Une vision disruptive du cyclisme
L'histoire de Sunn ne se résume pas à la simple fabrication de vélos ; c’est le récit d’une révolution culturelle dans le monde du sport.
Fondée par Max Commençal, la marque a su transformer une pratique naissante, qui ressemblait initialement au cyclo-cross, en un sport "cool", fun et extrêmement compétitif.
En insufflant l'esprit du BMX dans le VTT, Sunn a façonné l'identité moderne du cyclisme tout-terrain.
L'aventure commence en 1982 dans le sud-ouest de la France. Max Commençal, initialement formé comme architecte mais passionné d'aventure et de moto (il a notamment participé au Paris-Dakar), décide de se lancer dans le monde du vélo par la "petite porte". Il crée d'abord MX France, une petite entreprise personnelle dédiée au BMX.
L'origine du nom "Sunn" Le changement de nom de la marque est le fruit d'une anecdote mémorable. En décembre 1982, lors d'un voyage en Angleterre pour tenter de vendre ses cadres "MX France", Max se retrouve confronté à un climat pluvieux et morose. Un représentant local lui suggère que le nom "MX France" n'est pas très vendeur à l'international. Se languissant du soleil de son sud de la France natal ("a sunnier country"), Max a une illumination dans sa chambre d'hôtel à Londres : il appellera sa marque Sun, et y ajoutera un deuxième "n" pour qu'il y ait "deux fois plus de soleil".
Les premiers succès en BMX Dès 1984, Sunn commercialise ses premiers modèles, les BMX Elite et Mini SUNN. La marque se distingue en s'adressant au marché des enfants ("kids"), alors délaissé par la concurrence. Techniquement, Sunn innove rapidement en passant de l'acier Chromoly (CrMo) à l'aluminium pour la fabrication de ses cadres de compétition. En 1987, Sunn est déjà devenue la référence absolue en matière de BMX avec des modèles comme le Superclass Alu ou le Pro Cruiser.
En 1988, alors que le VTT (Mountain Bike) commence à arriver des États-Unis, Max Commençal porte un regard critique sur les productions américaines. Pour lui, les pionniers californiens ne font que des "vélos de route avec des pneus à crampons".
Une géométrie radicale Plutôt que de suivre cette voie, Sunn développe des VTT basés sur des châssis ressemblant davantage à de gros BMX. Cette influence se traduit par :
L'adoption précoce de la géométrie sloping (tube supérieur incliné vers le bas), favorisant la maniabilité et le pilotage engagé.
L'utilisation de tubes d'acier de faible diamètre mais de haute qualité.
Une esthétique unique avec des cadres chromés, signature visuelle décidée par Max pour que les vélos "brillent".
C'est durant cette période que Sunn devient une société anonyme (Sunn SA) pour attirer des investisseurs, Max conservant 35 % du capital tout en restant aux commandes. En 1988, la marque sort le premier Radical, un modèle qui fera le bonheur des pionniers de la descente.
Le milieu des années 90 marque l'apogée de la "Sunn mania" en France et dans le monde. La marque ne se contente pas de gagner des courses ; elle crée un véritable état d'esprit, symbolisé par les graphismes délirants et humoristiques de l'artiste Zoobab.
Le Sunn 5003R : Le vélo d'une génération Élu "VTT de l'année" en 1993 par le magazine Vélo Vert, le Sunn 5003R devient un best-seller absolu. Ce vélo en acier Tange double butted est loué pour sa simplicité, sa vivacité et sa polyvalence. Il permet à des milliers de passionnés de s'initier à la compétition sans exploser leur budget.
Une "Dream Team" imbattable Sous l'impulsion de Max Commençal, Sunn constitue le team le plus légendaire de l'histoire du VTT, recrutant souvent de jeunes talents issus du BMX pour leur technique supérieure. Parmi les pilotes ayant marqué cette ère :
Anne-Caroline Chausson : Recrutée par Max, elle passe du BMX au VTT en 1993 et devient immédiatement championne du monde junior de descente. Elle restera invaincue pendant des années, devenant la "reine des reines" avec un palmarès inégalé.
Nicolas Vouilloz : Surnommé "l'Extraterrestre" pour sa précision millimétrée, il remporte 10 titres de champion du monde de descente. Il travaille étroitement avec le bureau d'études pour développer de nouveaux processus de tests.
