Il existe deux sortes de cyclistes : ceux qui savent où ils vont et ceux qui prétendent que se perdre fait partie du voyage. Les seconds ont généralement découvert cette philosophie après avoir poussé leur vélo dans un chemin de boue avec des pneus de 28 mm. Komoot a été conçu pour éviter ce genre d’illumination mystique. L’application et son interface web permettent de préparer un itinéraire avant de découvrir que la pente fait 18 %. C’est une forme de prévoyance : le cycliste y gagne du temps, ses jambes et parfois sa dignité.
La première chose à faire consiste à choisir son type de pratique : vélo de route, gravel, randonnée, VTT ou VTT électrique. Ce choix n’est pas décoratif : il commande la logique de l’algorithme de routage. En mode route, Komoot privilégie l’asphalte, les petites voies, les bandes cyclables et les itinéraires à faible trafic. En mode gravel, il cherche au contraire les chemins forestiers, les voies vertes et les pistes non goudronnées. Ainsi, la machine que l’on possède et le terrain que l’on désire cessent de se livrer une guerre personnelle.
L’interface web devient alors une sorte de table d’opération où l’on découpe son futur trajet avec une précision presque inquiétante. Komoot indique les surfaces — asphalte, gravier, terre, pavés ou voies non consolidées — ainsi que la nature des routes empruntées. Un segment classé comme chemin inconnu ou très accidenté peut être isolé immédiatement sur la carte. La fonction Trail View ajoute des photos géolocalisées permettant d’observer certains passages avant de les affronter. On peut donc découvrir un bourbier depuis son fauteuil, ce qui constitue une expérience beaucoup plus confortable que depuis une forêt.
Le relief mérite une attention particulière, car une montagne possède cette curieuse habitude de devenir plus haute lorsque les jambes deviennent plus faibles. Le profil altimétrique affiche l’altitude maximale, le dénivelé positif cumulé et les pourcentages de pente. Les différentes sections sont distinguées selon leur difficulté, ce qui permet de repérer les rampes les plus sévères avant le départ. L’estimation du temps tient aussi compte du niveau physique choisi, du vélo, du dénivelé et de la nature des surfaces. Vingt kilomètres de boue ne sont donc pas censés prendre le même temps que vingt kilomètres d’asphalte, sauf si l’on est un phénomène.
Il existe également une dimension plus humaine, car une route techniquement parfaite peut être parfaitement ennuyeuse. Les « Incontournables », créés et alimentés par la communauté, signalent des cols, panoramas, pistes cyclables, fontaines ou cafés appréciés des utilisateurs. Les photos et commentaires peuvent révéler des informations absentes d’une carte classique : travaux, gravillons, portage ou passage délicat. Ces points peuvent ensuite être intégrés au parcours en quelques clics, avec recalcul automatique de l’itinéraire. Le vélo devient alors une activité collective pratiquée individuellement, ce qui est une assez belle définition de notre époque.
L’éditeur permet ensuite de modifier la trace sans tout recommencer, ce qui évite cette forme particulière de désespoir appelée « refaire l’itinéraire ». Un point d’ancrage peut être déplacé, une boucle peut être inversée et le départ peut être repositionné sans détruire la géométrie générale du parcours. Les fichiers GPX peuvent être importés directement afin d’être analysés puis transformés. Pour certains itinéraires gravel ou VTT, l’option permettant de ne plus suivre les voies autorise même une liaison directe entre deux points. On obtient ainsi un parcours réellement personnalisé, adapté à la météo, aux jambes et à l’état moral du groupe.
Une fois le tracé terminé, il quitte l’ordinateur pour rejoindre le téléphone ou le compteur GPS. La synchronisation avec l’application permet de télécharger l’itinéraire et de conserver la navigation hors ligne, précaution précieuse lorsque le réseau disparaît dans une vallée. Komoot peut aussi communiquer avec des appareils Garmin, Wahoo, Hammerhead ou Bryton, sans obliger le cycliste à manipuler des fichiers comme un archiviste en pleine crise. Sur la route, les indications annoncent les changements de direction à l’avance et le recalcul intervient si un virage est manqué. La version Premium ajoute enfin la météo au fil du parcours et la planification multi-étapes, utile pour les voyages où l’on préfère arriver avant la nuit.
Au fond, Komoot ne supprime pas l’aventure : il supprime surtout certaines de ses mauvaises surprises. Il permet de savoir où l’on va, sur quelle surface, avec quel dénivelé et approximativement dans quel délai. La préparation devient presque aussi intéressante que la sortie elle-même, parce que la carte commence à raconter le voyage avant que les roues ne tournent. Il reste toujours le vent, la pluie, la crevaison et cette mystérieuse douleur qui apparaît précisément au kilomètre 137. Mais au moins, si l’on souffre, on pourra être certain d’une chose : cette fois, c’était prévu.