| 1939 | Naissance aux USA
| 1971 | Fondateur Cannondale, The Bugger
| 1983 | Vélo ST500 alu
| 1992 | HeadShok, Hollowgram
| 1999 | Lefty, Cipollini TDF
| 2001 | Flop moto MX400
| 2003 | Faillite -the end
| 2026 | Décès 2 janv.
Joe Montgomery (1939-2026) fut un innovateur emblématique du cyclisme, à l'origine de Cannondale, marque pionnière des vélos en aluminium. Né aux États-Unis, il transforma une simple observation en empire industriel.
En 1971, à Wilton, Connecticut, Montgomery remarque un cycliste luttant en montée avec un sac à dos lourd. Cela inspire "The Bugger", première remorque vélo de Cannondale, lancée depuis un loft au-dessus d'une usine de pickles près de la gare Cannondale – d'où le nom de la société. Avec des partenaires comme Murdoch MacGregor et Ron Davis, il produit sacs, tentes et accessoires pour touring.
Cannondale débute les vélos en 1983 avec le ST500, cadre alu à gros diamètre, léger et robuste, à 495 $ (équivalent 1600 $ aujourd'hui). Parmi les premiers aux USA à mass-produire cette technologie, Montgomery embauche l'ingénieur David Graham, ex-submarines Navy. Innovations suivent : fourche HeadShok, Lefty monobras, pédalier Hollowgram, standard BB30.
À 100 millions $ de CA en 1993, 800 employés mondiaux, Cannondale rivalise Trek, Specialized. Succès en VTT (premier modèle 1984), Tour de France (Mario Cipollini 1999), médailles Olympiques. Fils Scott ouvre Europe (1987), Japon (1991). Excès en motocross (MX400 défaillant) mène à la faillite 2003 ; rachats par Pegasus, Dorel, Pon Holdings.
Montgomery incarnait le changement : il agitait des pièces dans sa poche pour dire "Change is!" chez Cannondale Connecticut. Pilote d'avion d'entreprise, il inspirait équipes à défier conventions. Après 2003, il lance une société logicielle santé.
Marié 43 ans à Celia Congdon, père de Lauren, Michael, Lucas, John ; aîné Scott, ex-cadre Cannondale. Trois petits-enfants.
Le 2 janvier 2026, Joe Montgomery s'éteint à 86 ans à Vero Beach, Floride, des complications cardiaques, confirme fille Lauren. Service privé familial. "Il préférait innover et risquer l'échec", dit Scott.
Imaginez un homme ordinaire, un bricoleur du Connecticut, qui transforme un simple regard sur un cycliste essoufflé en une légende mondiale. Joe Montgomery, né en 1939 dans une Amérique encore marquée par la Grande Dépression, grandit avec des mains calleuses et un esprit curieux. Dès l'enfance, il démonte tout : vélos rouillés du quartier, moteurs de tondeuses, même les radios de ses parents. Son père, ouvrier, lui enseigne que la vraie richesse naît de l'ingéniosité, pas de l'argent. Joe écoute, absorbe, et rêve déjà de voler – littéralement, car il deviendra pilote d'avions d'affaires dans les années 60.
Ces vols ne sont pas qu'un hobby. Dans le cockpit, seul face aux nuages, Joe observe le monde d'en haut. Il voit des villes s'étendre, des routes serpenter, et des cyclistes minuscules lutter contre le vent. Ces moments de solitude forgent son caractère : un mélange de risque calculé et de générosité. Il raconte souvent à ses proches comment un vol au-dessus du Vermont l'a inspiré à penser "léger". Léger comme un avion, léger comme un vélo qui ne pèse pas sur les épaules.
En 1971, à Wilton, Connecticut, l'étincelle jaillit. Joe, alors quadragénaire, pédale près de chez lui et croise un touringiste courbé sous un sac à dos monstrueux. "Pourquoi trimballer ce poids ?", se dit-il. Dans un loft poussiéreux au-dessus d'une usine de pickles – près de la gare Cannondale, d'où le nom – il bricole "The Bugger". Cette remorque aluminium, simple et géniale, soulage les randonneurs. Avec ses amis Murdoch MacGregor, le dessinateur rêveur, et Ron Davis, le magicien de la production, ils lancent l'aventure. Les soirées se transforment en ateliers : bières tièdes, rires, prototypes tordus. Cannondale naît là, dans l'odeur des cornichons et l'euphorie de l'invention.
