Après avoir parcouru des milliers de kilomètres avec le Shimano GRX, je suis convaincu par sa robustesse privilégiant la durabilité au poids. Son ergonomie est sa plus grande force : l’axe de pivot surélevé de 18 mm m'assure un freinage puissant et serein depuis les cocottes. Le stabilisateur Shadow RD+ garantit un silence total en supprimant les sauts de chaîne.
Toutefois, j'ai constaté des défauts : la conception « semi-ouverte » des manettes laisse s'infiltrer la poussière, risquant de gripper les ressorts internes. De plus, le revêtement antidérapant des leviers peut s'écailler et le logo des manivelles s'efface rapidement. Pour préserver la performance, je respecte scrupuleusement les conseils d'entretien : nettoyage à l'alcool et graissage du stabilisateur tous les 5 000 km avec la graisse spécifique. C’est, selon mon expérience, un allié de confiance pour le bikepacking malgré ces fragilités cosmétiques.
Si vous m’aviez croisé il y a quelques années sur un chemin de gravier, vous m’auriez vu sur un vélo « Frankenstein » : un cadre de route, des pneus de cyclocross trop serrés dans les haubans, et un mélange douteux de dérailleurs de route et de cassettes de VTT pour tenter de grimper les pourcentages les plus fous. Puis, en 2019, Shimano a changé la donne en lançant le GRX, le premier groupe de composants au monde 100 % dédié au gravel.
Après avoir usé plusieurs chaînes, affronté des tempêtes de boue et parcouru des milliers de kilomètres sur les versions 11 et 12 vitesses (séries 400, 600 et 800), voici mon analyse sans concession de ce groupe qui a redéfini ma pratique.
La première chose que j’ai apprise avec le GRX, c’est que Shimano a enfin cessé d’être obsédé par le poids pour se concentrer sur ce qui compte vraiment quand on est à 50 km de la civilisation : la durabilité et l’ergonomie.
Alors que les groupes de route haut de gamme utilisent du carbone partout, le GRX mise sur l'aluminium robuste. J'ai chuté plus d'une fois dans des virages sablonneux ; là où un dérailleur en carbone aurait volé en éclats, le GRX RX810 est ressorti simplement griffé, mais parfaitement fonctionnel. C'est une tranquillité d'esprit inestimable pour le bikepacking.
L’un des plus grands atouts du GRX, et je le ressens à chaque fin de sortie de 150 km, c’est son ergonomie spécifique.
Le Pivot de Frein Rehaussé : Shimano a déplacé l'axe du levier de frein de 18 mm vers le haut. Cela semble technique, mais en pratique, cela signifie qu'on a beaucoup plus de levier pour freiner depuis les cocottes. Sur des descentes techniques en forêt, je peux freiner d'un seul doigt avec une puissance que je n'avais qu'en tenant le bas du cintre auparavant.
Le Revêtement Anti-Dérapant : Les leviers sont dotés d'un revêtement spécial issu des produits de pêche Shimano pour garantir le grip, même sous une pluie battante ou avec des mains boueuses.
La Forme des Cocottes : Le corps de la manette possède un « bump » plus prononcé pour éviter que les mains ne glissent vers l'avant sur les routes cahoteuses. Selon Yuji Matsumoto, concepteur chez Shimano, cela a été pensé pour les moments où, épuisé après des heures de selle, on n'a plus la force de serrer le guidon.
Le GRX offre une flexibilité totale entre le mono-plateau (1x) et le double-plateau (2x). Mon expérience me montre que le choix dépend vraiment de votre terrain de jeu.
Idéal pour la simplicité et le bikepacking technique. La version 12 vitesses (RX820) avec une cassette 10-51T est un monstre de grimpe.
Qualités : Pas de dérailleur avant à gérer dans la boue, esthétique épurée.
Défauts : Des sauts entre les vitesses parfois frustrants sur le plat, surtout avec les cassettes à large plage.
Pour moi, c'est encore le roi de la polyvalence. Le ratio 48-31T (le plus grand écart jamais proposé par Shimano avec 17 dents) couplé à une cassette 11-34T permet de tenir un rythme de route rapide tout en ayant un braquet inférieur à 1:1 pour les cols.
Le secret : La ligne de chaîne décalée de +2,5 mm permet d'utiliser des pneus beaucoup plus larges sans frottement, une bénédiction pour le confort.
Le dérailleur arrière intègre un stabilisateur de chaîne (clutch). En activant l'interrupteur sur « ON », la tension est augmentée, ce qui élimine pratiquement tout claquement de chaîne contre le cadre.
Usage : Je le laisse activé en permanence en tout-terrain. Je ne le désactive que pour retirer la roue arrière en cas de crevaison.
Pour que le GRX reste fluide après des milliers de kilomètres, il faut respecter certaines règles strictes dictées par Shimano :
Entretien du Clutch : Shimano recommande de ré-appliquer de la graisse spécifique (SHADOW RD+ grease) environ tous les 5 000 km, ou plus souvent si vous roulez dans des conditions humides. Un clutch sec peut rendre le passage des vitesses dur ou même gripper le dérailleur.
Compatibilité de la Chaîne : Utilisez exclusivement des chaînes Shimano (HG-EV pour 11v, HG+ pour 12v) pour profiter du passage de vitesse sous charge fluide.
Alignement de la Patte : Le GRX 12 vitesses est extrêmement sensible à l'alignement de la patte de dérailleur ; un millimètre de décalage et le passage sur les grands pignons devient bruyant.
Après 11 000 km, certains défauts de jeunesse apparaissent, comme le rapporte notamment le testeur Peddarson :
L'Usure de la Finition : Le logo GRX sur les manivelles a tendance à s'effacer rapidement avec le frottement des chaussures. Un film protecteur est recommandé dès l'achat.
Peeling de la couche anti-dérapante : Sur certains leviers, la couche « grip » commence à peler après un an d'utilisation intensive, surtout si on roule sans gants.
Encrassement de la Mécanique : La conception « semi-ouverte » des leviers permet au sable et à la poussière de s'infiltrer dans la mécanique interne, ce qui nécessite un nettoyage en profondeur périodique pour éviter des casses de ressorts internes.
Le Clutch qui Grippe : Des utilisateurs rapportent que le stabilisateur peut se gripper à cause de la corrosion s'il n'est pas entretenu, rendant le passage vers les petits pignons impossible.
Il est important de noter que le GRX a été globalement épargné par la grande campagne de rappel des pédaliers Hollowtech II de Shimano. Les pédaliers incriminés (Ultegra/Dura-Ace 11v produits avant 2019) utilisaient un procédé de collage différent. Le GRX RX810 est arrivé juste après cette période critique et utilise une construction forgée plus robuste, ce qui en fait un choix plus sûr pour la durabilité à long terme.
Le Shimano GRX n'est pas seulement un groupe de route avec un embrayage ; c'est un système global pensé pour les réalités du terrain.
Ses points forts : Un freinage exceptionnel, une ergonomie qui sauve vos mains sur les sorties longues, et une fiabilité mécanique exemplaire. Ses points faibles : Une cosmétique qui vieillit parfois mal, un entretien du clutch nécessaire et un poids un peu plus élevé que ses équivalents route.
Si vous cherchez la performance pure sur bitume, restez sur de l'Ultegra. Mais si votre curiosité vous pousse vers les chemins forestiers et les cols oubliés, le GRX est, selon moi, le meilleur allié que vous puissiez offrir à votre vélo. C'est un groupe qui vous encourage à aller plus loin, là où la route s'arrête et où l'aventure commence.