Le Cannondale SuperSix EVO 2013

C’est un peu le Dorian Gray du peloton : quatorze ans plus tard, pas une ride, pas un craquement suspect. Dans un monde où les vélos modernes ressemblent à des avions de chasse croisés avec des iPhones, ce cadre blanc et bleu joue les rebelles old-school, façon pur-sang au milieu d’un paddock de tracteurs aérodynamiques.À sa naissance, la presse allemande l’avait déjà adoubé « meilleur vélo du monde ». Il faut dire qu’avec un cadre Hi-M od sous les 700 grammes, on flirtait plus avec la magie noire qu’avec la physique newtonienne. Et pourtant, malgré sa légèreté d’oiseau migrateur, ce Cannondale encaisse les watts comme un menhir breton.

Son groupe Shimano Ultegra Di2, reconnaissable entre mille avec sa batterie externe rivée sous le tube diagonal (le “sac à dos” du progrès), représente un moment culte : l’époque héroïque des premières transmissions électroniques, quand tout marchait déjà, mais sans ressembler à un puzzle de câbles invisibles. Aujourd’hui, ce SuperSix EVO reste un bijou convoité, non pour ses trophées, mais pour son âme mécanique. Chaque coup de pédale rappelle qu’il fut une époque où l’efficacité venait du cadre, pas d’un algorithme. Bref, il est vieux, certes — mais à la manière d’un vin corsé : il se bonifie en ridiculisant les jeunes.