusqu’où peut aller un homme lorsqu’il recommence à décider lui-même de la direction ?
Avant même de tourner la première pédale, le voyage avait déjà commencé. Pendant près de deux ans, Mickaël a transformé son quotidien et perdu près de 100 kilogrammes. Au moment du départ, il pèse environ 161 kilogrammes. Son objectif est d’atteindre une perte totale de 132 kilogrammes. Mais réduire cette histoire à une succession de chiffres serait presque insultant pour les chiffres eux-mêmes. Ici, le poids n’est qu’un indicateur parmi d’autres. La vraie mesure est celle de la liberté retrouvée.
Le projet porte un nom qui ressemble à une plaisanterie et qui n’en est pas une : Le Tour de Moi. Mickaël fait le tour de l’Europe, certes, mais il entreprend surtout un tour de sa propre existence. Il revisite ses limites, son rapport au corps, sa mobilité et cette étrange sensation que l’avenir peut parfois devenir une pièce dont on aurait perdu la clé. Son vélo, lui, possède au moins une qualité essentielle : il avance lorsqu’on lui demande d’avancer.
Pour cette expédition, pas question cependant de partir avec deux sacoches et une paire de chaussettes héroïques. Mickaël utilise un vélo-cargo à assistance électrique, capable de transporter son équipement et une véritable cellule de vie installée à l’arrière. L’assistance électrique n’est pas là pour faire joli : sur 10 000 kilomètres et dix-huit mois, elle permet d’adapter l’effort aux distances et aux reliefs. Le vélo devient ainsi transport, logement et outil de reconstruction.
La cellule de vie ajoute une autre dimension au projet. Mickaël emporte avec lui son espace pour dormir et une autonomie qui lui permet de modifier ses étapes selon la météo, la fatigue, les rencontres ou les impératifs de la route. Il y a quelque chose d’assez ironique dans cette image : pendant longtemps, son corps avait réduit son espace de liberté ; désormais, il transporte littéralement sa maison sur les routes d’Europe. Le paradoxe est presque trop parfait pour être inventé.
Le 1er août 2026, Mickaël quitte Niort. Devant lui : 32 pays, 10 000 kilomètres et dix-huit mois d’aventure. Derrière lui : une transformation commencée bien avant le départ. La route promet les plaisirs habituels du voyage au long cours : météo capricieuse, fatigue, relief, mécanique et journées interminables. Le romantisme du vélo a parfois la délicatesse d’une panne sous la pluie. C’est aussi cela que Mickaël veut montrer.
Après 34 jours, les premiers chiffres donnent déjà une idée de ce qui se joue. 930,9 kilomètres ont été parcourus, avec 7 307 mètres de dénivelé positif cumulé. La perte de poids globale atteint 95,4 kilogrammes. Ces données prennent une autre dimension lorsqu’on se rappelle que chaque kilomètre est effectué avec un vélo-cargo, une charge importante et une cellule de vie. Il ne s’agit donc pas simplement de pédaler : il faut vivre, réparer, organiser et recommencer.
La frontière française est désormais derrière lui. Mickaël se trouve en Belgique, dans la province de Hainaut, du côté de Mons, où il poursuit le deuxième chapitre de son aventure : « Les Marches de l’Occident ». La Belgique n’est que la première étape internationale d’un itinéraire qui doit le conduire à travers 32 pays. Une frontière après l’autre, la carte d’Europe cesse ainsi d’être une carte. Elle devient une succession de matins.
Car Le Tour de Moi n’est pas une démonstration sportive au sens classique. Mickaël partage aussi les journées difficiles, les doutes, les problèmes mécaniques, la fatigue et les conditions météo moins photogéniques. Il raconte ce qui se passe lorsque le paysage cesse d’être magnifique et qu’il ne reste plus que la route. C’est probablement dans ces moments-là que le voyage prend son sens véritable : continuer, même lorsque personne n’applaudit.
L’aventure possède également une dimension de sensibilisation autour de l’obésité et de la santé mentale. Mickaël veut montrer qu’une personne ne peut pas être résumée au nombre affiché par une balance. Son parcours parle de mobilité, de confiance en soi, de regard des autres, d’isolement et de reconstruction. Ses publications sur YouTube, Instagram, TikTok, Facebook et Strava permettent à une communauté de suivre l’expédition à distance.
Plusieurs partenaires accompagnent également le projet : Terre de Running, Passion Velomobile, Spring, FDG Automobiles, EBAC Literie et La Météo de Max. Sur une aventure de cette longueur, la fiabilité du matériel n’est pas un détail. Elle peut décider de la différence entre une étape qui continue et une journée passée à chercher comment réparer ce qui vient de décider de ne plus fonctionner.
Il reste maintenant plus de 9 000 kilomètres à parcourir. C’est beaucoup. C’est même absurde, si on regarde la distance d’un seul bloc. Mais personne ne pédale 10 000 kilomètres d’un seul coup. On pédale aujourd’hui, puis demain. Une frontière après l’autre. Un kilomètre après l’autre.
En 2023, Mickaël pesait 252 kilogrammes. En 2026, il traverse l’Europe avec une maison derrière son vélo. Entre les deux, il y a des années d’efforts, près de 100 kilogrammes perdus et une décision fondamentale : reprendre le mouvement. Le Tour de Moi est donc moins l’histoire d’un homme qui fait le tour de l’Europe que celle d’un homme qui tente, kilomètre après kilomètre, de reprendre le tour de sa propre vie.