Cédric Gracia : Déniché par Max à l'âge de 6 ans, il apporte son style spectaculaire et son charisme au team Sunn.
François Gachet : Le "grand frère" de l'équipe, premier champion du monde senior français de descente en 1994.
Miguel Martinez et Christophe Dupouey : Ils portent les couleurs de Sunn au sommet du Cross-Country mondial et olympique.
Innovation et records Sunn s'associe à Olivier Bossard (BOS Engineering) pour développer des systèmes de suspension révolutionnaires, comme sur le fameux cadre de descente fabriqué à Saint-Gaudens. En 1996, Eric Barone dépasse les 200 km/h sur la neige au guidon d'un Sunn, établissant un record du monde à Vars.
Le succès fulgurant de Sunn s'accompagne de tensions internes. En 1998, un conflit éclate entre Max Commençal et ses associés, ces derniers étant plus portés sur la rentabilité financière que sur la passion du produit.
L'éviction de Max Commençal Max est "remercié" par sa propre entreprise. Il décrira plus tard cette période comme le moment où il s'est retrouvé sur un "siège éjectable" après avoir perdu la majorité du capital. Son départ marque le début d'une période de grande instabilité pour la marque.
Privée de son visionnaire, Sunn perd peu à peu son âme et sa réactivité. Malgré une gamme qui compte encore plus de 40 modèles en 1999 (route, BMX, VTT), la dynamique est brisée. La société dépose son premier bilan en 2001.
En 2003, Sunn est mise en liquidation. Elle est rachetée par Patrick Tangui, un entrepreneur toulousain qui tente de relancer la marque.
Le Renouveau technologique Sous cette nouvelle direction, Sunn tente de revenir sur le devant de la scène avec de nouvelles plateformes. En 2005, la marque signe son retour avec le nouveau Radical et lance les modèles Kern et Kern LT dédiés à l'enduro. En 2007, le Kern Exo est même élu "VTT de l'année". Le team "Sunn Rider’s Society" permet à la marque de retrouver une certaine crédibilité en compétition.
Cependant, les difficultés financières persistent, et Patrick Tangui est contraint d'abandonner en 2012.
En 2013, la Manufacture Française du Cycle (MFC), basée à Machecoul, rachète Sunn. Ce rachat apporte la stabilité financière et industrielle nécessaire pour pérenniser la marque sur le long terme.
Le retour aux podiums Sous l'égide de MFC, Sunn renoue avec la compétition de haut niveau :
Enduro : Isabeau Courdurier devient vice-championne du monde des Enduro World Series en 2016 et 2017.
BMX : Manon Valentino et Eddy Clerté portent haut les couleurs de Sunn, Eddy devenant champion du monde de Pumptrack en 2021.
XC : Joshua Dubau devient champion d'Europe et de France espoir en 2018 avec le modèle Prim.
L'expansion vers l'électrique et le Gravel Sunn s'adapte aux nouvelles tendances du marché avec le lancement de la gamme de Gravel Venture en 2021 et une forte offensive sur le segment électrique avec le Kern EL (Enduro Électrique) et les gammes urbaines équipées de motorisations Bosch.
Pour fêter ses 40 ans en 2024, Sunn a décidé de frapper un grand coup en faisant renaître son modèle le plus légendaire : le Radical.
Un Radical pour l'Enduro moderne Vingt ans après son retrait, le nouveau Radical 2025 réinterprète l'ADN de la marque avec des technologies contemporaines :
Cadre Full Carbone : Pour la première fois de son histoire, le Radical adopte un châssis entièrement en carbone (fibres Toray) pour allier légèreté et rigidité.
Cinématique héritée : Le système de suspension conserve un mono-pivot avec biellette basculeur, fidèle à l'esprit du modèle original, mais optimisé pour 160 mm de débattement.
Géométrie agressive : Avec un angle de direction de 64° et un centre de gravité abaissé, il est conçu pour la performance pure en descente tout en restant efficace au pédalage.
Bien que Max Commençal poursuive désormais sa propre aventure avec sa marque éponyme en Andorre, l'héritage qu'il a laissé chez Sunn continue d'irriguer le monde du vélo. Sunn reste dans la mémoire collective comme la marque qui a apporté le chrome, le sloping et une dose indispensable de rébellion au VTT français. Aujourd'hui stabilisée au sein de MFC, la marque continue de cultiver ce mélange unique de performance et de plaisir qui a fait son succès il y a quatre décennies.