Les premières années sont magiques. Sacs étanches cousus main, tentes pliables, porte-bagages indestructibles. Joe vend en porte-à-porte, aux foires, par catalogues. Il parle aux gens, écoute leurs plaintes : "Trop lourd, trop fragile". Sa femme Celia, mariée depuis ses 20 ans, est son roc. Elle gère les factures pendant qu'il voyage. Ensemble, ils élèvent Lauren, Michael, Lucas et John, plus l'aîné Scott, futur bras droit. Les dîners familiaux tournent autour de Cannondale : "Papa, ça va marcher ?" Joe sourit : "Change is!" – son mantra, illustré en agitant des pièces de monnaie dans sa poche, tintant comme un appel à l'action.
Les années 80 marquent le grand saut. Le mountain bike explose, et Joe sent le vent tourner. En 1983, le ST500 voit le jour : un cadre alu aux tubes massifs, 1,8 kg de pure audace, à 495 dollars. L'aluminium ? Une hérésie à l'époque, où l'acier règne en maître. Joe embauche David Graham, un ingénieur Navy habitué aux sous-marins. Dans l'usine, ils testent sans relâche : chutes d'un toit, torsions à la clé à molette, vibrations de marteau-piqueur. Joe est là, en chemise à carreaux, suant avec les ouvriers. "Si ça casse pas, c'est pas assez fort", lance-t-il.
Le succès est fulgurant. Cannondale devient le roi de l'alu. Les innovations pleuvent, nées de nuits blanches et de débats passionnés. HeadShok en 92 : une fourche suspendue intégrée, douce comme un matelas pour les bosses. Lefty en 99 : un monobras élancé, léger comme une plume d'oiseau. Hollowgram : manivelles creuses, taillées au CNC comme des bijoux. BB30 : un standard qui révolutionne la puissance au pédalage. Joe pilote l'avion de l'entreprise, atterrissant sur des pistes privées pour motiver les équipes d'Europe ou du Japon. Scott ouvre la Belgique en 87, le Tokyo en 91. Les usines bourdonnent : 800 employés, 100 millions de chiffre d'affaires en 93.
Mais Joe est plus qu'un patron. Il est père spirituel. Il invite les ingénieurs chez lui pour des barbecues, parle philosophie du vélo autour du feu. "Le vélo, c'est la liberté", confie-t-il à Celia lors de promenades main dans la main. Avec elle, 43 ans d'amour, ils volent ensemble parfois – elle, passagère confiante. Les enfants grandissent imprégnés : Scott grimpe les échelons, Lauren rêve d'art, les garçons bricolent des prototypes miniatures.
Les triomphes sportifs enchantent la famille. Premier VTT Cannondale en 84, victorieux aux NORBA. Mario Cipollini en jaune au Tour de France 99, sur alu Cannondale. Médailles olympiques en 2000. Joe pleure en privé, appelle Celia : "On l'a fait, ma chérie". Vero Beach, Floride, devient leur havre en retraite anticipée. Golf le matin, vol l'après-midi, petits-enfants sur les genoux le soir.
Pourtant, l'ambition déborde. En 2001, Joe mise sur le motocross : la MX400, un monstre alu. Mais vibrations fatales, casses en série. Les dettes s'accumulent comme des nuages d'orage. Faillite en 2003. Joe, brisé mais digne, quitte. "J'ai préféré innover et échouer que copier", dit-il à Scott lors d'un dernier vol ensemble. Cannondale survit – Pegasus, Dorel, Pon – mais sans lui. Joe se reconvertit dans le software santé, appliquant sa rigueur au soin des autres.
Les années Floride sont intimes. Matins calmes avec Celia, cafés face à l'océan. Il mentore des jeunes par mail, partage anecdotes : la fois où un prototype a fondu sous un chalumeau, ou le tintement éternel de ses pièces. "Change is!", rit-il avec Lauren. Les petits-enfants l'appellent "Papi Volant", fascinés par ses histoires.
Le 2 janvier 2026, à 86 ans, son cœur lâche. Complications cardiaques, dans la maison de Vero Beach. Lauren est à son chevet, Scott arrive trop tard. Service privé, juste la famille, sous un ciel gris. Pas de fanfare – Joe détestait ça. Celia, si elle est encore là, serre sa photo. Scott murmure : "Il a vécu libre".
Aujourd'hui, Cannondale innove encore : SuperSix EVO, Lab71. L'alu est partout, 90% des vélos modernes lui doivent leur légèreté. Joe, quelque part dans les nuages, agite ses pièces. Pour les passionnés comme nous, à Pau ou ailleurs, il reste l'ami invisible qui a rendu chaque coup de pédale plus joyeux. Une vie simple, immense, éternelle.